Dans un souci de proximité de l’Eglise par le contact des réalités humaines, les diocèses avaient à cœur de répartir leurs prêtres avec cette préoccupation de couvrir les territoires au maximum de leurs possibilités. Avec la diminution considérable du nombre de prêtres et la moindre fréquentation des fidèles en paroisses, les évêques sont amenés à redéfinir et redéployer autrement les moyens et les modes de l’évangélisation qui demeure, elle, la mission première de l’Eglise universelle.

C’est ainsi qu’au lieu de chercher à se répartir jusqu’au point de vivre seuls, les prêtres formeront eux-mêmes des communautés de deux ou trois. La messe dominicale sera célébrée dans une église choisie pour ses capacités à accueillir favorablement tous les chrétiens désireux de faire Corps et communauté. Ces pôles eucharistiques seront fixés et désignés à la connaissance de tous. Ils seront ouverts à toutes les sensibilités en n’excluant personne. Au lieu d’arriver individuellement, les chrétiens empliront leur voiture en se concertant avec d’autres fidèles qui se seront fait connaître.

Ce choix de s’intégrer et de participer activement à la vie d’une communauté devra être officialisé et organisé. Le nomadisme cultuel n’incite guère à l’investissement dans une communauté. La vie paroissiale devra contribuer à éveiller et encourager tous les baptisés à se sentir coresponsables de la vie et de l’avenir de l’Eglise et de la mission commune de proposer l’Evangile à tous comme chemin d’humanité en référence à Jésus « Chemin, Vérité et Vie ».

Cet esprit missionnaire, alimenté dans la communauté paroissiale lors des liturgies dominicales, pourra encourager des groupes particuliers à se créer à partir d’engagements socioprofessionnels, de sensibilités culturelles spécifiques, dans le but de discerner avec acuité les résistances, les obstacles et les chances, les opportunités d’annoncer l’Evangile et le référentiel chrétien dans telle ou telle situation ou tel événement ! Le fait d’appeler les chrétiens à se rassembler pour s’agréger par choix et volonté dans une communauté inverse le mouvement inscrit dans les habitudes et les têtes qui exigeait de l’appareil ecclésial d’être visible en chaque village par son église. Plus les baptisés seront instruits du message chrétien, plus ils auront les capacités de se sentir en communion d’esprit et de pratique, et « acteurs » d’une civilisation qui les relie et les allie, levure et sel dans la pâte humaine.

Tout en souhaitant vivement que chaque baptisé et chaque groupe chrétien vivent leur foi comme une fécondité de leur humanité, de manière libre et responsable, comment ne pas souhaiter aussi que cette pluralité de vies chrétiennes entretienne un lien organique entre eux et fasse Eglise du Christ, son Corps vivant actuel ? Mais pour se déployer à la fois dans sa diversité et dans son unité, l’Eglise d’un diocèse a besoin d’un personnel qui soit chargé de veiller à sa cohérence avec le message évangélique, à sa cohésion face aux tentations de dispersion et même d’abandon !

Pour autant que toutes les cellules d’un corps contribuent à la vie de celui-ci tout entier, son évolution réclamera toujours une régulation et des lieux, des séquences de ressourcement. Nos communautés chrétiennes ont besoin à la fois du souffle de l’Esprit pour se recentrer sur l’Evangile et de s’ouvrir pour accueillir largement, en comptant sur des disciples qui soient aussi missionnaires !...