Le péché est tout ce qui blesse, ampute, barre la route à croire, espérer et aimer, librement et en vérité. Pécher contre la foi et Dieu, c’est oublier Dieu et vivre comme s’il n’existait pas. Pécher, c’est choisir de l’écarter de toute décision et de la conduite de nos vies. C’est se considérer comme propriétaire de l’univers auquel on nie toute origine divine. C’est rejeter tout sens spirituel et au-delà du réel perceptible et observable. C’est rayer Dieu de notre carte de relations et vouloir convaincre les autres de sa « non-existence ». Pécher, c’est baisser les bras devant l’adversité, les échecs et les déboires de l’existence, et laisser s’installer en soi une tristesse profonde, une lassitude et même un dégoût que l’on nomme parfois l’acédie.

Or cette attitude sape en soi les forces que peut régénérer sans cesse la vertu d’Espérance, don de Dieu. Pécher contre l’Espérance, c’est donc mettre en doute la grâce de confiance en Dieu. C’est ne s’arrêter qu’à l’instant et à la superficie des choses alors que l’Espérance invite à voir loin derrière leur enracinement et loin devant leur aboutissement. Pécher contre l’Espérance, c’est manquer de persévérance et de patience, quand l’Espérance nous introduit dans l’invisible et l’adhésion au lointain et à l’imprévisible !

Pécher, c’est se contenter d’aimer ceux qui nous aiment dans une réciprocité attendue, alors que Jésus a déclaré un jour : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent »… Pécher, c’est refuser de pardonner et de faire les premiers pas. C’est caler son amitié, son affection, aux normes en vigueur dans la culture, les us et coutumes de l’endroit où l’on vit. Alors que la charité, don de Dieu, c’est se référer à la façon dont Dieu aime et dont Jésus est le témoignage vivant, prototype de l’Amour selon Dieu. Cet amour auquel tout chrétien est convié ne se contente pas du raisonnable, du convenable et du possible. Il peut sortir des clous et dépasser les bornes. Ce qui entame le regard bienveillant et érode les relations, c’est ce qui ternit et salit, répand des calomnies et des rumeurs sur tel ou tel groupe ou telle personne que l’on veut disqualifier ou diaboliser !

Certains demandent alors pourquoi une faute contre nos semblables est déclarée péché contre Dieu. Tout en n’ayant pas l’intention d’agresser le Père, le fait de harceler ou de blesser le plus petit ou le plus grand de ses enfants revient à le blesser, Lui. « Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait »… « Ce que vous aurez omis de faire en ne levant pas le petit doigt, c’est aussi à moi que vous ne l’aurez pas fait »… Tout péché contre un frère, une sœur en humanité est une injure faite à Dieu créateur et Père de la vie. Tout être humain a une égale dignité, car il est le sanctuaire de la Présence divine : Père, Fils et Esprit Saint…