Je considère comme une grande chance que mes confrères, pasteurs en paroisse, me sollicitent pour accomplir quelques services tels que baptêmes d’enfants, d’adultes, mariages, quelques cérémonies de funérailles et bien sûr des messes dominicales. Ces diverses interventions me donnent la joie de rencontrer des gens de tout âge et de toute condition, et d’accueillir au mieux leur vie, d’écouter leurs peines et bien sûr leurs joies, de leur proposer quelques pierres importantes lorsqu’il s’agit de projets de vie pour les couples en pleine fondation. Ces personnes ne savent sans doute pas que le fait de marcher un temps à leurs côtés nourrit aussi ma propre humanité et ma foi, surtout lorsque chacun(e) recherche d’être sincère, vrai et fraternel.

Or ce qui me frappe d’année en année davantage, ce sont les souffrances de tant de façons endurées par tant de gens d’âge différent. Des enfants, des adolescents, avec lucidité, font confidence de l’ambiance familiale dans laquelle ils grandissent et apprennent tant bien que mal à trouver leur chemin et leurs marques. Des personnes, avancées en âge, jettent un regard dans le rétroviseur de leur vie passée et font un bref bilan de leur itinéraire. Il arrive à certaines de fondre en larmes devant leurs erreurs et parfois leurs échecs, toujours devant leurs épreuves. Fort heureusement, la vie la plus jonchée d’obstacles et d’intempéries peut se révéler très belle à contempler en ses séquences et événements les plus humains.

Souffler sur les braises de la confiance et de l’Espérance en Dieu et en la vie, en l’Amour, en l’amitié, en la justice et la fraternité, en la paix, constitue souvent le ministère du prêtre. Si nous-mêmes chrétiens nous laissions submerger par tous les conditionnements négatifs et les lâcher-prise du monde actuel, nous laisserions mourir l’Esprit en nos âmes. Conduire une existence humaine comporte des risques, des tentations, exige très souvent de savoir choisir, discerner et s’engager. Or, n’est-ce pas cela, vivre, au lieu de se laisser accrocher et soumettre à des illusions, des leurres, et pis encore des addictions, dont les cultures actuelles et en vogue, ultra-progressistes et ultra-libérales, sont friandes !

Il est vrai qu’il semble plus confortable de se laisser porter et même transporter par des courants, des vagues déferlantes et de se fondre dans les pensées majoritaires de grande consommation, plutôt que d’oser résister et de se positionner autrement, fermement et fraternellement. Car il est vrai aussi que l’Eglise, les prêtres, les chrétiens, n’ont pas seulement à se montrer compréhensifs et gentils avec tout le monde, sans jamais hausser la voix. N’avons-nous pas aussi à témoigner, affirmer, convaincre, réveiller, parfois nous opposer et proposer des alternatives à ce qui se diffuse et prétend apparaître comme évident, allant de soi et donc s’imposant à tous dès aujourd’hui et dans l’avenir ?

Sans qu’ils aient la prétention de détenir seuls la vérité, il serait dommageable pour le monde lui-même que les chrétiens, lassés d’interpeller, de dénoncer, se rangent dans une aire de stationnement et se contentent de voir passer le flot de véhicules dans l’espoir de jours plus favorables à l’accueil de leur vision de l’homme. D’ailleurs ces croyants chrétiens et les prêtres eux-mêmes, dont je suis, n’ont-ils pas à réinventer pour nos contemporains des modes nouveaux de dire et traduire le message évangélique si imprégné d’actualité ?