Célébrer la mémoire des "résistants" à l'envahisseur allemand dont la domination était inadmissible et intolérable, c'est bien sûr honorer leur courage, leur créativité, leur capacité à la résilience, leur détermination durable à ne jamais baisser les bras, à ne jamais considérer comme une fatalité que le droit des ennemis prévale sur les droits à la liberté de leur patrie. Résister, c'est garder ancré en soi le goût indélébile de la dignité. C'est relever la tête, élaborer des plans, se concerter, créer des réseaux, harceler par des actions bien préparées, s'impliquer au mépris des risques cependant mesurés.

 Aujourd'hui, ce mot "résister" ne s'exerce plus de la même façon qu'il s'est déployé autrefois face à une nation ennemie. Aujourd'hui il est pourtant beaucoup de combats à mener pour de précieuses causes. Je vois trois lieux importants qui appellent à résister.

Tout d'abord sur le champ de bataille que l'on nomme la crise financière et économique mondiale. Elle génère des dégâts sociaux que sont le chômage, la pauvreté croissante, les inégalités et les écarts entre catégories de citoyens, une morosité voire une tristesse profonde face à l'avenir des jeunes générations. La tentation est peut-être grande de regarder ces phénomènes comme inévitables, qu'il faudrait accepter sans réagir. Résister, c'est vouloir trouver des voies nouvelles, des solutions, des adaptations, conditions pour en sortir debout.

 Le second terrain de résistance me semble être celui de la morale personnelle et de la morale sociale. Face aux difficultés, la tentation est le repli individuel. On peut conclure très vite que la meilleure des attitudes est d'accepter ce qui se passe et qu'il faut consentir à toutes les évolutions de la "modernité". Cette soumission aux changements finit par contaminer les rapports humains et se traduire en fatalité dans les mentalités et la culture elle-même. Les vogues et les modes dans le domaine éducatif, alimentaire, vestimentaire, les sports et les distractions, ont un parfum de démission. La dégradation des mœurs, du vivre ensemble, les infractions au respect, tant de formes de violence, en paroles et en actes, en négligence, conduisent parfois à penser qu'il n'est pas possible de résister à ce qui apparaît comme un rouleau compresseur ou un raz de marée.

 Enfin, le troisième lieu de résistance se situe au plus intime de soi. Résister aux instincts de puissance, à la dictature du "tout tout de suite", de l'instantané aux dépens de la durée, à l'intolérance, à la démagogie, à l'égoïsme, à l'orgueil…

 Oui ! Résister est toujours d'actualité, dans nos vies comme dans la société !...