Il n’est pas de déserts que ceux que la réalité géographique figure sur les planisphères. Ces déserts physiques que les pèlerins aiment sillonner, explorer, dans lesquels ils éprouvent leurs capacités au courage, au dépouillement, à l’endurance au froid et à la chaleur, au manque et à la solitude. Dans ces déserts de sable, de roches, de dunes, tout semble se ressembler et même se confondre. Il n’est parfois aucune route ni chemin ni sentier, ni parfois de traces ni horizon !

Souvent les groupes d’amateurs de traversée de ces déserts se font accompagner par des « habitants » qui en connaisseurs sauront les guider et les conseiller dans leur déambulation. Ne peut-on voir dans ces déserts minéraux et végétaux une image des déserts culturels, moraux, spirituels, que nos existences nous font parfois traverser et affronter jusqu’au risque de nous y « perdre ». Ne peut-il pas en effet nous arriver de perdre nos repères, de nous retrouver seuls, sans repères et sans cap, dans des étapes où le chemin suivi jusque là se dérobe pour laisser place à un immense espace désert et aride, jalonné d’obstacles ? Certaines personnes éprouvées dans leur vie n’évoquent-elles pas leurs souffrances en termes de « désert » et en particulier de manque cruel de chemin et de besoin d’en trouver un qui soit salvateur ?

Or les conditions culturelles et morales, l’air du temps que nous respirons, peuvent ressembler aux étendues de sable des déserts dans lesquelles tous les chemins sont possibles et aucun préférable. Aussi beaucoup de nos contemporains renoncent à en prendre un et se résignent à prendre leur propre itinéraire, quitte à rencontrer de nombreux obstacles, à s’engager dans des impasses, à s’enfoncer dans des sables non compacts ! A l’inverse, prendre un chemin que d’autres ont déjà emprunté, c’est s’assurer qu’il aboutit quelque part. Car le chemin est un guide ; il est fidèle aux marcheurs qui l’empruntent. Il les prend en charge, il est gracieux et gratuit, sans péage. On peut y accéder à tout moment par des sentiers qui le rejoignent. Dès l’entrée du chemin, le marcheur lui fait confiance puisqu’il sait d’avance que celui-ci assure le parcours et l’arrivée !

Certains, à l’instar des skieurs hors-piste qui veulent tracer leur propre « descente » sans avoir à suivre la trace de ceux qui les ont précédés, ne sont-ils pas l’image de ces gens qui préfèrent une vie sans les autres à une vie avec les autres ? Or, par leur choix de croire en Jésus-Christ, les chrétiens consentent à avoir celui-ci pour « chemin, vérité et vie ». Ils ne sont pas les auteurs ni les créateurs de ce chemin qui leur est offert pour progresser et faire advenir ce qu’ils sont par vocation. Beaucoup ont déjà, dans l’histoire, bénéficié de ce chemin qui se pratique en compagnie d’autres croyants liés les uns aux autres par une religion, une même foi, une Espérance et une charité que Dieu leur propose et dont Jésus a témoigné durant toute sa vie terrestre.

Dans tous les déserts que nos existences ont à traverser, la foi chrétienne partagée et vécue en Eglise demeure un chemin sûr !