On dit souvent que l’Eucharistie, la messe, est le moment par excellence de l’expression de la foi chrétienne. Jésus l’a d’ailleurs instituée lors de ce repas d’adieu dont il a fait un mémorial à renouveler chaque fois « en mémoire » de lui. Il nous faut en effet comprendre que chaque messe ne donne pas seulement une occasion de « se souvenir », comme on le fait devant un monument aux morts ou à la façon dont des acteurs interprètent la même pièce de théâtre plusieurs fois devant des spectateurs.

L’Eucharistie est une action actuelle et toujours nouvelle dans laquelle Jésus donne sa vie, se sacrifie aujourd’hui pour la liberté et le salut du Monde. L’hostie et le vin se transforment maintenant en Corps et en Sang du Christ. Et communier, c’est le recevoir réellement et consentir à le laisser nous unir à celles et ceux qui le reçoivent aussi. Ainsi la vie de Jésus séparément accueillie dans chaque croyant devient-elle le corps vivant de l’ensemble des membres qui composent ce que l’on appelle « l’Eglise ». Or ce qui caractérise et identifie l’Eglise, c’est la diversité, la pluralité, l’universalité de ses adhérents qui pour leur propre vie se réfèrent au logiciel que l’Evangile de Jésus propose comme guide de leur existence. Ainsi, alors que chacun demeure dans des situations et des âges distincts, le pain de Jésus reçu personnellement établit des liens de Foi, d’Espérance et d’Amour qui tissent non seulement l’Eglise, mais aussi l’Humanité répandue sur toute la surface du globe terrestre.

Je préfère célébrer la messe avec une communauté participante. Mais il m’arrive souvent d’être seul quand je me mets à l’écoute de la Parole de Dieu et que je consacre le pain et le vin en Corps livré et en Sang versé du Christ pour le salut et la vie du monde. Tout en étant alors seul, je me sens cependant relié et communié par Jésus à tous ses amis, invisibles mais réellement vivants et différents qui sont, comme moi, membres interconnectés de son réseau. Jésus a inventé ce moyen génial du pain pour demeurer présent, parce qu’il avait été lui-même tant de fois invité à le partager à des tables conviviales et savait qu’elles existent pour accueillir et s’élargir ! Le pain sait bien qu’il est fabriqué pour être partagé et nourrir. Le vin consent à être versé pour devenir signe d’entente et d’unité. « Ma vie, nul ne la dérobe, mais c’est moi qui la donne », dira un jour Jésus à ses proches. A chaque messe, Jésus offre sa vie à qui désire sincèrement l’accueillir, non pour la « conserver », mais pour s’en inspirer afin d’en vivre vraiment.

En plus de toutes ces raisons, il y avait aussi pour Jésus le souvenir, avec son Peuple hébreu, de la libération de son exil en Egypte. De la musette contenant du pain azyme, c’est-à-dire sans levure, pour être prêt à fuir afin de fuir ce pays de souffrances et traverser la Mer Rouge au plus vite. Le pain de Dieu, ce fut aussi pour les Hébreux au désert la manne envoyée du ciel. En instituant l’Eucharistie, Jésus inscrit déjà toutes les messes comme des rendez-vous incontournables où le premier il s’engage à venir. Car si nous perdons l’habitude d’honorer de notre présence ces messes dominicales, avons-nous assez conscience du fait que lui, Jésus, n’en manque jamais une ? Il est là, réellement présent, dans les messages que contient la Parole de Dieu du jour, et aussi vivant dans la consécration du pain et du vin dont il a décidé de faire son Corps et son Sang, donnés par Amour et gracieusement pour celles et ceux qui l’accueillent en leur vie.