La Terre

 

La Terre, en réalité, n’est la propriété de personne. Elle est la maison de tous. De tous les humains, mais aussi de toutes les espèces d’animaux, d’oiseaux, d’insectes, en un mot des vivants. Sachant cela, nous devons avec raison mesurer l’impact et les conséquences durables de ce que nous choisissons et faisons. Nous n’avons pas seulement à gérer le présent, mais aussi en partie l’avenir pour ce qu’il dépend de nous.

La Terre, nous la recevons, elle nous est confiée en gestion. La Terre est une planète à taille modeste au milieu d’astres par myriades. Terre des plaines fertiles. Terres escarpées des montagnes. Terres herbagères où broutent les troupeaux d’animaux domestiques. Terres des savanes où se camouflent les bêtes sauvages. Terres où se dressent des forêts aux arbres de toutes espèces. Terres que le soleil inonde de ses rayons lumineux et bénéfiques. Terres angoissantes de rocailles et de sables des déserts arides. Terres inhospitalières. Paysans sans terres ici et là sur le vaste globe. Terre sans pluie et terre submergée d’eau. Terre reçue en héritage et terre achetée à prix d’or. Terre pauvre, pouilleuse, maigre, et terre riche, en jachère, délaissée. Terres d’un pays envahi, meurtri par les guerres, criblé de tranchées et d’engins meurtriers. Terres d’un pays fatigué et blessé dans la reconquête de sa liberté et de son intégrité. Terrain à bâtir, terrain réservé pour y être « enterré », tel un grain de blé enfoui.

Pour les herbagers à longueur d’année occupés et parfois préoccupés, pour les éleveurs et les agriculteurs, la terre est la source de vie, leur outil principal. Que de labeur, de courage, de veille et d’éveil, que de soucis et de démarches, que de temps passé dans les étables, les écuries, les prairies et les champs, sur les tracteurs, pour composer sans cesse avec les bienfaits et les aléas des saisons, les maladies et les épidémies qui menacent les troupeaux. En contact permanent avec la Nature, les éleveurs et les agriculteurs se font une philosophie de la vie. Ils savent d’expérience que l’on ne peut impunément exploiter, user la terre jusqu’à l’épuiser, mais que le meilleur chemin est d’en prendre soin, de composer avec elle, d’en faire une alliée.

Car la terre se veut une alliée de l’homme et de l’humanité. Elle consent à être sollicitée selon des normes raisonnables, car elle sait que sa mission est de faire fructifier et d’offrir les moyens de se nourrir et de vivre aux vivants et à celles et ceux qui sont chargés de les commercialiser et de les diffuser.

Comment enfin ne pas souligner et apprécier, valoriser, toutes les initiatives positives qui développent les liens de solidarité et de fraternité dans le monde rural ? Actes individuels d’entraide mutuelle, matériel acheté en commun, coopératives d’achat et de vente, syndicats de défense et de propositions, associations sportives, musicales, de loisirs, d’apprentissages : informatique, langues étrangères, soutien scolaire… La terre est aussi au service de ce « bien-vivre ensemble » rural.

Nous le savons, tous ces métiers en rapport à la terre et à la Nature, aux saisons, sont plus qu’exigeants, parfois très éprouvants, dans une époque mouvante et même incertaine, que certains qualifient même de société « liquide », puisqu’elle échappe de nos mains comme de l’eau que l’on écope ! Il n’y aurait pas de moissons sans ces travailleurs nombreux de la terre nourricière qui ne retient rien pour elle, mais se sait la mission de tout donner d’elle-même. L’occasion pour nous de remercier la Terre, la Nature, et, lorsqu’on est croyant, Dieu qui l’a créée et qui nous l’a confiée depuis les commencements de l’univers. Jésus, Fils de Dieu venu habiter sur la terre de Palestine, n’a qu’un projet : celui de rejoindre le cœur de tout être humain et devenu pour chacun « chemin, vérité et vie »…