08 avril 2009
Souffrance et mort
Tous nous avons été un jour ou l'autre confrontés au malheur, à la souffrance; ou à l'une ou l'autre des innombrables formes de mal : la maladie, la mort. Tous nous connaissons l'incroyable capacité de l'homme à faire du mal à son frère. Depuis Caïn tuant Abel jusqu'à la Shoah et les génocides contemporains, tous les temps ont été "des temps où l'homme a sur l'homme le pouvoir de lui faire du mal" (Quohélet 8 9). Tous nous nous sommes posé la même question : "Si Dieu existe, pourquoi cela ?"
Depuis qu'il y a des hommes dans la souffrance, le mal et le malheur, le dilemme ne cesse de les troubler : ou Dieu est tout-Puissant et il ne nous aime pas, ou il nous aime et il n'est pas tout-Puissant. Si Dieu existe et s'il est Amour, comme disent les chrétiens, pourquoi permet-il le mal et la souffrance ?
En réalité, Dieu fait le monde comme la mer les continents : en se retirant (Hölderlin). Dieu, en Jésus, abandonne toute Puissance et se range à nos côtés. Au début des évangiles, les récits des tentations donnent l'esprit qui animera Jésus toute sa vie. Il décide de n'échapper à rien de la condition humaine. Il s'est mis de notre côté avec nous, y compris dans le malheur, dans la souffrance et dans la mort. Il a lutté, guéri, converti, enlevé les péchés. Il n'a pas expliqué les raisons du mal, il l'a combattu par les seules armes de la vérité, de la liberté et de l'amour désarmé. Si le Christ s'était renié, il aurait eu la vie physique sauve, mais il se serait détruit intérieurement. En laissant sacrifier sa vie, il donne la primauté à l'esprit que la mort n'atteint pas.
Après s'être confronté à toutes les misères de l'existence humaine, il restait à Jésus à vaincre la mort. Il l'a dominée, la sienne et celle de tous, en faisant gagner la vie nouvelle à qui il a donné un statut d'Eternité. Nous ne pouvons accuser Dieu d'inconscience ou d'indifférence devant notre condition, car il est venu la partager, totalement, jusqu'au bout. "Si Dieu s'est fait homme, c'est pour que nous devenions Dieu", répètent les premiers auteurs chrétiens. Devenu l'un de nous, le Christ nous propose de partager sa propre vie de Fils de Dieu, une vie plus forte que la mort, une vie qui traverse la mort. Dans la souffrance, il a accompli ce passage vers le Père. Premier né d'entre les morts, il nous ressuscitera.
Nous avons d'abord à combattre la souffrance, le mal, contre lequel il faut aussi lutter. En nous et autour de nous. A être présent et à chercher à soulager celui qui souffre physiquement ou moralement. En luttant ainsi, nous coopérons avec Dieu dont c'est le projet. Mais nous ne pourrons jamais supprimer toute souffrance, ne serait-ce que celles des séparations, du vieillissement et de la mort. C'est alors une autre communion avec lui que le Christ nous propose, une confiance totale, une remise entre ses mains : "Je sais que tu m'aimes malgré tout, que tu portes cette souffrance avec moi et que tu me conduis vers la vie". Regarder le crucifix, signe de son amour et de sa présence à nos côtés, a aidé de nombreux chrétiens à entrer dans cet abandon et cette offrande.
22 novembre 2008
Face au mal et au malheur
Rien n'est pire que le mal qui survient subitement et le malheur qui s'installe durablement. Chez les uns, cela provoque une révolte, chez d'autres un scandale, tandis que certains le voient comme une épreuve à accepter. Ce qui ajoute aux souffrances, c'est l'interrogation sans réponse aux raisons du mal qui s'abat sur soi. Le malheur innocent, celui dans lequel on n'est vraiment pour rien dans ce qui arrive, est sans nul doute le plus injuste. La mort d'un enfant, la maladie incurable, l'accident causé par un autre, la mort résultant de catastrophes naturelles.
Aussi, quand on peut trouver les causes ou désigner les coupables d'un mal, on peut envisager d'y remédier à l'avenir. Mais le plus terrible à supporter n'est-il pas l'incapacité à comprendre la désignation, pour ne pas dire la prédestination au malheur, qui fait de soi une victime sans aucune responsabilité dans le mal qui l'atteint et détruit sa vie ? Comme Job, juste, croyant, généreux, à qui il arrive malheur sur malheur, il est des gens, des familles, qui accumulent des souffrances insurmontables. Et cette question lancinante vient à la bouche des croyants : "Pourquoi, Seigneur, m'as-tu abandonné ?"
