09 novembre 2009
La Parole et ses exigences
Pour être écouté et
crédible, celui qui parle doit ensuite produire les résultats tangibles qu’il
annonce. Personne ne s’intéresse plus aux discours du haut de la chaire ou
censés être admis en raison de l’autorité de celui qui les prononce. Notre
époque réclame des témoins dont les actes attestent la vérité de ce qu’ils
disent. Les conseils peuvent être utiles, les engagements sont toujours exemplaires.
Il est des gens qui
s’écoutent parler, d’autres qui se font remarquer en prenant systématiquement
le contrepied de la pensée exprimée par les autres. D’autres parlent pour ne
rien dire. Il est des gens qui n’écoutent jamais et qui parlent à jet continu,
comme un torrent qui envahit l’espace de ses flots et de son bruit. Comment ne
pas préférer entre toutes les personnes qui réfléchissent avant de parler et
dont les paroles invitent ceux qui les écoutent à réfléchir eux-aussi ?
Comment ne pas préférer aux bavards, dont les paroles ininterrompues
ressemblent à de la pluie qui tombe sur une terre qui ne l’absorbe pas, les
personnes dont la capacité à communiquer est ajustée à l’interlocuteur et aux
circonstances ?
Il est des gens dont la
prise de parole a l’effet d’un pavé dans la mare, inattendu et violent.
Certaines personnes ont le verbe tellement haut que leurs paroles arrivent avec
violence aux oreilles de ceux-là même qui souhaitaient ne rien entendre. Il est
des personnes qui se répandent en flatteries pour éviter d’avoir à expliquer
leur propre pensée. Certaines, au contraire, n’ont que dénigrement à la bouche,
espérant ainsi briller en contraste par leurs idées différentes. A leurs
discours toujours négatifs, destructeurs, blessants et diffamatoires, certains
se taillent une réputation de semeurs de mauvaises graines dans leurs champs
et, à la faveur de l’obscurité, dans le champ des voisins.
« Tu ne réponds
rien », disait Pilate à Jésus. Le silence ne remplace pas la parole, mais il
lui permet de prendre toute sa valeur. La Parole est comme un visiteur sur le
seuil de la maison d’un voisin. Elle peut être entendue, priée d’entrer et de
s’asseoir, de demeurer. Elle peut aussi trouver porte close et rebrousser
chemin sans qu’un vrai contact ait été établi. On peut parler à tort et à
travers, détourner la parole de l’interlocuteur, lui couper la parole, la
transgresser, la falsifier, la manipuler, la piller comme on pille une mine à
ciel ouvert, ou même la gaspiller. Notre Parole est-elle du Pain sec, rassis,
ou du Pain frais et nourrissant pour nos auditeurs ou interlocuteurs ?
Toutes ces simples
réflexions sur la Parole ne doivent pas nous faire oublier que, si « la
Parole est d’argent, le silence est d’or »…
06 août 2008
Le devoir d’incarner les mots
L’Eglise, qui continue la présence active de Jésus dans l’histoire du Monde, a aussi pour tâche missionnaire d’incarner le message évangélique dans les mots des langages humains. Pour parler de foi, d’Espérance et de charité, les chrétiens empruntent les mots quotidiens qui consonnent à la vie tout en en révélant la source et l’enracinement.
27 janvier 2008
La Parole
Certes la Parole est ambivalente. Elle peut exprimer le vrai, mais proférer le mensonge. Elle peut être posée et mesurée, mais aussi être légère, insignifiante, insensée. La Parole peut générer la paix, ouvrir les esprits, les cœurs, les mains, créer ou entretenir des liens. Mais la Parole peut aussi semer la discorde, allumer des incendies ravageurs. Elle peut semer ou étouffer la vie. La Parole est l'instrument de l'esprit et du cœur, que la conscience oriente.
Un jeune fils me confiait son désarroi face à la mort de son père. Il habitait loin de la maison de son père, il avait une profession qui le prenait entièrement. Huit ans après, il n'avait pas fait son deuil : "Je regretterai durant toute ma vie de n'être pas venu voir mon père pour lui dire merci d'avoir été mon père. Pour l'embrasser et lui dire que je l'aimais. Je ne lui ai rien dit. Et il n'a jamais su".
Peut-être est-ce cette vraie raison qui a décidé Dieu à envoyer son fils Jésus vivre pleinement notre condition humaine et se faire l'un des hommes. Dieu voulait nous dire qu'il nous aime. St Jean a même pu, dans son prologue, donner à Jésus le nom de "Verbe de Dieu". Jésus, par tout son être, ses faits et gestes, a dit Dieu. Et Jésus a été Amour et Vie.
La Parole parlante
Comment ne pas souhaiter que, pour autant qu'ils soient différents, les langages de foi s'articulent entre eux et soient cohérents ! Que ce qui est dit verbalement trouve sa correspondance dans ce qui est pratiqué. Que ce qui est vécu soit en cohérence avec ce qui est annoncé. Prêtres, religieux(ses), laïcs, quelles que soient notre existence et nos responsabilités, notre vocation et notre mission n'est-elle pas d'annoncer et de proposer Jésus-Christ comme "chemin, vérité et vie" pour le monde ?
