On m'a raconté qu'un jour une personne de passage à St-Walfroy avait demandé où était conservée la statue de la déesse Arduina. Informée qu'elle avait été détruite par l'évangélisateur auquel s'étaient associés ses anciens adorateurs, cette personne avait montré son étonnement en disant : pourquoi les chrétiens ont-ils dérangé ces peuplades dans leurs convictions religieuses traditionnelles ?

Cette remarque, qui ne l'a assez souvent entendue à propos du devoir missionnaire que Jésus lui-même intime à ses disciples : "Allez dans le monde entier transmettre la Bonne Nouvelle et baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ?. Pourquoi bousculer des proches, des groupes, pour les inviter à se convertir au christianisme et abandonner leurs convictions naturelles ? Walfroy devait-il se contenter de vivre au milieu de ces populations païennes qui rendaient un culte à des divinités fabriquées de main humaine ? Quel bénéfice ces adeptes du paganisme pouvaient-ils trouver en devenant chrétiens ?

Pour accomplir son œuvre missionnaire, Walfroy a choisi de venir vivre au milieu de ces peuples. Sans doute a-t-il été confronté à ses propres peurs et aux hostilités que suscite toujours un intrus, étranger à la culture et aux comportements sociaux du milieu ! Walfroy a su discerner les raisons pour lesquelles ces peuples confiaient leur existence vulnérable à ces dieux qu'ils s'inventaient. A l'évidence ces adorateurs étaient habités par la peur et éprouvaient le besoin de se mettre sous la protection de divinités qui leur seraient favorables. Ils se sentaient menacés dans leur sécurité et dans leurs ressources alimentaires et sanitaires. Aussi développaient-ils une relation privilégiée avec les forces de la Nature dont ils se sentaient tributaires.

Aussi annoncer l'Evangile à ces peuples et les faire croire et devenir disciples de Jésus, ce n'était pas les détourner de leurs aspirations et de leurs besoins, c'était pour Walfroy leur offrir un chemin qui les éloigne de toutes les peurs, et surtout les emmener vers plus de liberté et de responsabilité, de dignité personnelle et collective. Aux dieux factices puisque n'étant l'expression d'aucune réalité, Walfroy substitue Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné. Celui- ci accompagne surtout ce qu'il dit par un comportement de vie jamais violent, toujours humble, modeste et même fait de dénuement volontairement choisi.

Saint Martin, mort en 397, vénéré dans toute la Gaule romaine, est la source d'inspiration du zèle missionnaire de Walfroy et de sa charité envers les gens parmi lesquels il se trouve. Walfroy ambitionne d'être évangélisateur comme l'a été saint Martin que d'ailleurs il fait patron du lieu de culte qu'il construit. Ainsi donc, en leur proposant l'Evangile, Walfroy conduit ces peuples à résoudre leurs conflits par la discussion et la négociation. Il les apaise en substituant la confiance à la crainte de l'autre et au recours à la violence pour montrer sa puissance. Déjà Clovis avait puisé dans la charité et la compassion manifestées par la vie de saint Martin des motifs décisifs pour demander le baptême à l'évêque Remi.

Il s'agissait là de passer d'une religion animiste consistant à amadouer les dieux pour qu'au moins ils ne sévissent pas, à une religion chrétienne qui fait savoir que Dieu est un Père plein d'amour pour tout être, jamais jaloux ni rival puisqu'il l'a créé à son image et fait pour lui ressembler.