12 juin 2008
Le suicide
Laisser penser que les personnes qui se suicident perdraient tout crédit dans le cœur de Dieu et ne mériteraient pas que l’Eglise les accueille lors de leurs funérailles, ce serait mettre Dieu sous tutelle de la valeur variable de nos actes. En réalité, la tendresse du Père Eternel est inconditionnelle et permanente. Bien sûr, Dieu de vie désapprouve le suicide. Il en souffre puisque cet acte est un refus brutal et violent du Don de Vie offert par le créateur.
L’entourage est toujours surpris et bouleversé par ce qui est souvent appelé un choix de mourir. Et une série d’interrogations s’ensuivent dans l’esprit de chacun. Or, Dieu seul sait les vrais motifs et surtout le degré de lucidité et de responsabilité qui accompagnent cet acte. Le suicide génère de nombreux dégâts collatéraux, telle une forte culpabilité des proches. Ceux-ci se reprochent de n’avoir rien vu ni deviné, de n’avoir pas été attentifs aux signes, de n’avoir pas su prendre les moyens de soutenir la personne et d’empêcher cet acte extrême et irréparable ! D’autres questions taraudent les esprits : M’en veut-il ? Comment réparer mes torts puisque je n’ai pas été capable d’éviter un tel drame ? Dieu qui sait tout n’a rien fait, pourquoi ? En réalité, Dieu n’est pas interventionniste. Il ne bouleverse que très rarement les conditions de l’existence humaine « normale ». Il a laissé se dérouler la Passion et la mort de Jésus son fils.
Mais jamais Dieu n’est impassible. Au contraire, Il compatit. Il est avec celui qui souffre. Jamais, sous aucun prétexte, on n’a vu Jésus renoncer à aider, à aimer. Au contraire, il désigne sa place de choix ainsi : « Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. » En s’identifiant aux blessés, aux souffrants, il déclare sa prédilection pour eux. Dieu condamne le suicide, mais ne cesse pas d’aimer les personnes qui se font ainsi disparaître. Face au suicide, l’Eglise ne peut que s’inspirer de l’attitude du Christ dans son accueil et son écoute, sa compassion pour tous les blessés de la vie croisés sur sa route.
24 mai 2007
Pourquoi Dieu d'Amour permet-il le mal et la souffrance ?
Il est peut-être facile de parler du mal et de la souffrance, d'essayer d'en chercher les causes, mais c'est une blessure profonde que d'en être soi-même victime.
Dans un tremblement de terre, phénomène d'un univers non encore maîtrisé, et dans un accident de la route dû à l'alcoolisme, l'homme n'est évidemment pas impliqué d'une façon égale.
Ainsi, certains diront : "Pourquoi Dieu a-t-il offert à l'homme une création inachevée avec la Mission d'en découvrir et d'en améliorer le fonctionnement ? Pourquoi, devant le malheur innocent et tant de façons de souffrir, Dieu semble-t-il silencieux, voire absent ? Pourquoi Dieu Tout-Puissant d'Amour n'intervient-il pas directement ?"
En réalité, serait-il logique pour lui d'avoir doté l'homme de liberté, capable de responsabilité, et de prendre sa place à chaque instant lorsqu'il le verrait faire un mauvais choix ? Un peu comme des parents prennent le risque de la confiance pour faire grandir leur enfant, Dieu a voulu que l'homme devienne son image par ses engagements. Dieu aurait pu laisser les hommes se débrouiller avec les difficultés rencontrées en chemin. Il aurait pu ne donner que des conseils et se contenter de susciter des prophètes.
Dieu a dépêché son fils Jésus pour se mêler lui-même à la belle et tragique aventure humaine. "Lui de condition divine est devenu en tout semblable aux hommes" (Philippiens 2). Il a porté sur lui le mal, la souffrance, l'injustice. Son corps a été blessé et cloué. Et son visage de condamné innocent est l'image même de "l'Amour livré", seule réponse valable et durable face au mal.
