Les billets du Père Lucien Marguet

Chroniques et billets de réflexion sur des thèmes religieux, de société et d'actualité

22 décembre 2009

Noël…

 

Il est l'Eternel, l'Ineffable, le Tout Autre. Il est la source originelle, et voici qu'on sort de la grande Nuit, au solstice d'hiver, quand le jour prend enfin le pas sur les obscurités. Voici que lui, le Maître des Temps, le créateur des Terres et des voûtes étoilées, le Seigneur, Dieu de l'Univers, ose un indicible geste, un incommensurable pas vers cette créature sortie, à l'aube des mondes, de ses mains de potier. Cet homme fait de glaise, Il en fera Son Temple, Sa maison, Son refuge.

 

Brisant toute distance, le Très-Haut se fait Tout-Aimant et vient au plus bas, au plus près, au plus proche, habiter l'homme, quelque part sur cette terre sainte, porche d'une ancestrale promesse. Lui que l'on dit Tout-Puissant ose la nudité, le total abandon entre les mains d'une femme dont Lui, le Façonneur des jours, accepte de recevoir la première clarté. C'est un Dieu qui prend corps dans le corps d'une femme, c'est un Dieu qui prend corps dans le cœur d'un enfant, c'est un Dieu qui prend à bras le corps l'humanité tout entière, c'est le ciel sur la terre et l'éternité qui, soudainement, prend cœur dans le corps d'un instant. Un instant marqué d'une pierre blanche sur le sinueux sentier de l'histoire des hommes. Un instant d'il y a 2000 ans, un instant d'aujourd'hui pourtant car Dieu ne parle qu'au présent.

 

Et Marie, femme de Galilée inspirée par l'Esprit, radieuse et fatiguée, regarde ce petit qu'elle a porté et qu'elle apporte au monde pour qu'enfin Lui nous porte. Et Marie, radieuse et fatiguée, ose donner à ce fils premier-né un nom, un nom unique, original, un nom dont le souffle résonne à son tour comme une promesse : "Emmanuel", "Dieu avec nous". Non pas "Dieu au-dessus de nous", non pas "Dieu devant nous", non pas "Dieu contre nous", mais "Dieu avec nous" désormais à chaque instant présent, volontairement lié à nos vies limitées, nos pauvres vies nourries de sueur et de larmes, de joie et d'espérance, nos vies qui cherchent, dans la nuit et le doute, une aube, une clarté pour se mettre debout. Un Dieu qui, désormais, vit les questions de l'homme, les douleurs de l'homme, les joies de l'homme, les pleurs et les blessures de l'homme… Un Dieu vraiment fait homme.

 

Tout à l'heure, à l'auberge, la porte s'est refermée, il n'y avait plus de place, il n'y a toujours pas de place quand Dieu frappe à la porte de nos vies. Ne sommes-nous pas parfois des forteresses barricadées sur nos peurs, nos préjugés et nos refus d'aimer ? Ne sommes-nous pas parfois des citadelles dont Dieu, pourtant, respecte trop la liberté pour y entrer par effraction ?

 

Alors, c'est de l'intérieur qu'il surgit, patiente voix qui crie dans les déserts de l'âme, parole ensemencée dans nos humanités rétives, appels réitérés à naître enfin à la vie de l'Esprit.

 

Noël : Dieu est là, en nous, à attendre que nous traduisions sa vie dans la nôtre. Par plus de Paix, d'Amour, d'humilité, de Pardon, de liberté et de responsabilité, de bonté et de beauté… Noël, Dieu est là, en nous, à attendre notre propre naissance…

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12 décembre 2009

L'Avent

 

L'Avent est une période d'attente qui développe le désir d'accueillir Jésus. Il est aussi un temps pour discerner avec plus d'acuité la présence actuelle de Jésus. Car si Noël célèbre la venue de Jésus sur terre et sa naissance en Humanité, nous savons qu'Il demeure pour toujours parmi nous. "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du Monde", a-t-il promis à ses proches avant de disparaître à leurs yeu

 

 Ce désir d'accueillir donne du dynamisme. Il invite à se sortir du sommeil, à se tenir éveillé. Il faut se lever, sortir et aller à la rencontre de celui qui vient. L'Avent suscite l'Espérance et dilate l'esprit et le cœur qui, trop souvent, se contentent d'un horizon étroit et immédiat.

