Du saint patron vénéré des voyageurs qui les protège et leur prodigue des conseils de bonne conduite, l’Histoire ne dit rien ! Selon la légende grecque, Christophe était un chrétien barbare qui, enrôlé dans les armées romaines, refusa de renier sa foi. Il mourut martyr dans de grands supplices.

Les occidentaux en ont fait, eux, un géant qui, converti, s’installa près d’un fleuve pour le faire passer aux voyageurs. Un jour, le « bon géant » mit sur ses épaules un enfant dont le poids devint tel, au cours de la traversée, que Christophe eut toutes les peines du monde à atteindre le but. Or cet enfant était Jésus, qui promit à son porteur le martyre !

Le culte de saint Christophe passa d’Orient en Occident où il devint très populaire. Nous savons tous combien notre société actuelle est marquée par le besoin d’aller voir toujours plus loin et d’échanger avec « les autres » ce qu’ils sont, ce qu’ils détiennent, et de proposer ce que nous sommes nous-mêmes et ce que nous fabriquons. Les transports ont pour vocation de combler les distances et les véhicules de toutes sortes sont créés pour faciliter les rapprochements. Les véhicules pour transporter les personnes, les familles, ceux qualifiés d’« utilitaires » qui offrent de l’espace au matériel ou aux instruments, les transports dits « en commun », les véhicules de marchandises et de chantier, sont tous devenus le quotidien incontournable de la vie des sociétés industrielles, dans les villes et aussi les campagnes.

Comment ne pas souligner l’importance des transports aériens, ferroviaires, fluviaux, maritimes, auxquels viennent s’ajouter les transferts de données par les réseaux sociaux que permet internet ? Sortir, aller, rencontrer, partager, apporter et recevoir, ces verbes sont activés chaque jour par tant de gens du monde entier. Bien sûr ces rencontres que permet la multiplication des « moyens de transport » donnent lieu à des découvertes, parfois des étonnements, et dans certains cas à des heurts et des conflits. Mais tous font de la Terre un gros village dont les habitants les plus éloignés ne peuvent plus s’ignorer. Si les voyages forment la jeunesse et tissent des liens locaux, nationaux et mondiaux, brassent et font se confronter les cultures, les démunis et les nantis, ils sont aussi ciblés par les plus avisés des détériorations climatiques dont souvent on les accuse !

Nous qui sommes chaque jour les utilisateurs de ces véhicules pour aller conduire les enfants à l’école, à la piscine ou au catéchisme, pour transporter de la paille ou aller rendre visite à un proche parent, travailler loin de chez nous, nous, les utilisateurs du train et de l’avion, nous nous demandons souvent comment nous ferions sans ces moyens de transport qui nous permettent de nous déplacer, donc de nous retrouver et d’approfondir nos liens humains, de satisfaire nos désirs de découvrir, d’apprendre et de comprendre. Ce besoin de se mettre debout, de sortir, d’aller - très loin parfois -, de s’approcher, est me semble-t-il une aspiration humaine universelle ressentie par tous. Depuis les gens du voyage dont la maison d’habitation elle-même est roulante, dont le travail sur les marchés est lui-même mobile, jusqu’aux commerciaux internationaux, tous savent d’expérience que les échanges sont devenus le véhicule tout-terrain de la vie mondiale.

Ainsi, acceptons-nous d’être, à la suite de saint Christophe, des « passeurs de vie », de points de vue différents, de biens culturels, moraux et spirituels, dans un esprit de service et de générosité, pour enrichir le Bien commun de toute l’humanité ?