Nombre de parents et de grands-parents confient volontiers leur tristesse de voir leurs enfants et petits-enfants envisager facilement leur vie sans aucune référence religieuse. Tant de possibilités et d’activités les occupent, et tant de loisirs et de divertissements les dispersent, certaines fois les submergent.

Certes ces grands-parents font part de leur bienveillance vis-à-vis de leurs êtres chers dont ils soulignent combien leur vie « séculière » est de tant de façons courageuse, généreuse, animée d’affection, d’amitié et d’amour. Tout en admirant ce que ces proches font et sont, ceux et celles qui leur ont donné de naître ne peuvent que souffrir du fait que ce qu’ils considèrent comme une richesse – le fait de croire en Dieu et d’en bénéficier dans le déroulement d’une existence – ne fasse pas partie de leur univers. Car la foi donne un cadre, un sens y compris ultime, un horizon au parcours terrestre. En apprenant d’où l’on vient, où l’on va et même par quel chemin il est préférable de progresser grâce aux panneaux indicateurs qui le jalonnent, le fait de chercher, connaître, apprendre et comprendre nous sauve sans doute des égarements, des voies sans issue où l’on risque d’échouer quand on choisit de tracer et parcourir sa propre vie en solitaire et sans Dieu !

Il est vrai que la foi, l’Espérance et la charité chrétiennes n’ont plus autant la cote dans les générations les plus récentes, qui continuent cependant à adopter les valeurs humanistes héritées des parents. Ces jeunes contemporains fonctionnent à l’image de tous les buveurs d’eau en bouteille qui choisissent d’ignorer la source d’où elle provient. Ils ressemblent à ces clients qui acquièrent des produits ou des instruments dont ils jettent la notice de montage ou d’utilisation à la corbeille, parce qu’ils ambitionnent de pouvoir se débrouiller sans l’aide de quiconque, pas même du concepteur !

J’ai souvent observé que ces agnostiques, ces indifférents et même ces incroyants, ces athées, avaient une fausse conception du rôle des religions, en particulier du christianisme. Fiers de leur liberté de conscience pour discerner le Bien du mal et ce qu’il est préférable de choisir dans leur vie. Ils comptent sur leurs forces et leur sens des responsabilités. Ils considèrent alors le temps consacré à la religion, à la prière dans les églises avec d’autres, comme de l’énergie gaspillée. Ils ne sont pas forcément téméraires ni orgueilleux, encore moins égoïstes. Ils sont victimes, par contre, du traquenard de l’individualisme : « chacun sa vie, chacun ses valeurs et sa destinée, et le soin personnel de s’en sortir ».

Ils me font penser au récit de la multiplication des pains raconté dans l’Evangile. Beaucoup de monde et pas de quoi manger pour cette foule affamée. Les proches de Jésus proposent une solution : renvoyer les gens pour que chacun aille chercher de quoi se nourrir soi-même. Or, face à cette proposition Jésus va demander un regroupement pour que « tous » soient rassasiés. Lorsque je reçois des confidences exprimant des regrets que leurs petits-enfants ne soient même pas baptisés, ne bénéficient d’aucune initiation religieuse, et que j’entends que parfois il leur est même interdit, à eux grands-parents, de leur faire visiter une  église, alors j’invite ces gens affectueusement soucieux à mieux connaître encore la vie, les choix, les paroles et les actes, les engagements de celles et ceux qu’ils aiment pour en découvrir et en apprécier la beauté et la bonté, le bien pratique.

Il sera alors possible à ces « anciens » de s’extasi devant telle ou telle séquence de la vie de leurs héritiers. Ce sera une façon pour eux d’annoncer et de valoriser ce que leur foi en Jésus-Christ et leur pratique de l’Evangile contemplent d’essentiel et de moteur dans le tracé de leur existence. Ainsi deviendront-ils témoins de foi auprès de leurs proches qu’ils chérissent !