 

Ce désir de faire place à Jésus qui vient s'exprime en particulier dans la prière. Or prier ce n'est pas faire pression sur Dieu dont le désir de venir à nous précède le nôtre de l'accueillir. Le don de Dieu ne s'obtient pas sur la base de nos mérites acquis dans une bonne conduite de notre vie. Il est totalement gratuit. Il est grâce. L'Avent donne le temps et l'occasion d'élargir la tente de notre existence pour que Jésus y prenne davantage place, comme une source fait exister la rivière.

 

Jésus s'est fait homme pour que l'homme ressemble à Dieu. Or ce que Jésus vient partager avec l'humanité correspond avec le désir le plus intérieur en tout homme qui est de vivre à jamais et de voir vraiment Dieu. L'Avent est donc le temps où se cultive la confiance que Dieu visitera son Peuple. Il est aussi la conviction qu'Il est déjà là et y restera.

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27 novembre 2009

Entrer en Avent pour un Noël « différent »…

 

Dans une année, le christianisme prévoit deux temps forts, l’Avent et le Carême, qui invitent chacun à une reprise en main de sa vie. Cet éveil et ce réveil spirituels se concrétisent en plusieurs domaines. Dans la période d’incitation à l’hyperconsommation liée à l’approche de Noël, ne sommes-nous pas conviés à maîtriser les tentations d’acheter ? N’y a-t-il pas lieu de faire une liste raisonnable d’achats en nous attachant à cette conviction que l’intention et la qualité de la relation comptent avant tout ? N’est-ce pas l’occasion de re-caler nos préférences et nos priorités dans nos vies ? Si nous pensons vraiment que l’homme ne vit pas seulement de pain, peut-être pouvons-nous offrir plus de notre temps précieux ? Au lieu de donner des choses matérielles parfois coûteuses, pourquoi ne pas partager des biens spirituels personnels, tels que savoirs, conseils, sagesses, comme on offre des fruits et des légumes de notre jardin familial…

 

Le temps de l’Avent, dans un monde frénétique où l’on exige tout tout de suite et à tout prix, n’est-il pas un entrainement intensif à maîtriser ses instincts, ses impatiences, ses exigences, la fougue de son caractère ? Le temps de l’Avent, à l’instar des gymnases et des stades, ne permet-il pas de nous exercer à développer nos qualités, à réduire nos défauts, à nous ouvrir davantage au Monde et aux autres ? Dans une société et une époque où la Parole et la communication font et défont la vérité, qu’en est-il de l’usage de notre langue ? De nos oreilles ? De notre faculté de discerner ? De juger ! Cultivons-nous silence, bienveillance, tolérance, mais aussi franchise, lucidité et sincérité, modération et pondération ?

 

Amis lecteurs, vous l’avez compris, je vous invite à mettre à profit ces temps favorables de l’Avent, qui précède Noël, et du Carême, les 40 jours avant Pâques, pour investir dans des valeurs spirituelles qui redonnent à chacun la liberté et la responsabilité de soi. Avoir ou manquer beaucoup risque toujours de nous amputer du devoir et du droit de conduire nous-mêmes notre vie. Cependant, s’il revient à chacun de tenir la barre de son embarcation, ce n’est qu’en s’associant à d’autres que résister créera un courant influent et bénéfique pour tous.

