… la déception et la tristesse sont d’autant plus fortes et durables que l’affection et la joie ont été ancrées par une longue durée. On observe par exemple que des adolescents digèrent plus difficilement le divorce de leurs parents que des enfants en bas âge. Quand bien même les parents répondent que ce choix de se quitter et d’aller vivre chacun de son côté leur appartient, un jeune ressent cette séparation comme une trahison. Le message que lui envoient alors ses parents est l’aveu d’un échec et d’un renoncement à poursuivre une existence familiale qui pourtant lui a transmis la vie. Comme un tournesol privé de soleil dont il capte les rayons de lumière en se tournant vers lui, l’enfant perd en partie ses référents et ses repères dont l’exemplarité se ternit. Certes, en constatant que leur couple file vers le naufrage, ces parents n’ont pas l’intention de faire du mal à leurs enfants ni à leur entourage. Eux-mêmes sont meurtris par cette incapacité à renouer, recommencer, fusse par des explications, des rectifications, des bonnes résolutions !

Ces passages agités et conflictuels que peuvent traverser les vies de couples, certains parfois ne les voient pas venir et laissent s’empiler les soupçons, les griefs et les non-dits… Et lorsque survient l’orage conjugal, le couple chavire jusqu’à paniquer en désignant l’autre comme coupable. Il est vrai que si le lien s’est nourri de dialogues, de souvenirs communs forgés côte à côte, a pratiqué la consultation et la décision concertée, si au soir des journées harassantes les deux ont pu partager et s’apaiser en se soutenant mutuellement, alors leur existence a évité d’être conduite en parallèle, elle a été littéralement « conjugale ».

Contrairement à ces propos qui font du divorce une affaire qui ne concerne que les adultes, nous savons tous combien les enfants d’une famille qui implose peuvent être profondément blessés par cet événement majeur au moment où se construit leur personnalité. Quand les échafaudages d’une maison s’écroulent, les murs dont ils accompagnaient « l’élévation » se retrouvent plus exposés aux vents violents, et parfois même eux-mêmes menacés.

Mon propos sur ce thème du divorce qui concerne, sous nos yeux et dans nos liens amicaux, énormément de monde, n’est surtout pas de juger et encore moins de condamner. Car je ne soupçonne pas un instant les couples moins amoureux ni généreux qu’autrefois. Je les vois toutefois pas assez lucides, pas assez armés pour construire l’union de leur couple dans l’environnement chamboulé, liquide et incertain qu’est la société actuelle marquée par la consommation, la culture de l’immédiat, des coups de foudre, de l’individu qui a droit à tout, et du chacun pour soi, de l’amour pulsion… Si l’union des couples ne possède pas des fondations solides, si l’idée de fusion n’a pas permis d’intégrer les différences et l’altérité, alors faut-il s’étonner que ces couples ainsi édifiés soient fragiles depuis leur « commencement » ?

Je dois dire enfin et surtout mon admiration devant ces couples divorcés recomposés qui prennent en charge les enfants de l’un et de l’autre, qui veulent, avec courage, lucidité et grande générosité, reconstruire un nid conjugal et familial où chacun(e) des membres peut trouver « son bonheur ». Comment ne jamais les accabler pour leur échec et au contraire les soutenir très fortement dans leur projet de nouvelle construction ?