Dans une société où la liberté de conscience, le droit de « critiquer », de penser et d’élaborer sa propre opinion sont valorisés, l’exercice de l’autorité ne peut plus reposer que sur des déclarations ou des affirmations cinglantes et fermées ! A toute autorité, il est demandé par ceux à qui elle s’adresse de justifier ce qu’elle réclame. C’est aux tenants de l’autorité en effet de fournir les raisons et la finalité de la demande ou de l’exigence.

Tout le monde est devenu réticent à consentir sur parole. L’on veut comprendre avant d’adhérer et d’exécuter. Même les enfants sont dès leur plus jeune âge déjà modelés par ce besoin. Les grandes institutions telles que la justice, l’Etat, l’école, l’Eglise elle-même, ne peuvent plus se contenter de dire la loi et le droit, ce qui est interdit et ce qui est permis, le légal et le moral, la foi et les rites. L’autorité consiste aussi à expliquer, à fonder, à fournir des éléments qui révèlent le bien-fondé de cette position à laquelle chacun est invité à se conformer. L’argument d’autorité en raison de la place hiérarchique et de l’aura n’est plus plus immédiatement crédité de confiance.

Le doute, les questions, le désir et même le devoir de chercher à comprendre et intégrer sont devenus les conditions préalables à toute adhésion véritable. Même le milieu scientifique, qui avait su se réserver le crédit de la Raison, du démontrable, accepte souvent d’être passé au crible des contre-épreuves et des démonstrations contradictoires avant d’afficher les résultats de ses recherches. Tout le monde est invité à se montrer modeste et même humble devant les citoyens qui veulent être assurés des vérités qui leur sont adressées !

Il me semble ainsi que nombre d’incroyants, de sceptiques, d’indifférents se positionnent à distance des convictions religieuses parce qu’ils redoutent que les interrogations qui les taraudent ne soient pas honorées de réponses fondées et assimilables. Ce désir d’en apprendre plus n’est-il pas le signe positif des choix de penser et faire mieux ? L’Eglise et ses clercs, ses docteurs et ses pasteurs, n’ont-ils pas forgé à l’Eglise un visage « d’enseignant » qui impose des « devoirs », une pensée, sans donner assez les clés pour en mesurer le sens et l’importance, l’impact sur la vie ? La foi chrétienne n’est pas d’abord une morale, elle est une relation entretenue avec le Christ, à la fois intime et communautaire. Comme toute amitié et tout amour, elle se développe par une fréquentation fidèle de Jésus dans les textes bibliques et dans l’expérimentation de l’Evangile au cœur de la vie.

Or l’argument d’autorité et d’obéissance sans comprendre a parfois donné de l’Eglise et de ses membres un visage autoritaire, doctrinaire, dogmatique, devenu avec le temps synonyme de fermeture, alors qu’en réalité l’Eglise a de multiples bonnes raisons et de précieux moyens de contribuer à libérer, sauver, en un mot de promouvoir l’humain, à la suite du Christ dont elle est la prestataire de service habilitée hier, aujourd’hui et demain…Encore faut-il que les autorités qui la guident et l’animent consentent à rendre compte, devant ceux à qui elle s’adresse ou devant les faits et événements face auxquels elle se prononce, de la genèse et des fondements des sentences qu’elle annonce, des points de vue qu’elle affiche, des recommandations qu’elle préconise.

N’est-ce pas un excellent signe de maturité que chacun veuille savoir d’où l’on part et où l’on va pour consentir avec joie et confiance à faire le chemin pour y aller ?