 

Dans cet esprit, depuis plusieurs années déjà, des mouvements tels que le CMR, le MRJC, le MCC, l’ACI, l’ACO, le CCFD, Pax Christi et d’autres encore, invitent les gens de bonne volonté à maîtriser leur consommation, en particulier au moment de Noël. Car Noël est trop souvent l'occasion d'une surconsommation de produits. Trop souvent, à Noël, l'inégalité du pouvoir d'achat fait ressentir les disparités entre les riches et les pauvres. Alors que Noël devrait donner du bonheur, parfois cette "fête" éclabousse et attriste par les "excès". Or, cette année encore, un certain nombre de groupes chrétiens, sur la proposition du mouvement Pax Christi, lancent un appel à toutes les personnes de bonne volonté pour faire de Noël 2009 une fête joyeuse mais modeste. Un Noël qui privilégie la qualité d'attention et d'affection par rapport à la quantité d'achats déposés dans les caddies. "Il ne s'agit pas de ne pas faire la fête, mais de la faire autrement", déclarait il y a quelques années Mgr Marc Stenger, président de Pax Christi. ..."Il s'agit de modifier nos modes de vie..." Et il ajoutait : "Préparons-nous dans la joie à célébrer Noël dans la sobriété et une consommation raisonnable..."

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L’Avent

Qui, dans sa vie actuelle, ne se sent souvent pressé d’aller vite, en tous cas de ne pas perdre de temps ! Depuis les moyens de plus en plus sophistiqués pour communiquer instantanément jusqu’aux extrémités de la terre, en passant par le gain de temps permis par le TGV, jusqu’aux moyens mis en œuvre pour gagner du temps dans les cadences afin d’améliorer la productivité…Depuis l’écriture texto qui s’affranchit de toute orthographe, en passant par le mail que l’on dépose sur le champ dans la boîte du correspondant internaute, jusqu’au « chronopost » dont on attend des records de vitesse ! Le sport lui-même est lié aux « scores » réalisés dans les compétitions, qui sont sans cesse à battre ! Tout semble vouloir nous faire croire que l’avenir appartient à ceux qui vont vite et savent presser le pas, et compresser leur temps.

 

Or il est dans une année liturgique des étapes qui invitent les croyants à prendre du temps, à ralentir leur pas, souffler, réfléchir, scruter l’horizon et vérifier le sens. Ainsi est le temps de l’Avent qui offre la possibilité d’une attente motivée et mobilisée.

 

Marie est enceinte. Avec Joseph, elle prépare et se prépare à la naissance de son enfant. Toutes les femmes qui deviennent mères vivent intensément cette période qui précède l’accouchement. Plus encore que tous les éducateurs, les parents savent qu’il existe des saisons biologiques qui ont besoin que soit respecté le temps qui leur est normalement attribué. Un proverbe dit que ce n’est pas en tirant sur les carottes qu’on les fait pousser plus vite… Il est un temps pour tout, dit si bien le Livre de la Sagesse. Aussi le temps d’Avent peut-il être fécond et fructueux pour qui en fait une occasion de retour de soi, de maîtrise des sens, d’entraînement à la vraie liberté et à la responsabilité. Nul ne perd jamais de temps à reprendre en main la conduite sereine de son existence, de ses choix et décisions, dans la fidélité éveillée à ses engagements. Se laisser conditionner par le temps accéléré, c’est prendre le risque de se laisser emporter par les vagues et les courants, les vents dominants et dérivants…

 

Rien ne sert de courir, il faut savoir où l’on va et par quel chemin sûr on s’y rend. Le temps de l’Avent développe en soi la capacité d’attente, de patience, de confiance et d’Espérance. Il invite à accroître en soi la Foi qui consiste à croire que celui qui est attendu est déjà là…

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07 avril 2009

Les Rameaux et la Passion

La liturgie du Dimanche des Rameaux est tout en contraste. D'un côté, l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, de l'autre sa Passion et sa crucifixion. Ceux qui avaient suivi Jésus, sourds aux annonces de sa Passion, croyaient qu'il allait prendre le pouvoir. Or il se contente d'enseigner dans le temple. Les gens comprennent alors que la seule force dont Jésus fera usage sera celle de la Parole, car ce choix ne contraint pas les libertés. Vieille révolte des hommes contre un Dieu qui nous laisse libres et n'intervient pas assez à leur convenance. On a parfois l'impression qu'au lieu de ressembler à Dieu l'homme attend de Dieu qu'Il soit comme lui...