La Parole de Dieu "entretient" les croyants. Dieu communie les chrétiens par sa Parole. Comme dans la famille, la Parole des parents est la référence, assure la cohésion de la vie commune. La Bible et ses messages soutiennent et alimentent la foi des croyants.
"Nos contemporains ont besoin de maîtres qui soient des témoins et de témoins qui soient ainsi des maîtres"...
La Parole est au centre de la vie
Dès lors que la parole sort de la bouche, elle est donnée à qui veut l'entendre, la comprendre et en tenir compte pour lui-même. Chacun peut aussi rester sourd s'il le souhaite. Après avoir été entendue, la Parole peut être rejetée. Elle peut subir des parasites qui en brouillent le message. Les mots sont culturellement chargés, et leur sens peut échapper ou donner lieu à une fausse interprétation. Ainsi la nature et le sens des mots, les circonstances qui les motivent, font partie du Message qu'ils délivrent. Il est donc très important d'apprendre les langues dont les mots sont porteurs de sens selon le contexte historique et culturel qui les a vus naître et utiliser. Linguistes, exégètes, étudient les langages. On arrive à discerner dans certains textes les diverses couches qui les ont formés, sédimentés.
La communication peut contribuer à établir une compréhension et nouer des liens durables. Elle peut à l'inverse accentuer des oppositions et creuser des divisions par l'incompréhension qu'elle nourrit. La Parole est source de décision, de conversion, de changements. Elle peut susciter des sentiments contradictoires de joie, de paix, de justice, mais aussi d'agressivité, de tristesse, de désespoir.
Les mots ont un poids décisionnel. Ils font, défont. Les mots sont actifs. Ils agissent. "Je te pardonne." "Va." "Viens." "Fais."...
La Parole a une efficacité, un impact dans la vie. Depuis le bébé jusqu'à l'adulte en passant par l'enfance et l'adolescence, depuis le oui de l'alliance dans le mariage jusqu'aux conversations échangées autour de la table familiale, depuis les projets et les promesses, les mots de merci, de pardon et d'amour jusqu'aux paroles testamentaires qui précèdent le dernier souffle, la Parole est le fil conducteur d'une vie.
Le pouvoir de parler est en chacun de nous
"De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, marche". Et le saisissant par la main droite, il le releva". (Actes 3 6) Pour accomplir la mission de Jésus, Pierre n'a que le moyen de la Parole. Celle reçue, celle qui l'a transformé et celle qu'il transmettra. Parmi toutes nos capacités humaines, celle de la parole qui permet de communiquer est une véritable richesse.
La parole n'est pas seulement informative, mais aussi performative. Elle permet de faire savoir, d'instruire, de transmettre, mais aussi elle influence, elle participe à des choix, des décisions, des actes. Elle soutient des personnes, modifie des idées, donne sens. Si Dieu a beaucoup parlé au Peuple hébreu à la faveur des circonstances et des événements de son histoire, Il nous confie le pouvoir de la parole. Il revient à chacun de développer et d'exercer cette capacité de parole et de lui attribuer une intention et une finalité, pour qu'elle soit féconde, utile, active.
Ce pouvoir de la parole prend place dans les dialogues interpersonnels, dans les conversations en groupe, dans les interventions publiques. Articles de presse, livres plus élaborés peuvent véhiculer le Message par écrit. Il y a tant de médias pour témoigner et diffuser ce qui est bon pour l'homme, lettres, courrier électronique, téléphone. Pour être audible, crédible, notre parole doit être libre, gratuite, joyeuse... marquée du sceau de la confiance et traversée d'Espérance.
Ma crainte est que beaucoup de ce pouvoir de parler nous échappe du fait de pression externe, par inaptitude ou paralysie par une autocensure qui oblige à se taire. Il est vrai que parler au bon moment et de bonne façon n'est pas si facile et présente toujours des risques...
La Parole qui guérit
On entend souvent dire qu'un malade assure aussi sa guérison grâce à ses proches qui lui disent des mots de soutien, d'affection et d'espoir. L'idée est largement répandue qu'un bon moral contribue à recouvrer une meilleure santé. Quel parent ou éducateur ne prend du temps avec des enfants ou des jeunes pour les écouter confier leurs bobos, leur désarroi à la suite d'un échec ou d'une rupture affective. Qui n'a un jour vérifié les bienfaits apportés par des conseils, des encouragements prodigués, un pardon accordé…
Les paroles qui guérissent et renforcent les relations, accompagnent l'existence au quotidien, ce sont les bonjours et les mercis, mais aussi les mots du respect, de la tendresse et de la délicatesse, d'honneur et de confiance. Ils ravitaillent en plein vol l'envie de poursuivre au travers même les difficultés rencontrées. Se parler donne à s'entre-tenir en couple, en famille et entre amis. La parole lie et relie, allie et unit. La Parole
Certes, faut-il le dire aussi, la parole elle-même peut faire du mal et générer du malheur quand elle est violente, agressive, quand elle veut détruire par haine, jalousie, quand elle est dominatrice. Les évangélistes racontent que Jésus n'avait d'autres moyens de guérir, libérer et remettre debout et en marche que la force de sa parole et la puissance de sa foi et de son amour. Il commençait cependant toujours par regarder, écouter, entendre et comprendre, et ensuite il parlait "avec autorité" d'un Sauveur qu'il était.
