Le disciple de Jésus ne rejette pas. Il se montre inclusif tout en étant clairvoyant, lucide et vrai. Il n’est ni démagogue ni flatteur, ni jaloux ni cupide. Il préfère la complémentarité à la rivalité, s’associer plutôt que supplanter et dominer. Rejeter est pour lui une faiblesse, car c’est avouer son incapacité à comparer, négocier, partager, s’enrichir mutuellement.

Plutôt que d’éliminer, écrémer, sélectionner, éjecter, rétrécir, refermer et se camoufler, le chrétien s’efforce d’élargir, d’ouvrir, d’allonger au lieu de s’arrêter, d’élever au lieu d’abaisser, de stimuler au lieu de freiner, de monter au lieu de descendre, d’alléger au lieu d’alourdir, de simplifier au lieu de compliquer, de trouver des solutions au lieu de rester passif, de grimper au lieu de s’enfoncer, d’admirer au lieu de détourner son regard, de remercier au lieu de dénigrer ou de mépriser…

La devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » est reçue par le chrétien, qui est également citoyen, comme un droit et surtout d’abord comme un devoir. Le chrétien conçoit la liberté non pas comme un privilège des plus malins à penser, agir, gagner tout seuls, mais plutôt comme une invitation expresse à s’impliquer pour la liberté de tous, pour son accroissement au bénéfice de chaque personne et de chaque groupe.

L’égalité, perçue non pas comme une similitude comme si tous les humains rêvaient d’être clonés, mais dans le sens de leur égale dignité qui exige que toute personne soit respectée et puisse prétendre aux mêmes désirs tout en étant soumise aux mêmes devoirs.

Enfin, le mot fraternité pousse le chrétien à porter son regard sur « l’autre » quel qu’il soit, comme un enfant de Dieu créateur et Père qui le fait membre de la famille humaine universelle. A la suite du Christ, son référentiel permanent quand il réfléchit, choisit et agit, le chrétien se veut proche des pauvres, des petits, des démunis, des affaiblis, sans préjugés, sans conditions, d’une façon juste pour lui et pour eux.

Le chrétien s’efforce de ne pas dominer les autres en monopolisant la parole par des monologues sans fin qui ne concèdent aucune chance à ses interlocuteurs de pouvoir s’exprimer. Or, comme nous le savons tous, favoriser l’expression verbale de quelqu’un, c’est lui montrer de la considération et de l’intérêt pour ce qu’il confie. Il me semble qu’il existe encore trop de gens qui n’écoutent que très brièvement les autres, tout en préparant intérieurement ce qu’ils s’apprêtent à dire très haut et cette fois avec abondance. Or ce qui tient au cœur des autres demande que l’on sache l’écouter en silence et avec patience, autant de temps que durent les confidences. Accueillir, écouter, cela demande de se décentrer, de taire sa propre vie pour rejoindre sincèrement celui qui parle, et c’est aussi, je pense, la marque du chrétien. Il existe trop de gens imbus d’eux-mêmes qui ne se passionnent que pour leur pré carré individuel, comme s’ils étaient les seuls à être confrontés à des problèmes ou à vivre des événements importants.

Tout ce que je viens de souligner comme des caractéristiques du vivre chrétien n’est bien sûr pas l’exclusivité de ceux et celles qui professent cette foi. Tant mieux que l’esprit évangélique puisse être diffusé de sorte que tout un chacun puisse s’en inspirer en pensée, en paroles et en actes dans toutes les étapes et situations diverses de son existence. Il demeure vrai que le chrétien, lui, sait qu’il peut à tout moment se rendre à la source de cet Esprit pour s’y ravitailler et mieux en vivre encore !