Pourtant les foules qui acclament Jésus n'ont pas totalement tort car il est vrai qu'il va prendre le pouvoir. Mais elles se trompent sur la nature de ce pouvoir : le Christ va prendre le dessus sur tout esprit de domination, sur tout désir d'imposer, sur tout ce que représente trop souvent "le pouvoir".

La Croix est un podium où s'affiche à tous les regards le vainqueur de la violence et de toute domination. La faiblesse de Dieu qui laisse la place entière à l'Amour s'avère plus forte que toutes les forces de l'homme et du monde (1ère Corinthiens 125). "Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes".

Voici Jésus dépouillé de tout pouvoir et de tout appui parmi les hommes. Puisque tous l'ont abandonné et que ses disciples ont fui. "Pendant ce temps, Jésus se taisait". Jésus n'oppose aucun fait miraculeux à ceux qui le poursuivent et s'acharnent contre lui, en disant "si tu es le fils de Dieu, descends de la croix et nous croirons en toi". "Il en a sauvé d'autres et il ne peut se sauver lui-même".

La mort de Jésus ne peut se comparer à la mort lente et harmonieuse d'un Abraham rassasié de jours. Cette mort frappe un homme jeune, en pleine possession de ses moyens, dont l'engagement permanent en ses 33 ans de vie n'a jamais été que celui d'aimer et de servir, et de devenir ainsi pour nous "chemin, vérité et vie".

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Rameaux

Jésus, en faisant le bien, attirait la sympathie et la ferveur autour de sa personne. Et l'idée germe chez beaucoup de gens qu'il devrait se faire roi… Il pourrait libérer la Palestine de l'occupation romaine, comme Moïse avait libéré les Hébreux de l'esclavage d'Egypte. Alors ce jour-là, la foule enthousiaste l'acclame. Elle lui fait une entrée triomphale dans Jérusalem.

Mais Jésus n'est pas venu pour gouverner. Ni par la domination, ni par la force des armes. Il est venu pour servir et sauver. Il n'est pas venu pour menacer ni contraindre, mais pour appeler à la liberté, à la responsabilité. En assumant pleinement les joies, les difficultés, les souffrances et la mort, Jésus démontre que chacun(e) peut accomplir sa vie, dans les conditions rencontrées en cours de route. Du coup, Jésus devient quelqu'un de vivant à suivre. "Je suis le chemin, la vérité et la vie".

Mais la même foule qui agite les Rameaux réclame qu'il soit condamné à la Croix. Ces Rameaux sécheront et deviendront cendre et signes de mort. Par la Résurrection de Jésus, ils deviendront signes d'Espérance et certitude de la victoire de la vie. Jésus sera roi, oui ! Mais pas par acclamation de la foule et pas de la façon dont elle le souhaite. C'est dans le secret des esprits et des cœurs que chacun choisira Jésus pour roi de sa vie.

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Jésus entre à Jérusalem où il va mourir…

Seigneur, cette foule qui t'acclame lors de ton entrée "royale" dans Jérusalem réclamera peu après ta mort en croix à Pilate qui, faute de motif pour te condamner, cherchera des gens pour le faire à sa place. Tout le monde sait que les foules sont versatiles et manipulables ! Selon les idées et les valeurs en cours, les modes et les vogues en haut de l'affiche, l'éphémère et le circonstanciel prennent le pas sur l'essentiel.

Tu as connu cela, Seigneur, plus d'une fois dans ta vie. Né dans la pauvreté à Bethléem, tu as vécu dans la simplicité effacée de Nazareth. Et durant tes trois années de vie publique tu vas croiser des gens qui t'entourent d'estime, comme à la multiplication des pains, et refusent tes paroles lorsque tu leur parles d'un autre pain de vie qui est ton corps livré. Ce soir-là, tu es si triste de voir presque tout le monde partir que tu demandes à tes disciples : Vous aussi, vous allez me quitter ?" Et cette belle réponse de Pierre : "A qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle".

Il n'empêche, qui n'a jamais ressenti en sa propre vie la trahison d'une amitié, la violence d'une parole blessante, l'amertume d'une infidélité, la cassure d'un lien ? Moi-même, Seigneur, je t'ai souvent oublié, ne revenant vers toi et ton église que lorsque j'étais dans le besoin ou la peine. Ma confiance en toi est bien trop souvent utilitaire, alors que toi tu nous aimes en permanence dans la gratuité.

