Les billets du Père Lucien Marguet

Chroniques et billets de réflexion sur des thèmes religieux, de société et d'actualité

21 septembre 2009

Apprendre à vivre dans le manque

 

Les jeunes générations d’adultes actuelles ont été éduquées dans le cadre de la civilisation de consommation. Leurs parents ont mis un point d’honneur à fournir à leurs enfants tout ce dont eux avaient pu manquer. Ils allaient même au-delà de leurs besoins surtout matériels. Ils choisissaient parfois de se priver pour que rien ne leur manque. Sous la double influence de la publicité et du mimétisme, l’ère de l’abondance et du superflu se chargeait de culpabiliser les parents de ne jamais faire assez pour leurs enfants et de frustrer ceux-ci s’ils ne recevaient pas ce dont les autres étaient gratifiés.

 

Et souvent, à la culture du tout prêt à consommer s’est ajoutée la morale du tout permis dans la vie, sauf l’interdit. Pourvu que personne ne soit lésé et que tel comportement fasse du bien, tout devenait nécessairement bon. Cette forme de bonheur dans un « ressenti » immédiat était devenue le critère du bien vivre, dans le plaisir et le loisir. Tout chemin susceptible de rencontrer obstacles et difficultés devait être évité. La facilité et la réussite à tout prix étaient préférées. Pour ne pas traumatiser les enfants et les jeunes, les adultes se sont soumis à leurs désirs. Ils n’étaient plus pour eux des guides, mais des sherpas.

 

Faut-il alors s’étonner qu’après avoir été ainsi « assistés », ces jeunes aient un rapport à l’âge adulte pas toujours réussi ? Leur amour conjugal et familial est fragile et épidermique. Leur capacité à éduquer et transmettre s’épuise vite par manque cruel de profondeur et d’expérience humaine personnelle. Les jeunes générations, désormais seules aux commandes de leur vie, ne connaissent guère le code de la route. Il ne leur a pas été donné assez les moyens d’accéder à une maturité et une solidité.

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29 avril 2009

Les mères porteuses

La gestation pour autrui (GPA) n'est pas autorisée en France. Sa légalisation est en débat. Grâce à la fécondation in vitro, on peut obtenir un embryon à partir de l'ovule et des spermatozoïdes des parents demandeurs ou donneurs anonymes et l'implanter dans l'utérus d'une femme apte à mener une grossesse à terme. L'argument principal en faveur de la gestation pour autrui est que l'assistance médicale à la procréation répond à tous les problèmes d'infertilité sauf la malformation ou l'absence d'utérus.

Or le prêt d'utérus n'est pas seulement médical ou anonyme. Des liens étroits se nouent entre les protagonistes. Une femme qui porte l'enfant a un comportement de mère vis-à-vis de l'embryon. Elle le nourrit de son corps et de son psychisme. Alors que l'enfant n'est pas destiné à être le sien, la maternité pour autrui est partagée entre la gestatrice et la mère d'intention.

Cette forme de maternité pose de nombreuses questions. Si l'enfant à naître est porteur d'un handicap ? Si la gestatrice s'attache à l'enfant dans un instinct maternel jusqu'au désir de l'élever ? Si l'enfant n'est pas "conforme" à l'espérance des parents à qui il est destiné ? Si l'un de ces parents décède, qui prendra le nouveau-né en charge ?

L'attrait de louer son utérus pour avoir un revenu ne peut-il encourager à faire un commerce du corps humain ? La société a-t-elle le devoir de satisfaire, comme si c'était un droit, la possibilité d'être mère chez des femmes dont le corps ne le peut pas lui-même ? Si la GPA était légalisée, le "marché" des mères porteuses pourrait donner lieu à des dérives incontrôlables. La GPA comporte d'énormes risques pour les gestatrices comme pour les enfants. Ces femmes peuvent avoir une grossesse pathologique, mourir en couches ou s'attacher à l'enfant et vouloir le garder.

Le Professeur Frydmann, père du premier bébé éprouvette, écrit dans un ouvrage que "la gestation n'est pas seulement un fait physiologique interchangeable. C'est une expérience humaine qui touche la personnalité au plus profond". Pour le généticien Jean-François Mattei, "accepter la GPA c'est ramener la grossesse à une période neutre, impersonnelle, sans effet sur le devenir de l'enfant. C'est vouloir considérer que l'utérus n'est qu'un simple incubateur".

