Parmi les groupes qui séjournent chaque année à l’Ermitage, celui de l’Arche constitue un enrichissement humain attendu et apprécié par les permanents, bénévoles et salariés, ainsi que par le chapelain du lieu. Venues cette année de Paris, Nancy, Versailles et Reims, des personnes porteuses de handicap étaient accompagnées de plusieurs animateurs(trices) de la communauté dans laquelle elles font leur vie, en pleine fraternité. Un prêtre retraité, l’abbé André Rousselle, qui a reçu mission de les servir dans la communauté de Reims, était présent cette année pendant ces six jours de réflexion, de prière, qu’elles avaient choisi de vivre en silence.

A travers ces visages souriants et ce bonheur manifeste d’être ensemble, on ressent facilement l’esprit qui unit toutes ces personnes toutes différentes et singulières en leur offrant ce beau cadeau de vivre en communauté. Lorsqu’en 1964 Jean Vanier, ex-officier de marine, canadien d’origine, fait sortir Raphaël Simi et Philippe Seux, deux personnes ayant un handicap mental, de l’hôpital psychiatrique et qu’ils choisissent de vivre ensemble dans une petite maison d’un village du nord de la France, ils sont loin d’imaginer le retentissement de cette première rencontre. Aujourd’hui, 50 ans plus tard, il existe 147 communautés de l’Arche dans le monde sur les 5 continents et dans 35 pays.

L’un des premiers membres de l’Arche a l’habitude de dire que « sans nous, Jean Vanier n’aurait pas pu faire l’Arche », suggérant ainsi ce renversement de perspective : « Je ne suis pas un problème, je suis un fondateur. Je ne suis pas une charge, je suis une ressource ». Aussi ce mot communauté doit-il être compris comme une association des talents humains que chacun(e) détient et décide de mettre en commun pour que tous en bénéficient. L’Arche est un lieu d’accompagnement médico-social, mais elle est aussi le lieu d’une expérience qui est fondamentalement de « rencontre ». Dans un monde menacé par de profondes lignes de fracture, fasciné par la performance ou dominé par l’injonction permanente à être le plus fort, ces rencontres tissées dans le quotidien le plus simple entre des personnes de niveau mental, d’origine sociale, de religion et de culture différents, nous ouvrent à une autre réalité.

L’Arche, à la fois par son origine et par la réalité actuelle de beaucoup de ses membres, prend sa source dans les valeurs de la tradition chrétienne en même temps qu’elle s’approfondit dans les identités différentes qui composent la fédération internationale de l’Arche. Chacun, quelle que soit sa confession, qu’il soit croyant ou non, a soif de reconnaissance, de communion et de fraternité. Ce signe d’un vivre ensemble dans lequel chacun(e) est respecté et aimé pour ce qu’il est et selon ses besoins peut se transformer en message adressé au monde et il s’inspire de cette façon de vivre lorsqu’il établit ses projets et s’efforce de les mettre en œuvre.

Tout au long de son existence, Jean Vanier a toujours souhaité apporter des réponses aux interrogations que certains lui posaient : « Certains vous accusent d’angélisme… - Mais l’Evangile est angélique ! Il faut l’Esprit Saint pour le mettre en action. Nous allons vers le christianisme des petites communautés rayonnantes. Elles révèlent une vision de l’Evangile et de l’être humain qui attire… une espérance naît quand le plus bas devient le centre »« Que nous enseignent les personnes handicapées ? – Notre monde est marqué par une culture de la peur. Peur de l’avenir, peur de l’autre. Or les personnes avec un handicap, les plus faibles, nous libèrent de cet enfermement. Par leur simplicité, par leur soif de rencontre, par leur spontanéité, elles nous invitent à dépasser les apparences, à oublier les stéréotypes et les préjugés qui nous encombrent, à refuser toutes sortes de discriminations. Avec elles, il n’y a plus de catholiques, de juifs ou de musulmans. Il n’y a plus de Français ou d’étrangers… Il y a l’homme tout simplement, notre vocation est d’être universels ! »