Ces gens que tu as rejoints, aidés, aimés, remis debout et en route, que tu as réunis, ne t'ont pas beaucoup remercié (un sur dix lépreux !). Ils ne t'ont pas porté secours au moment de ton arrestation. Ils ont préféré ta mort à celle de Barrabas. Et pourtant, sur la croix tu trouveras encore assez de force et de cœur pour dire : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font". Durant ces 33 ans, Seigneur, tu as creusé par ta vie, tes paroles, tes actes, tes comportements, un chemin de "salut" valable pour tous les humains de tous les temps. Il n'empêche qu'à la croix du Golgotha seuls Marie et Jean étaient là.

Seigneur, je te remercie pour la force de ta liberté et de ta volonté, pour la puissance de ton Amour et la constance de ta fidélité.

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24 décembre 2008

En cette nuit de Noël...

En cette nuit de Noël, j'ai un peu peur de ne pas trouver les mots… Il y a ce soir exceptionnellement tant de monde dans les églises, dans cette église… Et comment le même message de Noël va-t-il pouvoir vous rejoindre tous ? Vous, les habitués de cette église, et vous qui venez rarement et que nous accueillons avec tant de joie. Vous, monsieur, qui avez hésité à venir en disant "je n'y crois plus guère"… Vous n'avez peut-être retenu de la religion qu'ennui, moralisme étroit ou bigoteries pieuses. Toi, le jeune lycéen qui rejettes l'idée de Dieu qui laisse l'homme endurer tant de mal et de malheur. Vous qui revendiquez d'avoir les pieds sur terre et qui vous demandez si la joie de Noël n'est pas naïve, surfaite, insolente dans un monde décidément trop dur.

Oui ! Comment trouver un mot, des mots, pour vous rejoindre tous, dans vos préoccupations et vos convictions profondes et respectables. Pourrais-je dire avec assez de conviction le message adressé aux bergers cette nuit-là : "N'ayez pas peur, je vous adresse une grande nouvelle, une bonne nouvelle pour tous les hommes, pour tous les temps" ?

Ce message, je le résume en un mot… Noël, c'est la fête de l'inattendu. Pourquoi ? Parce qu'à Noël Dieu se révèle sous un visage inattendu. Et parce qu'à Noël Dieu nous invite à l'accueillir et à le chercher sur un chemin inattendu.

Quand vous dites "je crois en Dieu", et que d'autres disent "je ne crois plus guère en Dieu ou plus du tout", de quel Dieu parlez-vous ? Dieu tout-puissant et superbement distant ? Dieu prothèse de nos limites ? Dieu surveillant impitoyable de nos fautes ? Dieu suprême marionnettiste qui tire arbitrairement les ficelles de l'aventure humaine ?

Or, "Dieu n'est pas ce que vous croyez", titre un petit livre écrit par le Père Jean-Marie Ploux, de

la Mission

de France. Inattendu, ce visage de Dieu donné par l'enfant de la crèche dont on apprendra plus tard, de sa bouche, que "Qui me voit voit le Père". Fils du charpentier laborieux de Nazareth, prêcheur et guérisseur pendant 3 ans sur les routes de Palestine. Arrêté, jugé, crucifié… Dieu a pris visage humain dans le déroulement d'une vie. Jésus a montré Dieu par ses paroles et par ses actes. Non un Dieu vengeur, mais un Dieu au grand cœur. Non un Dieu lointain et condescendant, mais un Dieu proche et présent. Non un Dieu magicien, mais un Dieu qui nous associe, qui nous confie, qui nous aime libres et responsables, lucides et conscients. Dieu ne confisque pas tous les pouvoirs.