L'Eglise catholique se prononce clairement contre la GPA.

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18 février 2009

"Jésus et l'Evangile", modèle d'humanité

Dans une période de turbulence économique et sociale, avec son cortège de conséquences néfastes pour les plus vulnérables, il est du devoir des citoyens et des chrétiens de chercher des paroles et des remèdes possibles, à tout le moins d'envisager des moyens d'amplifier leur solidarité. Spontanément, on pense à l'aide matérielle et financière quand on apprend que des familles ont du mal à joindre les deux bouts, à régler leur facture de gaz et d'électricité, la cantine de l'école pour leurs enfants. Parce que le père a été licencié de son travail, parce que le coût des produits de première nécessité a considérablement augmenté et que n'a pas diminué la pression médiatique pour consommer toujours plus ! En effet les mêmes à qui on coupe les moyens financiers pour vivre sont aussi souvent les moins armés intérieurement pour résister au matraquage publicitaire qui vise à leur faire acheter le superflu et même l'inutile.

Aussi est-il légitime de s'interroger sur la façon la plus ajustée d'aider les gens dont la vie personnelle et familiale devient très difficile. L'on peut comprendre que dans l'urgence et pour dépanner il faille des aides ponctuelles et ciblées ou à durée déterminée et un accompagnement social. Mais on comprendra encore mieux qu'en amont des passages risqués auxquels tout un chacun peut être confronté un jour ou l'autre, le mettant en danger vital lui et ses proches, il faille aussi donner des moyens de s'armer plutôt que d'avoir à panser les blessures. Le mieux n'est-il pas de prévenir plutôt que d'avoir à guérir ?

Aussi, comment saisir toutes les occasions d'aider les gens à prendre conscience des mécanismes subtils de la consommation, des modèles fabriqués et destinés à les influencer ? Le modèle humain dominant, à la mode et en vogue, n'est-il pas celui de la capacité pécuniaire donnant accès à tout ce qui se monnaye ? Si on veut aider les plus démunis immergés et même submergés par la modernité, c'est par l'instruction, par l'information, l'éveil de la lucidité et de la capacité à analyser, discerner, décider, pour qu'ils puissent en sortir plus libres et plus responsables.

Ce qui détruit le plus dans une "crise" majeure, c'est la perte de contrôle et de maîtrise de sa propre vie. Tant qu'une personne n'a pas en main la conduite de son chemin, quelque paysage social qu'elle ait à traverser, tant qu'elle apparaît tributaire de modèles d'humanité ou de modes de vie, de comportements et de pensées qui la dominent et auxquels elle est accrochée, elle est d'abord victime en sa vie intérieure.

Pour être clairvoyant, résister aux tentations et aux pièges, tenir debout et avancer malgré tout ou à travers toute épreuve, chacun a besoin d'édifier son "être au monde" intérieur, en référence à des modèles d'humanité qui développent sa liberté et lui donnent sa dignité, à l'inverse des actuels modèles dominants : racoleurs, séducteurs et réducteurs...

Il fut des temps où le "manque" empêchait d'être libre, aujourd'hui c'est le "trop plein de possibles" qui asphyxie ceux qui se montrent incapables de choisir. Les symboles de cette culture d'abondance qui, au lieu de libérer envahit, ce sont par exemple la "télécommande", le caddy et la carte de crédit... Pour les chrétiens, la vie de Jésus de Nazareth avec son mode d'emploi que nous confient les évangiles offre un modèle qui correspond bien, de mon point de vue, à la vocation humaine universelle.

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Efforçons-nous de distinguer

Les cultures allant bon train aujourd'hui reflètent comme un désir de toute puissance, d'omniprésence et de fusion. Or, à y regarder de près, cela peut devenir un piège destructeur d'humanité.

