Lorsque les Hébreux ont connu une période de famine au pays de Canaan, ils ont été contents de pouvoir s'installer en terre d'Egypte plus de 400 ans durant, avant de pouvoir revenir au pays de leurs ancêtres sous la conduite de Moïse. Plus tard Yahvé saura faire comprendre à son peuple que dans les lois auxquelles il se doit d'obéir, il y a celle de l'accueil de l'immigré en errance. En plusieurs occasions, Dieu rappellera à son Peuple qu'il a lui-même été accueilli comme immigré et qu'il doit donc à son tour être bienveillant pour les étrangers qui demandent l'hospitalité. Jésus reprendra cette tradition dans le récit du jugement dernier rapporté par saint Matthieu au chapitre 25 de son évangile : "J'étais nu, étranger, et vous m'avez accueilli".

Nous avons tous entendu s'exprimer des réticences à accueillir les "migrants". Dans un contexte économique difficile, ne vont-ils pas amoindrir la part qu'a chaque citoyen de moyens de vivre ? Mais rarement on évoque l'idée qu'ils puissent, par leurs capacités à travailler et entreprendre, au contraire l'élargir et l'augmenter. Car tous n'arrivent pas pour les mêmes raisons. Et ceux qui ont pris le risque et assumé les moyens de quitter leur pays sont dotés de talents.

Il existe des réfugiés pour raison économique. Souvent originaires du rural où les moyens de travailler la terre sont encore archaïques, ils ont échoué en ville où ils ont subi le chômage et l'horizon bouché des quartiers. Ils se sont sentis disqualifiés dans leur propre pays alors qu'ils aspiraient à une vie meilleure pour eux et leur famille. Leur exode rural s'est alors transformé en besoin d'exil.

Parmi les migrants, il faut aussi désigner les réfugiés politiques. Certains victimes et certains témoins d'abus politiques ou financiers ont dénoncé les injustices et corruptions fomentées par des clans ayant fait main basse des pouvoirs. Ils ont été appréhendés et, sans défense, ont été arrêtés, mis en prison ou expulsés, quand ils n'ont pas été eux-mêmes obligés de fuir leur pays pour échapper à la mort.

Enfin, il existe la catégorie des migrants que la guerre ravageant leur pays menace chaque jour d'anéantissement. La multiplication des frappes a augmenté et s'est étendue à toutes les régions de la Syrie. L'instabilité s'est installée durablement en Irak et en Afghanistan, et surtout en Syrie où la situation est devenue un véritable chaos dans une forme de guerre civile où tout est permis aux plus violents. Les camps de réfugiés au Liban et en Turquie débordent et n'offrent aucune possibilité d'envisager l'avenir à des réfugiés que la guerre a stoppés brutalement dans leur élan vers l'accomplissement de leur vie familiale et professionnelle.

Si ces gens fuient leur terre, ce n'est ni par lâcheté ni par démission. Il ne leur est plus possible aujourd'hui d'envisager leur existence et celle de leur famille dans leur pays. Il leur en faut, du courage et de la ténacité, pour marcher vers une terre et une société hospitalières dont ils sont prêts à apprendre la langue, à partager les conditions de vie, à obéir aux règles et aussi à contribuer au développement.

Les pays accueillants ne seront pas que donateurs, ils seront aussi à échéance bénéficiaires de ces étrangers qui nous obligent à "élargir notre tente". Il semble que l'Allemagne ait compris cela ! Est-ce parce qu'elle a déjà fait cette expérience massive lorsqu'elle a décidé la réunification de l'Allemagne de l'Est avec l'Allemagne Fédérale et en a fait une magnifique réussite. Il faut par ailleurs reconnaître que la riche Allemagne peut aussi être qualifiée de généreuse et de sage. Les églises protestantes et catholiques et les nombreuses associations qu'elles animent sont des sources d'altruisme renouvelables puisqu'elles puisent dans les nappes phréatiques des peuples de la "Bible" qui invite à "accueillir l'étranger" obligé de fuir son pays.