Et, avec Noël, Dieu fait voler en éclats l'imaginaire des hommes. Ils l'imaginent tout-Puissant, capable de tout. Or Dieu se donne à contempler sur la paille d'une mangeoire. Ils le croient insensible. Il se fera critiquer, rejeter, éliminer dans le supplice de

la Croix

, 33 ans plus tard. Dieu ne recourt jamais à la menace, à la peur, à la punition, à l'ignorance, pour dominer, arracher une adhésion, imposer une conviction. Quand vous êtes tentés de penser cela de Dieu, revenez à la scène que nous sommes venus contempler en cette nuit de Noël.

Qu'y a-t-il de plus fragile qu'un enfant ? Qu'y a-t-il de plus démuni qu'un nourrisson ? Qu'y a-t-il de plus faible qu'un nouveau-né ? Et pourtant, c'est bien sous cet aspect que Dieu a tenu à se révéler. L'enfant blotti contre sa mère, celui que nous adorons en ce temps de Noël, c'est le même que nous osons appeler "Fils du Très-Haut", "Seigneur" et "Dieu", en contradiction flagrante avec toutes les apparences.

Aujourd'hui, notre monde semble ne plus croire en Dieu. Beaucoup se sont écartés de celui qui se fait tout proche d'eux. Certains annoncent à grand renfort d'arguments que Dieu est absent, silencieux, ou bien encore qu'il est mort. Non, Dieu n'est pas absent. Il n'est pas non plus silencieux. Mort, pas plus ! Dieu est discret. Il est si discret qu'il faut écarquiller les yeux pour le découvrir. Il est si faible qu'il faut dresser l'oreille pour l'entendre. Dieu n'a pas voulu nous écraser par sa magnificence. Il n'a pas voulu s'imposer à nous. Il est venu sur notre terre pour se donner. Il s'est fait vulnérable comme un enfant pour mieux nous dire qu'il avait besoin de nous.

L'enfant de Marie et Joseph nous invite à le chercher encore aujourd'hui. Car Dieu n'est pas évident. Dieu ne saute pas aux yeux, mais Dieu se laisse chercher. Et c'est dans la faiblesse qu'il se donne à voir.

L'enfant de la crèche nous rappelle cela d'une manière toute simple. Petit, il l'est. Misérable, cela se voit ! Fragile, c'est indiscutable. Le Dieu des chrétiens se dit dans le silence de la nuit de Noël. Il sera encore là cette année pendant que beaucoup réveillonneront sans avoir une pensée pour lui. Il sera aussi dans les camps de réfugiés. Il sera proche de ceux qui sont plongés dans la tristesse parce qu'isolés et sans famille.

Le temps de Noël est le temps où la discrétion de Dieu devient une invitation à dépasser les apparences. Dieu ne fait pas de tapage. Sa discrétion est l'espace qu'il laisse à l'homme pour que celui-ci le cherche sans qu'il se sente écrasé. Dieu est discret parce qu'il nous aime...

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Nuit de Noël...

Il est l'Eternel, l'Ineffable, le Tout Autre. Il est la source originelle, et voici qu'on sort de la grande Nuit, au solstice d'hiver, quand le jour prend enfin le pas sur les obscurités. Voici que lui, le Maître des Temps, le créateur des Terres et des voûtes étoilées, le Seigneur, Dieu de l'Univers, ose un indicible geste, un incommensurable pas vers cette créature sortie, à l'aube des mondes, de ses mains de potier. Cet homme fait de glaise, Il en fera Son Temple, Sa maison, Son refuge. Brisant toute distance, le Très-Haut se fait Tout-Aimant et vient au plus bas, au plus près, au plus proche, habiter l'homme, quelque part sur cette terre sainte, porche d'une ancestrale promesse. Lui que l'on dit Tout-Puissant ose la nudité, le total abandon entre les mains d'une femme dont Lui, le Façonneur des jours, accepte de recevoir la première clarté. C'est un Dieu qui prend corps dans le corps d'une femme, c'est un Dieu qui prend corps dans le cœur d'un enfant, c'est un Dieu qui prend à bras le corps l'humanité tout entière, c'est le ciel sur la terre et l'éternité qui, soudainement, prend cœur dans le corps d'un instant. Un instant marqué d'une pierre blanche sur le sinueux sentier de l'histoire des hommes. Un instant d'il y a 2000 ans, un instant d'aujourd'hui pourtant car Dieu ne parle qu'au présent.

