Contempler et prier Dieu à travers une Trinité de personnes, c’est aller à l’encontre de la figure divine telle qu’instinctivement les religions les plus diverses ont imaginé Dieu. En effet, les penseurs, les poètes, les philosophes, depuis l’Antiquité de la Grèce ancienne jusqu’à nos jours, ont toujours façonné Dieu comme un être omnipotent, omniprésent, capable de tout, imprévisible, détenteur de tous les pouvoirs et surtout n’en partageant aucun, donc « unique » au sens de « solitaire » et décidant seul de tout.

A certains, d’ailleurs, ce Dieu a fait peur et ils l’ont mis de côté. D’autres l’ont copié dans l’exercice de leur pouvoir. D’autres, religieux, l’ont transformé en statue de pierre ou de bois pour en faire des idoles à qui ils rendaient un culte, offraient des sacrifices d’animaux ou même d’êtres humains, croyant ainsi attirer le regard gratifiant des divinités. Ce qui demeure commun à ceux qui ont adopté ces représentations divines et à ceux qui les ont rejetées pour se réfugier dans l’athéisme, c’est qu’elles donnaient toutes une image caricaturée de Dieu. Une image réductrice aussi, puisqu’elles faisaient d’un Dieu un potentat, un dictateur décidant de la vie, de la mort, des itinéraires humains, imprévisible et même rival de l’homme et de son histoire !

Or par Jésus, reconnu Fils de Dieu, son image incarnée, nous apprenons que, contrairement à ce que l’on voulait nous faire croire, Dieu n’est ni lointain, ni solitaire, ni distant, encore moins méprisant. Dieu vit en relation interne (intime ????). Il est dialogue, concertation, décision collégiale. Il est à la fois Père, Fils et Esprit d’Amour qui les unit. Dieu ne diminue nullement son autorité et son pouvoir ni ne ternit son image quand l’homme exerce son libre arbitre, prend des initiatives et assume ses responsabilités. Au contraire, plus les humains développent leurs capacités, leurs qualités, leurs talents, plus Dieu est honoré dans sa divinité. Faire de Dieu un être tout-puissant, c’est lui donner le rôle du marionnettiste qui tire les ficelles de son personnage entièrement dépendant de lui.

Jésus nous a révélé Dieu autrement en répondant un jour à Philippe qui lui disait : « Montre-nous le Père, et cela nous suffit », « Philippe, qui me voit voit le Père, le Père et moi nous sommes UN ». Aussi les chrétiens, certes humblement, ne cherchent-ils plus tellement à imaginer, à se représenter Dieu, puisque la conception exacte de Dieu, ils croient la trouver en la vie de Jésus, ses paroles, ses pensées, ses actes, ses attitudes, ses choix et ses engagements. De ce Dieu, dont la nature même est d’être en relation intime et d’entrer tout le temps en relation, la Bible témoigne à chaque page, nous montrant sans cesse son projet de créer des alliances avec l’histoire humaine. Ce Dieu-là nous invite nous-mêmes, humains, à lui ressembler. Ne sommes-nous pas créés à l’image de Dieu et appelés à vivre de sa vie, à sa façon ?

Concrètement, cela veut dire qu’à l’individualisme et à l’égocentrisme il nous faut privilégier l’ouverture et l’altérité, la fraternité ; plutôt que de dominer, de passer en force par la violence, il faut toujours préférer la proposition, la concertation, la négociation, l’adhésion volontaire, la liberté, la prise de conscience personnelle et collective. N’a-t-on pas vu que des croyances en un Dieu totalitaire qui se mêle de tout ont généré dans l’histoire des pays totalitaires dans lesquels les libertés individuelles sont amputées et les personnes voient leurs droits et leur dignité étouffés ?

Aussi commencer et finir toutes les célébrations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, baptiser, pardonner et bénir de même, ce n’est pas du tout une formule banale, c’est témoigner de notre foi particulière et spécifiquement chrétienne en Dieu.