04 décembre 2009
Regarder, d’abord…
Dans le Livre de la Genèse, il nous est dit que Dieu, après chaque étape
de création, regardait le résultat et voyait que cela était bon. Dans la vie il
faut faire place à l’activité, mais il nous faut aussi prendre le temps de
réfléchir, de voir, de contempler. Regarder, c’est aussi faire exister, donner leur place et
leur rôle aux choses et aux êtres. On ne peut aimer sans d’abord regarder, entendre, accueillir, sans
préjugé.
Pour illustrer ce propos sur l’importance du regard, voici trois
exemples :
Le premier est une sagesse chinoise intitulée
« Le
voleur de hache »
Un homme ne retrouvait pas
sa hache.
Il soupçonna le fils de son
voisin de la lui avoir prise et il se mit à l’observer.
Son allure était typiquement
celle d’un voleur de hache.
Son visage était celui d’un
voleur de hache.
Les paroles qu’il prononçait
ne pouvaient être que des paroles de voleur de hache.
Mais voilà qu’en remuant la
terre, l’homme retrouve soudain sa hache.
Lorsque le lendemain il
regarda de nouveau le fils de son voisin, celui-ci ne présentait rien, ni dans
l’allure, ni dans l’attitude, ni dans le comportement, qui évoquât un voleur de
hache.
Lie-Tseu
- Sagesse chinoise
Le deuxième exemple, c’est l’histoire d’un jeune garçon que j’ai
connu lorsque j’étais au Cameroun. Il était très handicapé. Il avait honte et
vivait dans les rochers de la montagne, en pleine brousse. Les gens du village
l’avaient nommé « Debne », ce qui signifie dans la langue
« Est-ce qu’il est quelqu’un ? » Il descendait de sa montagne
pour chercher quelque nourriture déposée à terre pour lui. Tous les enfants
riaient de lui tant il était désarticulé.
Un jour, une infirmière a essayé de l’approcher. Lui s’est sauvé. Peu à
peu, à force de patience, elle l’a apprivoisé. Elle l’a décidé à se laisser
soigner, puis appareiller. Maintenant, il se tient debout. Il a même appris à
coudre. Des enfants se sont cotisés pour lui acheter une machine. Il fabrique
des habits et les vend. Il gagne sa vie.
Debne est devenu quelqu’un à cause d’un autre regard porté sur lui.
Notre regard est-il de respect ? Notre regard est-il de création,
bien plus, d’amour, de compassion et de communion ?
Et le troisième exemple, c’est celui que nous conte Saint Exupéry dans son
livre « Le Petit Prince ».
« Le renard se tut et regarda longtemps le Petit
Prince ».
Regarder, découvrir, créer des liens…
« Adieu », dit le renard au moment de
quitter le Petit Prince après qu’il fut devenu son ami. « Voici mon
secret. Il est très simple : On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel
est invisible aux yeux »…
11 septembre 2009
Se recueillir
Le croyant, s’il veut
tenir dans la foi, doit ressembler à un de ces gros arbres solidement enracinés
en terre. Un arbre se développe et montre sa vitalité par ses branches et son
feuillage. Mais, elle a beau être cachée, c’est la sève qui donne à l’arbre sa
belle apparence et ses fruits. Sa cime n’existerait pas sans les racines
enterrées. Comme un arbre tout entier a un impérieux besoin de ses racines
enterrées en profondeur, le croyant a besoin d’une vie intérieure qui alimente
sans cesse sa vie extérieure. Pour cela, il doit s’exercer au silence qui lui
permet d’accueillir et de stocker ce qui va ravitailler sa source. Quand le
croyant s’apprête à se recueillir et à prier, il doit se couper de toute
distraction qui pourrait parasiter son écoute intérieure.
Se recueillir ressemble au
travail du jardinier qui oriente et concentre l’arrosage d’un endroit en
bouchant des rigoles pour éviter à l’eau de se disperser. Prier demande de se
concentrer…
24 mai 2007
Le silence
Il est des bavards qui fuient le silence et ne se plaisent que dans le bruit. Ont-ils peur de leur parole intérieure ? Se sentent-ils incapables d'entendre la parole d'un autre ? Il est des gens qui, dans une discussion, se répandent en bavardages sans intérêt pour combler les silences. Ne craignent-ils pas d'avoir trop à dire ce qu'ils pensent et surtout à penser ce qu'ils disent !
Il est des dialogues qui ressemblent plus à des monologues en cascades. Au lieu d'être écoutés et respectés pour eux-mêmes, les propos de l'autre deviennent des prétextes à exposer les siens. Toutes les occasions sont alors saisies de couper la parole pour raconter sa vie et faire valoir ses convictions. Cette pratique répandue qui consiste à investir une conversation ressemble à la pratique du coucou, l'oiseau qui attend que d'autres oiseaux fassent leur nid pour l'occuper et se l'approprier. Le pillage des idées et des actions des autres n'est plus possible quand le silence vient s'interposer et permettre une meilleure écoute mutuelle.
Non, le silence n'est pas contraire à la communication, il en favorise la réussite. Face à des accusateurs qui veulent lapider une femme pécheresse, Jésus fait silence... ce qui permet à chacun d'entendre sa conscience...
Le silence cultive l'intériorité. Puissent la période estivale et les congés nous permettre d'exercer nos capacités à faire silence.
Une vie spirituelle ressemble aux nappes phréatiques
La grâce de Dieu ressemble à la pluie qui tombe et qui ne dépend pas de nous. Elle pénètre la terre et, si elle rencontre des semences de vie, elle les fait germer et les encourage à lever et fructifier. Ainsi Dieu arrose-t-il l'humanité de son amour !
Il est des capteurs privilégiés de l'amour divin : ce sont tous les sacrements, rendez-vous où Dieu vient nous faire signe de sa présence réconfortante et vivante. La prière personnelle et la méditation de la Bible, les réunions entre chrétiens, - "quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux" -, et, bien sûr, la vie paroissiale qui fait l'Eucharistie et que l'Eucharistie fait devenir Corps du Christ, voilà les plus féconds moyens d'accueillir les dons de Dieu.
Mais cette grâce divine n'est pas une fin en soi, elle est comme la pluie, elle est destinée à irriguer et faire fructifier nos potentialités, nos capacités, nos qualités et nos talents de telle façon que nos vies deviennent champs de Dieu. Cela suppose des canaux et des rigoles, des bassins de captation régulièrement nettoyés des obstacles qui pourraient les obstruer.
Cultiver un être intérieur
Ces pressions collectives de grande envergure dont nul de ceux qui les subissent n'a lucidement conscience s'insinuent dans l'air que la société tout entière respire. Au lieu de développer en soi l'être intérieur fait de source d'inspiration et de convictions, de capacité à analyser et discerner, à décider et s'engager, les personnes finissent par subir et recevoir les indications à suivre pour leur propre vie. Elles aliènent leur liberté tandis que s'érode peu à peu leur capacité à penser, agir et se montrer responsables par eux-mêmes.
On ne soulignera jamais assez combien il faut à chaque être humain garder la barre de son poste de commandement intérieur et se garder de s'en remettre les yeux fermés au téléguidage des séductions et des flatteries du Monde extérieur...
