Ayant moi-même reçu, dans le cadre d’émissions sur l’antenne de RCF, des centaines d’invités durant plus de 20 ans, je suis attentif et sensible à la façon dont les journalistes posent des questions et accueillent les propos ! Je suppose que l’orientation et le contenu souhaités par la station de radio ou la chaîne de télévision sont évoqués avant la transmission souvent en direct ou l’enregistrement dans les conditions du direct. On évite ainsi les coupures et le choix d’extraits qui peuvent modifier, considérablement, les vérités délivrées par l’invité du jour lorsqu’il s’agit d’une émission montée et produite en différé.

Or il m’arrive assez souvent d’être surpris par la façon « dirigiste » qu’ont certains journalistes de « conduire » une interview ! Leurs questions semblent n’avoir pour but que de faire dire à leurs invités la « vérité » qu’eux-mêmes attendent comme une illustration de ce qu’eux-mêmes veulent prouver… Ils s’acharnent même, à l’image du dentiste pour extraire une dent de son « patient » ! Je regrette alors que les journalistes se montrent impatients dans leur pratique et trop attachés à tel ou tel détail dont ils vont parfois faire leurs choux gras.

Songeons aux petites phrases souvent soigneusement « isolées » des circonstances et des conditions dans lesquelles elles ont été prononcées ! Leur sens initial devient alors incontrôlable, tandis que leur utilisation est démultipliée à souhait. Il me semble que le journaliste doit, par la clarté et la justesse de ses questions et par le respect des réponses de son invité, montrer qu’il a mission de faire émerger la vérité que son invité détient. Si l’on peut admettre que les journalistes recourent à des astuces et même à des pièges pour pousser l’interviewé dans ses retranchements lorsqu’il se dérobe à l’objectivité des faits, l’on peut difficilement justifier que l’interview ressemble à un filet jeté sur les confidences de l’invité pour le capturer et l’enfermer sans qu’il puisse se défendre « vraiment ».

Certains journalistes n’évitent pas toujours d’être contaminés par des préjugés et des présupposés qui se ressentent dans l’attitude adoptée devant leur « invité ». Les questions alors posées sont superficielles, anecdotiques, elles manient le réel et l’amalgame, le vérifiable et l’imaginaire, le vrai, le doute et la rumeur. Nous devons beaucoup au monde des médias, sans lequel nous serions sous-informés, parfois désinformés et facilement intoxiqués. Mais des médias et des médiateurs, nous, auditeurs, attendons un professionnalisme exigeant par son objectivité et son souci manifesté dans la recherche et la diffusion des vérités. En donnant la parole aux uns et aux autres, à tel point de vue et à un autre, opposé, en les invitant à dialoguer parfois avec vivacité autour d’une table ronde, les journalistes accomplissent une œuvre utile et belle puisqu’ils permettent à ces citoyens dont les avis sont différents, et même divergents, de s’exprimer et de s’interpeller, se donnant ainsi de favorables occasions de se connaître et parfois de se rapprocher.

Grand merci à tous ceux et celles qui font de leurs paroles, interrogatives et affirmatives, des moyens et des temps de rapprochement qui renforcent le lien social et la solidité du vivre ensemble sociétal. Tout ce qui contribue à unir dans le respect des différences est, selon nombre d’entre nous, une avancée vers le progrès de tous ! Surtout s’il se nourrit peu à peu de la mise en commun de vérités, fussent-elles partielles !