Fête des Moissons sur la colline Saint-Walfroy

 

Il y a bien longtemps sur cette colline, la forêt dominait, et pas les terres cultivées ni les verts pâturages, ni bien sûr ces bâtiments. Les habitants de ces lieux vivaient dans des huttes fabriquées par eux avec des branches et des feuillages, de la terre battue. Ils avaient comme moyens de vivre de cueillir les fruits comestibles d’arbres et de plantes, de récolter des insectes et de chasser les animaux que la nature leur fournissait. Ils bénéficiaient donc de la culture de ce que les ethnologues appellent la « cueillette ». L’agriculture et l’élevage domestique qui exigent de l’homme un esprit d’initiative, de créativité et de soins appropriés de la terre en fonction des saisons ne viendront que par la suite.

Ces habitants rendaient un culte à la déesse Arduina, la déesse des forêts, dont ils attendaient une assistance pour leur nourriture et la protection contre les épidémies, la maladie et la survenue des attaques ennemies. Ce peuple vivait sur lui-même, on peut dire en autarcie, d’où le besoin de croire en une religion animiste, protectrice. Or ces croyances en des divinités ont en commun de par le monde d’entretenir le sentiment de fatalité. La vie des croyants dépend entièrement de la bienveillance des idoles et de la chance qu’elles attribuent ou non à qui elles veulent !

L’arrivée de Walfroy, son style de vie original, sur une colonne, à la manière des stylites du désert, étonnera, attirera. Sa non-violence et sa patience – car il ne recourra jamais ni à la peur, ni à la menace, ni à la pression – témoigneront d’une autre façon de croire aux forces supérieures. Sans fatalisme et surtout en développant une confiance dans les capacités et les possibilités détenues en tout être et dans une communauté humaine.

C’est par l’historien Grégoire de Tours que nous connaissons les évolutions introduites par Walfroy et par l’annonce de l’Evangile de liberté et de vie ! La foi chrétienne libère les énergies, donne à l’homme confiance et considération en lui-même, et en même temps l’investit de la responsabilité de créer, d’aller de l’avant, de progresser, non pas seul mais en s’associant à d’autres et en prenant soin des plus faibles, de ceux et celles qui peinent à tenir debout sans être secourus et accompagnés.

Ainsi ce peuple de la forêt que ne rejoignaient pas les armées romaines occupantes transitant dans la plaine, ce peuple à part allait peu à peu évoluer sous l’effet de sa christianisation non imposée, mais au contraire choisie et intégrée. Ainsi des ouvertures, des ponts, des relations allaient s’établir et se développer avec d’autres lieux de vie. On peut donc constater que croire en Dieu, le prier, lui demander de nous aider dans nos choix, nos décisions, nos implications, ce n’est absolument pas nous dessaisir de notre personnalité en lui demandant de tout faire à notre place, de prendre le volant de la conduite de nos vies. Etre chrétien au cœur de notre quotidien familial, social, professionnel, communal, ecclésial, c’est au contraire accepter le regard de Dieu qui nous croit, nous considère capables d’assumer toutes les capacités humaines qui fondent notre dignité.