Quand des parents cèdent la place à leurs enfants et confient à leurs frêles épaules le poids de responsabilités d'adultes. Quand, sous prétexte de reconnaissance d'une égale dignité, on occulte les différences entre sexes, générations, cultures, races, religions... Quand le boulanger vend aussi des légumes et que le scientifique s'érige enseignant de morale. Quand les fraises et les haricots verts sont importés et vendus en plein hiver. Quand chacun(e) croit tout savoir et se sent appelé à se prononcer sur tout. Quand, dans une association, une société humaine, une église, chaque membre se croit le droit et parfois le devoir de régir la vie du groupe et des autres sans autre investiture que celle qu'il s'est donnée. Quand les patients ont un ressenti qui leur tient lieu d'avis médical. Quand, sous prétexte de charité, on est prêt à brader la vérité. Quand, sous prétexte de vérité, on est prêt à sacrifier l'amour. Quand, ne comprenant pas l'attitude ou le point de vue d'un autre, on est enclin à le juger négativement et même le rejeter. Quand le dialogue s'enraye et devient confus, amenant chacun à camper sur ses positions. Dans cette culture où le moi est excessif et exclusif, où le "je " est prétentieux, il n'est plus d'avenir pour progresser.

Je dénonce une tendance actuelle qui ressemble à une lame de fond, à la confusion, à l'inversion, à la substitution, à tout regarder et juger globalement. Il existe beaucoup de faussaires dans le domaine commercial, mais aussi dans celui des idées. Or l'existence de l'univers tient aux éléments distincts et différents qui le composent. L'altérité fonde l'espace où peuvent se développer la communication, les relations et l'Alliance. L'unité n'a surtout pas pour condition l'uniformité. Efforçons-nous, en tout domaine, de distinguer, ainsi pourrons-nous mieux exercer nos capacités à analyser et à discerner le chemin qui nous invite à progresser et nous élever.

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20 novembre 2008

Pour ou contre le travail le dimanche ?

Il faut distinguer tout d'abord entre les professions qui doivent nécessairement travailler chaque jour et celles dont l'activité dominicale n'apporte qu'un élargissement horaire et ne vise qu'une rentabilité plus importante. La question du "pour ou contre le travail le dimanche ?" concerne donc surtout les professions que la pause du dimanche ne met pas en danger. On cite souvent les magasins dans la liste de ceux qui prétendent ouvrir tous les jours.

Or, remettre en cause le repos dominical, c'est priver le personnel d'un regroupement familial. C'est attirer des familles dans les circuits de la consommation alors qu'elles auraient pu consacrer ce temps à des activités sportives, culturelles, ou tout simplement au dialogue familial ou amical. Le travail le dimanche, c'est rompre le rythme naturel de l'action et de la contemplation, de l'activité et du repos. C'est faire de l'argent le motif et le moteur continuel de la vie. Je voudrais surtout insister sur la privation "d'échanges" que l'incitation à consommer amplifierait avec l'ouverture généralisée des commerces chaque dimanche.

Or la Parole fonde et construit la vie de couple, de famille et sociale. On retrouve ce besoin de Parole dans la Bible. Moïse se retire au mont Sinaï pour recevoir de Yahvé le Décalogue. Et ces lois qu'il rapporte vont devenir la règle de vie commune du Peuple hébreu. L'homme ne vit pas seulement de pain, de frigo, de télé et d'ordinateur, de consommation, mais de paroles reçues qui donnent sens, soutien et horizon à son existence. Le dimanche est le temps pour l'esprit et le cœur. Ce temps a double détente : et pour Dieu et pour l'homme. Si l'homme n'était plus encouragé qu'à consommer et était privé de temps pour se recueillir, accueillir et tisser des liens, alors il serait en danger...

Les évangiles nous montrent Jésus déployant beaucoup d'énergie pour agir, guérir, remettre debout ou en route. Mais ils nous disent aussi que Jésus se retirait souvent pour réfléchir et entrer en communication avec son Père. Déjà Dieu s'est reposé et a contemplé son œuvre le 7ème jour de la création. D'ailleurs, tous les 7 ans le Lévitique prévoyait une année jubilaire (Lv 25 23) qui permettait de redonner de l'ordre aux personnes et aux sociétés. Ainsi était-il prévu une remise générale des dettes, des peines et des fautes et même, tous les 50 ans, une redistribution des terres, avec cette idée que la terre appartient à Dieu et que l'homme n'en est que l'usufruitier.

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12 novembre 2008

Un autre mode de consommation

En ces temps de crise financière et de projet de refonte du système économique à l'échelle mondiale, il nous est profitable de réfléchir vraiment et sans doute d'en tirer quelques conséquences pour notre vie.