Et Marie, femme de Galilée inspirée par l'Esprit, radieuse et fatiguée, regarde ce petit qu'elle a porté et qu'elle apporte au monde pour qu'enfin Lui nous porte. Et Marie, radieuse et fatiguée, ose donner à ce fils premier-né un nom, un nom unique, original, un nom dont le souffle résonne à son tour comme une promesse : "Emmanuel", "Dieu avec nous". Non pas "Dieu au-dessus de nous", non pas "Dieu devant nous", non pas "Dieu contre nous", mais "Dieu avec nous" désormais à chaque instant présent, volontairement lié à nos vies limitées, nos pauvres vies nourries de sueur et de larmes, de joie et d'espérance, nos vies qui cherchent, dans la nuit et le doute, une aube, une clarté pour se mettre debout. Un Dieu qui, désormais, vit les questions de l'homme, les douleurs de l'homme, les joies de l'homme, les pleurs et les blessures de l'homme… Un Dieu vraiment fait homme. Tout à l'heure, à l'auberge, la porte s'est refermée, il n'y avait plus de place, il n'y a toujours pas de place quand Dieu frappe à la porte de nos vies. Ne sommes-nous pas parfois des forteresses barricadées sur nos peurs, nos préjugés et nos refus d'aimer ? Ne sommes-nous pas parfois des citadelles dont Dieu, pourtant, respecte trop la liberté pour y entrer par effraction ?

Alors, c'est de l'intérieur qu'il surgit, patiente voix qui crie dans les déserts de l'âme, parole ensemencée dans nos humanités rétives, appels réitérés à naître enfin à la vie de l'Esprit.

Noël : Dieu est là, en nous, à attendre que nous traduisions sa vie dans la nôtre. Par plus de Paix, d'Amour, d'humilité, de Pardon, de liberté et de responsabilité, de bonté et de beauté… Noël, Dieu est là, en nous, à attendre notre propre naissance…

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19 décembre 2008

Avant Noël, l'Avent…

"L'Avent, c'est une espérance qui vient dans le froid d'un soir,

c'est une espérance, jaillie du brouillard…"

Les jours qui précèdent Noël sont les plus courts de l'année. Chaque matin, l'aube se lève lentement. En fin d'après-midi, l'obscurité gagne vite. Les nuits sont longues. Et nous assistons comme à un combat entre la longueur du jour et celle de la nuit. Mais nous savons que fin décembre, dans notre hémisphère, la lumière va peu à peu gagner du terrain. Le 25 décembre était le moment choisi dans la religion animiste pour célébrer le soleil qui revenait éclairer de plus en plus la terre après les longues nuits d'hiver. Les jours vont rallonger et les nuits raccourcir.

Or les chrétiens ont transformé cette célébration du soleil en fête de Noël. En venant sur terre, Jésus apporte la lumière de Dieu. Jésus est un soleil qui éclaire les ténèbres dans lesquelles l'humanité est trop souvent plongée. Les ténèbres de la haine, de la guerre, de la méchanceté, de l'égoïsme, de l'orgueil, de la stupidité. Jésus est lumière et, comme un feu, il éclaire sans éblouir, il réchauffe les cœurs gelés, il attire et réunit autour de lui.

Encore aujourd'hui Jésus demeure une lumière pour beaucoup. Comme un phare allumé indique la côte aux marins, comme les projecteurs éclairent une scène de théâtre ou un stade, Jésus vient éclairer nos vies et le chemin sur lequel nous pouvons progresser. Jésus ne braque pas les projecteurs sur lui, mais sur la terre et les autres à aimer. Regardez et aimez. Voyez et respectez les autres. Soyez polis, aimables, attentifs, attentionnés. Sachez accueillir, écouter, répondre. Aimez chercher, connaître, recommencer, pardonner, vous réconcilier…

"Toi qui es Lumière,

Toi qui es Amour.

Mets dans nos ténèbres ton Esprit d'Amour."

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