L'Eglise de France, depuis quelques décennies, est fort préoccupée de se réorganiser par un redéploiement plus élargi de ses paroisses et des responsabilités davantage confiées à des fidèles laïcs. Le paysage ecclésial s'enrichit ainsi d'une diversité plus visible. Ce ne sont plus seulement l'évêque, le prêtre, le diacre, le religieux, qui sont représentatifs du visage de l'Eglise, Peuple de Dieu en marche. Des hommes et des femmes sont appelés à la tête de services importants, tels la formation continue du diocèse, la catéchèse, les aumôneries de la santé, des jeunes, la gestion financière, économique et immobilière, etc.

Au Conseil Episcopal formé autrefois exclusivement de prêtres sont appelés des femmes et des hommes mères et pères de famille, pour apporter à l'évêque leur expertise chrétienne et de service ecclésial exercé dans le diocèse. Ainsi peu à peu on peut se préparer et se réjouir que l'Eglise délivre une image plus complète d'elle-même et une répartition plus ajustée au monde actuel des responsabilités qu'elle a de lui proposer l'Evangile et de lui faire connaître et apprécier Jésus.

Le fait que l'Eglise et ses missions aient reposé trop exclusivement sur les épaules des clercs n'a-t-il pas trop soustrait les baptisés au rôle personnel que chaque chrétien a vocation d'assumer dans la vie de l'Eglise et l'annonce de l'Evangile au cœur des réalités humaines ? Certes ce redéploiement n'enlève rien à la mission différenciée et irréductible de chacun(e), je pense tout spécialement aux prêtres invités à se concentrer sur leur ministère pastoral, irremplaçable, loin de ressembler au jeu des chaises musicales !

Et comme cet élargissement court la menace de la dispersion et des tentations d'auto-gérance, il faut à cette Eglise nouvelle redoubler de vigilance pour créer et entretenir des liens d'unité organique et de communion spirituelle ressourcée, manifestée et célébrée. La mission pastorale des prêtres me semble être précisément d'être le gardien et plus encore le soutien de ces liens entre les chrétiens, en leurs identités et en leurs particularités, mais aussi en leur cohésion, leur connivence et leur cohérence avec le Christ et l'esprit évangélique.

Certes, faut-il le dire plus fort encore, si l'Eglise a souvent besoin de se dépoussiérer, de s'adapter et de réajuster ses modes de fonctionnement, en particulier son langage adressé au monde actuel, elle a aussi besoin de se laisser refleurir de la fraîcheur parfumée qu'est l'Evangile de vie. En regardant les géraniums dont l'hiver a affaibli la vigueur et les couleurs, je ne pense pas à leur passé éclatant en été, mais à leur proche avenir. J'ai la même impression devant les bouleversements et les évolutions dans l'Eglise. Je ne ressens nulle nostalgie pour son passé prétendument, selon certains, plus "florissant", je me réjouis au contraire pour sa courageuse façon d'assumer le "présent", le sien et celui du Monde, sans être tentée un seul instant de le juger et encore moins de le rejeter, mais en l'aimant, comme en parle Jésus en saint Jean lorsqu'il évoque sa façon d'y être "Présent".