L’Europe ? Oui, mais…

 

Les cérémonies de mémoire, tant dans les églises que sur les lieux de bataille ou au pied des monuments érigés dans le but de ne jamais oublier ceux qui ont donné leur vie pour la liberté et la Paix, ces cérémonies de souvenir du Passé nous font aussi un devoir de regarder le Présent et de protéger l’Avenir.

Par exemple, à l’image des combats collectifs pour préserver la possibilité de vie sur terre, si l’on est convaincu que la Nature, l’air et l’atmosphère, la biodiversité doivent être respectés et protégés par tous les Etats et tous les citoyens, ne faut-il pas de même avoir ce même esprit de mobilisation pour protéger et renforcer les bases de la liberté et de la Paix en Europe entre les Nations ? D’où l’importance toujours d’actualité de faire exister une Europe unie et forte au sein d’un monde changeant et à certains égards violent et dangereux. Seuls au milieu de tous, on est et on serait de plus en plus faibles et vulnérables. A plusieurs, en s’associant et sans effacer ni renoncer à notre histoire singulière, notre identité, notre patrimoine culturel et spirituel, en les offrant au contraire comme des éléments fondateurs et fédérateurs de civilisation commune, nous redonnons à l’Europe toute sa raison d’être. Elle n’enlèvera jamais rien de fondamental à chaque Etat, mais elle lui donnera toujours plus de poids et de chance dans le concert de la mondialisation.

Se recroqueviller jusqu’à imaginer un futur autosuffisant est une chimère. Les moyens de renforcer les bases de la liberté, de la justice, de la recherche scientifique dans les domaines médicaux, spatiaux, industriels et même culturels, réduits à chaque Etat s’affaibliraient, alors que le fait de les élargir et de les associer augmente les chances de progrès. L’Union Européenne ne signifie pas s’absorber mutuellement ni fusionner, ni la domination des plus puissants sur les moins avancés. L’Europe, au contraire, a été pensée et fondée à la fin de la seconde guerre mondiale comme une chance pour des petits Etats d’être protégés et soutenus, économiquement et politiquement, et pour les Etats les plus performants de ne plus succomber à la tentation d’invasion et de domination par le moyen de la guerre, mais au contraire de se ressentir investis de la haute responsabilité de garantir les valeurs humaines indispensables de la Paix, la liberté, le respect de la dignité auxquelles tout citoyen est en droit de prétendre.

Bien sûr il existe des maladies endémiques qui rongent et fragilisent les engagements, les concertations, les traités progressivement établis entre pays européens. A l’image des relations interpersonnelles, conjugales, familiales, sociales, parfois menacées par l’individualisme et l’égoïsme, par la soif d’accaparer et d’imposer leurs idées et leurs pratiques, les relations entre pays européens subissent les mêmes harcèlements et les mêmes tentations. Certains en concluent un peu trop vite qu’il faut renoncer à s’associer et s’entendre. L’on peut à l’inverse percevoir dans ce passage houleux et hésitant actuel que c’est le moment de « rechoisir » de s’unir, de dialoguer, de s’apprécier, de s’enrichir des différences, de réaffirmer les fondements de notre logiciel humaniste et chrétien multiculturel commun.

Détricoter, rompre, suspendre, interrompre, retourner chacun chez soi et ne vivre qu’entre soi serait une erreur monumentale et une insulte au sens profond et affiché de l’Histoire. Ce serait pour notre époque une erreur grave et face à notre conscience morale un choix coupable !