Dieu a-t-il approuvé les souffrances infligées à son fils en raison de sa Mission ? Mais Jésus ne pouvait renoncer à la vérité et à l'amour, fusse pour éviter la mort. Pour voir ce que Dieu pense de la souffrance, il n'est que de regarder Jésus s'approcher des blessés de la vie. Il passe beaucoup de temps à guérir les corps et les cœurs. Aussi, à la suite de Jésus, une seule attitude est demandée aux chrétiens : lutter contre tout ce qui abîme la vie. La souffrance et le mal ne sont en rien positifs. Toutefois, l'épreuve constitue en certaines circonstances une occasion de s'ouvrir davantage aux autres, de devenir plus tolérant, de progresser spirituellement. Et, désormais, dans les blessés de la vie Jésus nous donne rendez-vous : "J'étais malade, j'avais faim, j'étais étranger…" "Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'aurez fait".
Mal, souffrance, mort du Christ
Dieu n'assiste pas à la Passion de son fils comme s'il admettait comme un mal nécessaire la violence et les souffrances pour sauver l'Humanité. Jésus sauve seulement par son Amour. Un Amour que la mort ne l'innocent n'a pas entamé.
Lorsque nous évoquons le chemin de Croix du Christ, faisons bien attention de ne pas valoriser la souffrance et la mort pour elles-mêmes. Car ce que le Christ a choisi, par le moyen de l'Amour, coûte que coûte, c'est la Vie. Aucune menace, aucune intimidation ne l'a décidé à renoncer à cette Mission : être le chemin, la vérité et la vie pour tout homme.
Il aurait pu regretter ses actes de bien accomplis, ses paroles prononcées. Il aurait obtenu la vie sauve. Mais il n'aurait pas accompli sa Mission de Salut. En réalité, ni un procès truqué et bâclé, ni le mépris, ni la trahison, ni les reniements, ni les coups et les clous, ni les clameurs de la foule versatile n'ont entamé son choix de sauver l'homme de son mal intérieur, fût-ce au prix du don de sa vie.
On a parfois reproché au christianisme de valoriser la souffrance en disant que plus on souffre, plus on gagne de mérites auprès de Dieu. La violence et la souffrance détruisent. Seul l'Amour par-dessus tout, jusqu'au bout, traverse les pires violences et finit par gagner.
En ressuscitant Jésus, Dieu ne valorise pas le mal et la mort, mais la liberté et le don ainsi mis à l'épreuve. "Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne". Jésus a accepté de prendre les coups et les blessures de la vie humaine. Ainsi, Il est le premier de la race humaine des aspirants à cette vie en Dieu que n'atteint plus aucune mort. Certes nous savons bien que beaucoup de blessés de la vie, atteints en leur corps, leur cœur ou leur esprit, peuvent croiser le regard de leurs frères et trouver Dieu sur leur chemin de souffrance. Ce mal qui leur barre brutalement la route peut les conduire à voir, entendre, comprendre autrement leur vie. A en percevoir le sens ultime et le prix aux yeux du Père.
La planète Terre, l'Humanité, ne seront jamais purifiées et sauvées par la violence, la terreur et les souffrances, mais par le respect, la connaissance et l'Amour. Si le mal, la souffrance et la mort demeurent des obstacles contre lesquels il faut lutter, comme Jésus n'a cessé de le faire sur les routes de Palestine, ces circonstances mêmes peuvent devenir occasions de faire grandir en soi le don et l'horizon de la vie, jusqu'à la faire devenir Eternité.
Il arrive donc dans nos vies que traverser des difficultés et des épreuves nous permettent de retrouver l'essentiel. De changer nos cœurs. D'être moins égoïstes, moins orgueilleux, plus généreux, ouverts aux autres. De découvrir plus intensément notre Humanité comme un vrai bonheur. Jésus, de ce point de vue, par sa Passion et sa Croix, nous trace un chemin de salut. Le Golgotha est une étape. L'arrivée, c'est de retrouver le Christ ressuscité vainqueur du péché, du mal, des malheurs et de la mort.
Le malheur humain
L'actualité, par moments, se traverse comme un champ de mines et de décombres. On l'arpente effaré en quête d'un signe de vie et d'espoir. Le deuil et les larmes, les mêmes questions surgissent : Qui l'a voulu ? Qui l'a permis ? A qui faire un procès ? Qui condamner ?
Il est vrai que si la mort est partout tragique dans les tours de New-York, à Toulouse, en Irak, en Palestine, au Rwanda, au Congo ou sur les côtes de l'Océan Indien, les causes sont loin d'être les mêmes ! Tragédies de l'Histoire ou drames technologiques, catastrophes naturelles ou crimes organisés, deuils intimes, quand la mort frappe, certes les yeux horrifiés et les cœurs blessés se tournent vers le ciel : où est Dieu ? Même ceux qui affichent habituellement leur incroyance ne sont pas les derniers à lui faire des reproches. Dieu est-il absent ? Est-il indifférent ? Pire, n'est-il pas la cause de ce qui advient à l'homme ? Des fanatiques décident et programment la mort en son nom.
