13 mars 2009
Pardonner 70 fois 7 fois
Certes pardonner ne supprime pas le mal commis et ses conséquences. Pour se réconcilier, il reste à réparer les dégâts. Il reste à renouer, se retrouver, reconstruire. Cela ne se fait souvent durablement que dans un dialogue et des explications. L'équité et la justice, un climat de vérité, doivent être au rendez-vous du Pardon signifié.
Avant de jeter un pont, on s'assure de la teneur du terrain des deux côtés où il reposera. Si l'on peut être seul à pardonner, au fond de soi, il faut l'accord des deux pour se réconcilier. Un pardon est donc toujours possible. A l'image de Dieu qui pardonne tout le temps. Mais une réconciliation est parfois différée quand les circonstances ne s'y prêtent pas. Lorsque l'un ou l'autre refuse de tendre la main et de rétablir la communication.
"Combien de fois faut-il pardonner ?", demandent les Apôtres à Jésus. Il leur répond : "Pardonnez 70 fois 7 fois". En un mot, toujours. Il ne faut donc pas s'étonner si les mêmes fautes, erreurs et faiblesses se reproduisent souvent. Chacun n'a-t-il pas dans son trousseau de clés reçu avec la vie celle qui ouvre au pardon ? Une clé universelle.
29 mai 2008
Après le jugement de la justice des hommes...
Après l'accomplissement obligé, obstiné et méthodique de la justice des hommes et la sentence prononcée au nom de la société humaine, beaucoup se posent la question du jugement de Dieu. "Si M. Fourniret et Mme Olivier demandaient à être entendus en confession, comment réagiriez-vous ? " m'a-t-on déjà plusieurs fois demandé.
J'ai répondu en résumé ceci. J'assortirais l'absolution des péchés de l'obligation de faire savoir publiquement le regret des méfaits accomplis et jugés. Portée à la connaissance de tous, cette demande de pardon pourrait constituer une forme certes minimale de repentir et de réparation. L'aveu des péchés commis et une ferme contrition, c'est-à-dire un désir sincère de changer fondamentalement de comportement, sont nécessaires à l'accueil du Pardon de Dieu.
On m'a aussi questionné sur la possibilité de salut pour le cas où il n'y a aucun regret du mal commis. Condamnés à perpétuité par la justice des hommes, le sont-ils de la même façon par celle de Dieu ? Dieu calque-t-il son jugement sur celui des humains ? J'ai répondu ceci : le Pardon de Dieu n'est pas tributaire de celui des hommes, pourtant il s'y intéresse de près. Je sais que l'on est souvent réticent à l'idée de pardonner car on ne se sent pas capable d'oublier le mal commis et, plus encore, parce que l'on pense qu'en pardonnant on pourrait trahir les victimes et sombrer soi-même dans une forme de complicité coupable. Ce serait minimiser les faits reprochés. Or, en réalité, pardonner ce n'est jamais s'engager à oublier ni le mal accompli ni les malheurs générés par lui. Ce qui s'avère d'ailleurs toujours impossible. Pardonner, c'est ouvrir un chemin d'avenir et le désentraver du mal commis au passé.
Dieu peut-il accorder sa miséricorde à des gens qui ne voudraient ni avouer le mal commis ni le réparer en justice ? Le Pardon du confessionnal ne peut mépriser celui du tribunal. Quant à se prononcer sur le salut possible des assassins et sur leur accueil au ciel après leur mort, qui peut bien en juger ? Sinon Dieu lui-même qui seul sonde vraiment les reins et les cœurs. Il connaît les débats et les regrets intimes, les ouvertures à la grâce et les désirs de conversion. Nous savons si peu sur nous et encore moins sur les autres... "Rien n'est impossible à Dieu"...
Au paragraphe 44 de sa lettre sur l'Espérance, Benoît XVI a écrit : " "Dieu est justice et crée la justice. C’est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout se qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur…
28 mars 2008
La Miséricorde
Le langage courant, déterminé sans doute par le latin d'église, identifie la miséricorde à la compassion ou au pardon. Pour le peuple hébreu, la miséricorde se trouve au confluent de la compassion et de la fidélité. Dieu entretient un rapport de tendresse avec les êtres blessés. A son tour, l'homme est appelé à la miséricorde pleine de bonté avec son prochain.
Yahvé se présente comme le défenseur du pauvre, de la veuve et de l'orphelin. Il déclare à Moïse : "J'ai vu la misère de mon peuple. J'ai prêté l'oreille à sa clameur… Je connais ses angoisses. Je suis résolu à le délivrer" (Ex. 37-16). "Yahvé est lent à la colère et abondant en miséricorde et fidélité". Le prophète Michée dit à Yahvé : "Quel est le dieu comme toi qui enlève la faute, qui pardonne le forfait, qui n'exaspère pas pour toujours sa colère, mais qui prend plaisir à faire grâce ?" (Michée 718…) "Qui veut vraiment jeûner doit secourir le pauvre, la veuve, l'orphelin, ne pas se dérober devant celui qui est sa propre chair (Isaïe 586-11). " Je suis Dieu, et non pas homme" (Osée 119)
Jésus sera l'icône de la miséricorde divine. Avec les pauvres, les pécheurs, les blessés de la vie, les femmes et les étrangers. Le Père de l'enfant prodigue (Luc 15 20) est à l'affût de son retour et, quand il l'aperçoit de loin, il est "touché de compassion" et court à sa rencontre. La perfection que recommande Jésus à ses disciples consiste dans le devoir d'être miséricordieux "comme votre père est miséricordieux". Le chrétien doit aimer et "sympathiser" (Philippiens 21), avoir une bonne compassion dans le cœur (Ephésiens 432). Il ne peut "fermer ses entrailles" devant un frère dans la nécessité : l'amour de Dieu ne demeure que dans ceux qui exercent la miséricorde (1 Jean 3 17).
