Luc 24 13-25

 

Ils étaient deux ! Ils cheminaient ensemble, et ils causaient tout en marchant. Dialogue de croyants (l'histoire ne dit pas si c'était la foi en Jésus qui les avait réunis ou si leur amitié était antérieure à leur rencontre du Christ). Ce qui est sûr, c'est qu'ensemble ils étaient devenus ses disciples, qu'ils avaient emboîté les pas de Jésus vers la libération qu'ils en attendaient ; et que la mort tragique de Jésus avait été la pierre d'achoppement de leur foi, l'échéance redoutable de leur espérance, ruinée... Que leur restait-il ? Le souvenir d'un mort, les laissant seuls... Leur solitude partagée...

 

Mais... étaient-ils vraiment seuls ?

Quelqu'un s'est approché pour faire route avec eux, passant discret qui les écoute, qui leur paraît d'abord d'une ignorance scandaleuse, qui les questionne et les fait s'exprimer, qui les rejoint là où ils sont, là où ils en sont, dans leurs espoirs brisés, leur déception, leurs doutes. Celui que leurs yeux aveuglés ne reconnaissent pas encore, mais dont la présence, la marche avec eux et bientôt la parole éveilleront en eux, en brûlant leur cœur, l'irrésistible envie de ne jamais le perdre.

 

Comme pour les disciples d'Emmaüs, la pierre d'achoppement c'est toujours la mort quand elle survient. Ils ne comprenaient pas celle du Christ : Jésus s'était laissé arrêter, condamner injustement après un procès bâclé. Même le tombeau vide, cet élément nouveau, troublant, qu'honnêtement ils relatent, n'est pour eux qu'un signe supplémentaire de l'absence du Christ, après son silence sur la croix... "Mais lui, ils ne l'ont pas vu !"...

Alors, Jésus va leur expliquer. Il va leur partager la signification que Lui-même, douloureusement, a donnée à sa Passion et à sa mort, comment Il a vécu sa mort, en s'abandonnant totalement au Père, à l'heure où tout semblait montrer que le Père L'avait abandonné, sachant (ou confiant) que même en pleine nuit obscure le Père était présent et qu'Il donnerait un sens à la mort absurde de Celui qui n'avait fait qu'aimer. Le premier, le Christ est passé de la mort à la vie parce qu'Il nous a tous aimés jusqu'au bout... Il nous faut consentir à cette révélation que Christ est passé par la mort pour aller dans la Vie.

 

"Reste avec nous..." Il accepte de rester avec eux. Ils Le reconnaissent à la fraction du pain. Il disparaît à leur regard, au moment où ils étaient devenus sûrs de Sa présence dans leur cœur. Qui avaient-ils reconnu ? Leur compagnon d'avant la Passion ? Pas seulement, sinon ils se seraient désolés de le perdre à nouveau. Le Seigneur ? Oui, dont ils ont expérimenté une forme nouvelle de présence au-dedans d'eux-mêmes et non plus comme un vis-à-vis. Ils pouvaient désormais se passer de sa présence physique.

 

Toutes proportions gardées, dans la mesure où nos morts sont appelés par Dieu à vivre pleinement du Christ et dans le Christ ressuscité, ils nous demeurent très proches et notre amour pour eux est appelé à semblable transformation. Simplement, ils nous devancent dans la pleine communion dans le Christ.

 

Nous célébrons l'Eucharistie, où le Christ se donne à reconnaître dans le sacrifice et le don de sa vie. En Lui nous rejoignons ceux qui nous ont quittés.

Ces deux disciples s'éloignaient de Jérusalem où ils venaient d'assister à la mort de Jésus. Leur chemin de désespoir complet va se transformer, alors qu'il fait nuit, en chemin lumineux de retour à Jérusalem, lieu de la mort et de l'échec qui redevient lieu de vie et de victoire. Ayant fait l'expérience que Christ est vivant, ils ne peuvent se retenir et garder cette bonne nouvelle. La mort, toute mort, grâce au chemin ouvert par Jésus-Christ est devenue pour tout être humain passage vers la Vie éternelle.