La perte du pouvoir d'achat est loin d'atteindre tout le monde d'une façon équivalente. La crise est dramatique pour certains et leur famille, et quasi anecdotique pour d'autres à l'abri des soubresauts économiques. A-t-on beaucoup entendu les médias évoquer les désordres majeurs générés par l'argent mondial devenu fou ? Et pourtant on assiste à une aggravation de la pénurie alimentaire en certaines zones sensibles de la planète. Il nous faut retrouver le sens de la mesure et choisir la frugalité pour comportement habituel à remonte-pente de nos comportements addictifs de consommation en tous domaines.

Certes la frugalité n'est pas une fin en soi. Dans nos sociétés d'abondance, elle est la condition de la solidarité. Tout en comprenant que ceux qui n'ont rien luttent pour acquérir de quoi vivre dignement, on peut souhaiter que ceux qui ont beaucoup choisissent de modérer leur capacité à consommer devant ceux qui manquent. Au-delà des soubresauts actuels de l'économie financière en mal de régulation, il y a la nécessité d'arrêter la dégradation que nos modes de vie font subir à la planète.

Ne sommes-nous pas aussi encouragés à changer nos modes de pensée, à porter un regard d’espérance sur ces transformations qui devraient nous conduire vers un ailleurs que nous ignorons en grande partie ? Les chrétiens ne peuvent-ils pas reconnaître dans cette invitation la trace de l'appel de Dieu à Abraham à quitter son pays et ses habitudes ?

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30 septembre 2008

Besoin de passé qui enracine

L’engouement de beaucoup de gens pour les brocantes, vide-greniers et salles de vente où bibelots, ustensiles de tout genre et meubles anciens patinés par les années se négocient avec ardeur n’est-il pas le signe d’une société moderne en recherche de ses racines, de son passé ? Cette multiplication de foires à la brocante dans toutes les régions de France illustre les manques provoqués par les changements et mutations professionnels, culturels et géographiques auxquels sont soumis tant de foyers et de familles.

Il apparaît comme un besoin de toucher de « l’ancien », de s’entourer de mobilier chargé d’histoire intime et familière. Il existe comme un désir de s’inscrire dans une filière qui permet une sorte d’appartenance et de protection. Je vois dans cette ferveur pour l’antique une quête « d’origine ». A force d’être transplanté, on ne sait plus très bien quelle terre, quelle famille, quelle culture nous a vu naître. Aussi peut-on considérer que ce phénomène actuel révèle un aveu de fragilité : face à la dureté et à la complexité de l’existence présente, on tente de se raccrocher au passé.

On peut aussi regarder positivement cette tendance comme un secours et un recours qui donnent énergie et confiance pour affronter le présent. L’homme debout a besoin d’une filiation, d’un lien pour se tenir droit et d’un chemin pour avancer. Le christianisme, qui a pour base la foi en Dieu incarné, comprend ce désir de passé pour être mieux armé face à l’avenir. Dans une culture où les images se succèdent, l’instabilité est permanente, le tout de suite s’impose, dans une époque où la mobilité et l’urgence règnent, des traces du passé font preuves que l’on peut à lui s’adosser.

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18 août 2008

Le rural a vraiment changé

Depuis 50 ans, le rural est certainement l’espace social qui a le plus évolué à de multiples points de vue. Les villages ne sont plus seulement peuplés d’agriculteurs. Des travailleurs des villes y ont élu domicile. Ils ont apporté avec eux la culture citadine. Des super et des hypermarchés ont supprimé les petits commerces. Les regroupements scolaires ont drainé enfants, collégiens et lycéens vers les villes. Dans le même temps, la culture associative (sportive, musicale, picturale, etc.), l’embellissement des villages, la transformation ou l’installation d’habitations confortables offrent aux ruraux une qualité de vie qui n’a rien à envier à celle des villes.

Certes le rapport à la terre a changé dans la mentalité de ceux qui en tirent leurs moyens de subsister. D’une dépendance absolue, les agriculteurs sont passés à une maîtrise rationnelle grâce au machinisme performant et au recours aux engrais chimiques et aux pesticides. L’agriculteur qui autrefois ressentait son travail comme soumis au climat, à la terre, se croit capable, de plus en plus, de maîtriser les éléments. Aussi sa mentalité passe d’un sentiment de dépendance à celui d’autonomie. Il ne cultive plus avec la terre les mêmes relations d’alliance. Il en conquiert la maîtrise jusqu’à parfois l’exploiter.