Que nous soyons aimables ou pas, méritants ou non, Dieu ne cesse jamais de nous aimer. Cet amour se manifeste dans son pardon, son soutien, sa confiance en nous, sa proximité : on peut lui parler tout le temps et en tout lieu. Oui, Dieu est toujours miséricordieux. La grâce de Dieu ressemble à l’eau d’une source qui coule en permanence, seul le marcheur qui s’y arrête peut la recueillir.
19 mars 2008
Le Sacrement de Pardon..., de guérison...
Les remords qu'engendre une conduite morale incorrecte, des choix et des actes fautifs, génèrent souvent un sentiment de culpabilité. Le souvenir d'avoir mal fait peut occuper l'esprit et neutraliser les élans vers le bien. Les dégâts relationnels peuvent être profonds et tenaces. Ils peuvent générer des reproches durables que seuls le temps et le pardon peuvent non effacer, mais dépasser. Chez certaines personnes, avoir accepté le mal peut dégénérer en automutilation morale. On se croit impardonnable. Une mésestime, pouvant aller jusqu'au mépris de soi, s'installe et envahit l'esprit, le cœur et l'âme.
Avoir commis le mal fait mal aux autres et à soi-même. "Je ne peux plus me regarder dans la glace, je me déteste. Je suis humilié d'avoir ainsi failli..." Il peut s'ensuivre un manque chronique de confiance en soi. Je ne prends plus d'initiative, je ne dis plus rien, je me tais car j'ai peur de mal agir ou de "mal dire", de "médire"...
Pour sortir de cette situation, j'ai besoin d'avouer et de m'entendre accorder un pardon des fautes qui me travaillent intérieurement. J'ai besoin de guérir dans ma relation à moi-même, pour me pardonner et me reconstruire un avenir aimable. J'ai besoin d'entendre les autres me dire ou me montrer que leur amitié est capable de dominer leurs reproches exprimés ou supposés.
C'est au nom de Dieu que le prêtre donne le pardon en prononçant ces paroles sacramentelles : "Je te pardonne tes péchés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit". Croire que Dieu peut vraiment et réellement me pardonner mes fautes fait partie de ma foi qui me guérit de corps et d'âme.
"Je vous pardonne vos péchés"
Du "Pardon", Jésus a fait un signe visible et audible de l'Amour de Dieu. Quand Jésus aborde les pécheurs et leur accorde le pardon, il a l'intention de les libérer, de les sauver, de les guérir du mal qui les ronge et ralentit leur vie. Il leur donne "la chance" de se réconcilier avec eux-mêmes, les autres et Dieu. En pardonnant les pécheurs, Jésus les désentrave, il leur redonne la force et la confiance pour continuer à "progresser". Le sacrement du Pardon, à n'en pas douter, contribue au renforcement du tissu humain puisqu'il ressemble à l'évangile de Zachée dont la vie sociale se transforme après la visite que lui fait Jésus. Or, ce pouvoir de signifier le pardon de Dieu, Jésus l'a transmis à ses apôtres : "Le soir de Pâques, le Seigneur Jésus se montre à ses disciples et leur dit : Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les maintiendrez, ils leur seront maintenus." (Jean 20 22-23). Dans l'Eglise catholique, ce sont les prêtres qui tiennent la place du Christ qui a confié à son Eglise de donner le Pardon de Dieu. Bien sûr, Dieu accorde à tous et tout le temps son pardon. Mais ce pardon peut être ignoré, refusé, ou accueilli. Bien plus, ce pardon peut être authentifié et certifié dans le sacrement au cours duquel le repentant s'entend dire : "Je te pardonne tes péchés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit".
A quoi bon le sacrement du Pardon ?
Certes, à l'image du Père de l'Enfant prodigue, dans cette parabole racontée par Jésus, Dieu, en son cœur paternel, se tient toujours prêt au retour vers Lui de ses enfants éloignés. Mais, comme l'enfant prodigue qui n'a pu bénéficier pleinement des preuves de pardon de son Père et de son amour intact, nous avons besoin du signe sacramentel du Pardon que Jésus a confié à l'Eglise, le soin d'accomplir en son nom : "au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, je vous pardonne tous vos péchés". Parce que nous sommes Corps et Esprit, nous avons besoin de signes sensibles, visibles et audibles. Nous le savons d'expérience, nous vivons de gestes, d'attentions, de lettres, de paroles, qui font signe des liens existant intérieurement. Et s'il arrive que ces liens se détériorent, nous éprouvons le besoin de les réparer par des actes concrets. Comment avoir la certitude que l'offensé me pardonne, sinon en lui donnant l'occasion de me le dire de vive voix ? Ce qui suppose que je me suis approché de lui et lui ai fait comprendre le regret de l'avoir blessé.
"La confession" est l'inverse d'une pratique culpabilisante. Elle détruit en soi tout ce qui empêche de progresser avec sérénité. Le sacrement du Pardon célèbre l'amour du Père toujours offert. Certes, comme pour la source jaillissant en abondance, il revient aux marcheurs de s'y arrêter et de s'y abreuver.
