…ce n’est pas en faire « toujours plus » et passer son temps à regretter de n’en faire jamais assez pour ses proches et ses amis, ou même pour la société. Ce n’est pas viser des records et des exploits d’humanité avec le but inavoué de se montrer « meilleur » que « les autres ». S’efforcer d’être saint, n’est-ce pas plutôt se laisser imprégner, comme une éponge aspire de l’eau, de l’Esprit évangélique que le contact du Christ génère en notre « âme » ? « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi »… Cette union au Christ finit par imbiber nos pensées, nos choix, nos paroles, nos initiatives et nos actes, à la façon, dira un jour Jésus sous forme de métaphore, dont le sel mélangé à des nourritures valorise leur saveur et les rend goûteuses.

La sainteté dépend aussi des levures que nous mettons au cœur de notre vie pour la faire lever et la rendre onctueuse comme une pâte bien liée, sans grumeaux ! La sainteté ne ressemble-t-elle pas à un foyer de lumière qui rayonne et éclaire alentour ? La prétention de cette lumière n’est pas d’attirer les regards vers elle, mais au contraire de permettre à ceux-ci de percevoir plus lucidement leur propre chemin et d’y progresser en bénéficiant d’un soutien réciproque.

Je ressens, dans ce monde actuel bouleversé et en désarroi face à ce qu’il adviendra dans l’avenir, une rumeur qui réclame, souvent sans oser l’avouer, une capacité plus affinée et affirmée à discerner le bien, le meilleur, le préférable. Tout le monde se rend plus ou moins compte que les pouvoirs que délivrent les connaissances rationnelles et les capacités d’intervenir et de transformer ne suffiront pas à combler les aspirations universelles au bonheur et à la réussite de nos existences. Des philosophes, des moralistes, des sages et bien sûr des religieux ont désormais pignon sur rue par les questionnements qu’ils diffusent en direction de tous les « décideurs » dans les ordres politiques, économiques, financiers, médicaux. Tout ce que l’on sait envisager et décider de faire, est-on en droit de l’entreprendre, est-ce réellement u progrès pour l’humanité ? Ce que les démocraties déclarent « légal » et encadré par des « normes » peut-il ainsi obtenir sa certification morale, universelle ? Ce qui est reconnu normal dans telle culture ou dans tel pays du monde a-t-il en soi une valeur mondiale, extensible à tous les modes de vie connus ? Ce qu’il convient d’appeler « le libéralisme » dans les domaines productifs et commerciaux, consuméristes, et qui influence profondément le champ des idées et des comportements individuels, imprègne les mentalités jusqu’à fractionner les liens naturels ou volontairement solidaires sur lesquels devraient pouvoir compter le tissu social et le vivre ensemble.

Inutile de souligner que s’efforcer à la sainteté face à cette déferlante qu’est la poussée au chacun pour soi, à l’individualisme « en pensée, en paroles et en actes » offre une perspective grandiose mais pas impossible et, me semble-t-il, urgente ! Si l’homme avait su être sage et saint autant que savant, aurions-nous à déplorer aujourd’hui les dégâts dus au pillage et à l’exploitation de la Nature, conçue et confiée au départ comme une alliée ?

Rien ne sert de regretter d’avoir mal agi… il vaut mieux réfléchir avant de décider et n’avoir pas à rectifier en se lamentant !