Il est facile de comprendre que la religion,liée au rythme des saisons, aux obligations, aux ritualismes, fait place davantage à la liberté individuelle, à l’autonomie, la responsabilité, la capacité à entreprendre. Après la diminution de l’influence religieuse, il est logique d’assister au gommage des repères éthiques. Chacun a tendance à se fixer ses propres normes. Ce qui chamboule bien sûr le paysage social et moral et tend à le faire ressembler à l’urbain.

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19 mars 2008

Va, ne crains pas

Quand Dieu l'appelle à quitter son pays, Abraham n'est pas seulement invité à migrer vers une autre région, mais à évoluer et à développer sa terre intérieure. Nombre de nos contemporains vivent la condition de migrants du fait de leurs obligations professionnelles. Dans une société de mouvement, de mobilité, d'itinérance, ils sont amenés à vivre le transitoire et le provisoire, et même parfois la précarité. Dans une société rurale traditionnelle, le lieu, la terre, la tradition et les coutumes offraient des repères immuables qui assuraient la cohésion sociale. Aujourd'hui, chacun doit assumer d'après sa propre expérience et selon sa liberté de conscience ses convictions et la conduite de sa vie.

Les lieux où l'on vit prennent moins d'importance et les liens à la famille, aux amis, aux groupes auxquels on adhère, en ont beaucoup plus. Moins les racines géographiques sont possibles durablement, plus nécessaire est la référence à une spiritualité étayée et ressourcée. La personnalité du forain développe l'aptitude au contact immédiat, sans préjugés, à l’autonomie qui consiste à penser et agir par soi-même et à risquer les initiatives, à adhérer et participer dans un bref délai.

Dans l'éducation des jeunes, les parents remarquent les bienfaits de l'autonomie favorisée par l'internat, l'appartenance à un groupe, tel le scoutisme. Les jeunes iront d'autant mieux vers leur propre vie qu'ils ressentiront dans leur famille comme un lieu recours où ils pourront toujours faire retour. L'élastique qui relie les enfants à leurs parents est d'autant plus souple et solide que leur éducation a été basée sur la liberté et la responsabilité.

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19 septembre 2007

Choisissons d'être pondérés, raisonnables et sages

La relation de l'homme à la nature, minérale, animale, végétale, comporte différents stades.

Archaïque, elle consiste à exploiter les ressources sans les modifier, à l'état brut. La cueillette, la chasse, la récolte "sauvage" incitent le premier venu à trouver et ramasser. Cela peut aller jusqu'au pillage des coquillages sur les plages, des champignons dans les bois, des escargots dans les bosquets, des poissons dans les eaux courantes ou stagnantes.

A ce stade primaire et instinctif de la "cueillette" succède celui de la "culture". Ce deuxième stade fait appel à la rationalité de l'homme qui passe des commandes à la Nature face à laquelle il adopte des attitudes actives et prend des initiatives. Il laboure, sème, plante, sur des terres réservées, il élève des animaux, les domestique.

De la Nature sauvage on est passé à la culture dans laquelle la part humaine devient prépondérante. Un animal familier finit par être dépendant de la volonté de son maître. Tandis que subsiste pourtant toujours en lui son instinct naturel qui peut sans crier gare le pousser à s'affranchir des principes inculqués par son maître. Les instincts dont la Nature dote tout être vivant ont beau être maîtrisés par la culture et mis en sommeil, ils existent toujours. Il faut sans cesse s'en souvenir.

Il est normal qu'une société civilisée où l'homme est au centre en raison de sa dignité spirituelle et sa capacité de penser, décider et agir, soit reconnue comme seul interlocuteur de la Nature. Soit l'homme consent à être soumis à la Nature et à en dépendre. Soit il s'efforce d'en découvrir et maîtriser les lois qui le régissent. Soit il la pille sans ménagements, la domine, l'exploite avec violence et à l'instinct, sans penser aux générations humaines de demain. Soit l'homme fait de la Nature une alliée : alors il la ménage et en recueille les bienfaits, il en améliore les possibilités.

Apprivoiser, c'est amener à dominer ses instincts les plus archaïques. L'homme aussi doit accepter de se civiliser, c'est-à-dire de conformer sa vie, ses choix et ses actes à une vie sociale "ordonnée", légale et morale, qu permet un vivre ensemble respectueux et épanouissant pour chacun.

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