On peut facilement comprendre que tout mal fait à l'homme est ressenti comme un scandale. On peut comprendre que le premier de ses réflexes a souvent été de s'en prendre à Dieu au nom des innocents ! Car il est toujours difficile devant des drames de cette ampleur d'avouer que l'Humanité peut avoir omis d'assumer collectivement toutes les responsabilités qui honorent pourtant sa dignité et assurent l'intégrité de la vie.
La mort violente du Juste
Chaque fois que j'entends le récit de la Passion de Jésus se pose à nouveau à moi le très grand Mystère de la persécution du Juste, de sa souffrance et de sa mise à mort. Pourquoi fait-on souvent du mal à l'innocent dont la vie est exemplaire ? Car enfin, Jésus n'est pas seulement bon, il est le meilleur ! Il n'est en rien coupable. Aucun grief, aucune accusation portée sur lui ne tient la route. Il n'est fautif de quoi que ce soit qui doive entraîner sa mort.
Or le malheur et la mort, les larmes et la douleur, l'actualité en témoigne chaque jour…. Ces 300 000 personnes emportées dans un raz-de-marée gigantesque. Et tous ces enfants qui chaque jour périssent affamés. Et ces jeunes dont la vie est fauchée en plein projet d'avenir heureux ! Qui n'a jamais éprouvé, la gorge serrée, l'incapacité de prononcer un mot face à un malheur qui vient ou qui va tout détruire ?
Quelle veillée, quelle nuit, quelle journée pour ces proches de Jésus face à la tournure dramatique des événements ! Et rien à faire pour en inverser le cours. Jésus meurt à 33 ans. L'âge de la pleine activité, de la pleine existence ! Le cœur des disciples devait être troublé, blessé. Plongé dans la plus profonde obscurité et dans la tristesse. Ils étaient très partants, enthousiastes, quand il les avait appelés à le suivre. Trois ans déjà qu'ils l'accompagnaient. Tout se passait bien. Certes, ils ne comprenaient pas toujours ses actes, ses paroles, ses attitudes. Mais peu à peu son esprit les imprégnait. Mais de là à penser que le chemin allait si vite se terminer sur la croix du Golgotha, ils ne l'envisageaient guère… Même si le maître y avait plusieurs fois fait allusion.
Oui ! La mort du Juste, de Jésus innocent, voilà bien un grand Mystère que seule l'expérience du Christ ressuscité viendra éclairer. Car on ne se souvient plus de la mort du Christ qui a livré sa vie par amour sans affirmer que nous le croyons ressuscité et aujourd'hui VIVANT.
Le mal
Le mal est-il l'ombre du Bien ? La souffrance serait-elle un temps utile de sacrifice purificateur qui permettrait un progrès ? La souffrance est-elle une crise de croissance ? En réalité, aucun être humain ne doit être accepté comme moyen bon à sacrifier pour assurer le progrès d'une société ! Non ! A cette phrase parfois entendue : "Dieu éprouve ceux qu'il aime". Non ! A Alfred de Musset lorsqu'il dit : "L'homme est un apprenti, la douleur est son maître. Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert."
La souffrance peut-elle être considérée comme un châtiment en fonction d'un péché commis ? "Alors que le soleil se lève indifféremment sur les bons comme sur les méchants, il brûle souvent les terres des gens de bien alors qu'il rend fécondes celles des impies", écrivait Mallebranche, poète du 17ème siècle. Au lieu de chercher une cause ou un agent du mal, ne sommes-nous pas invités à voir dans le souffrant Dieu Présent. Le mal est en réalité un non sens. La souffrance en soi est absurde. Beaucoup de choses de la vie n'ont pas de sens, mais par l'esprit je peux leur en donner un.
La vocation à la joie est plus forte que le mal. Nos aspirations à la Justice, au Bien, à l'Amour, ne sont pas absurdes mais réalistes et réalisables. Parce que notre vocation est le bonheur, nous protestons contre le mal et la souffrance. Nous sommes faits pour partager la Joie de Dieu Trinité. La joie est dans la qualité de relation aux autres et à Dieu. Nous sommes invités à passer de l'avoir à l'Etre.
