Dans la religion juive, Pentecôte était la fête de la Moisson, jour de joie et d'action de grâce. Beaucoup de Juifs de la diaspora montaient à Jérusalem pour cette occasion. Les onze apôtres, bouleversés par la mort de Jésus, étaient réunis au Cénacle ce jour-là avec Marie. L'Esprit Saint les rejoint sous forme de vent et de feu. Ils vont être transformés. Ils n'ont plus peur d'être arrêtés. Ils se sentent libres. Forts à l'intérieur, courageux devant tous. En paroles et en actes.

 La Pentecôte inaugure le temps de l'Eglise et de l'Esprit. A la suite de Jésus qui a vécu avec un corps pendant 33 ans. A la différence de Jésus et comme Dieu le Père, l'Esprit Saint, lui, agit à l'intérieur des personnes, dans leur conscience, dans leur cœur. On le perçoit aux effets de sa présence. A la façon du vent que l'on devine en voyant les arbres remuer ou le bateau à voiles fendre les flots. L'Esprit Saint convertit Saul qui, de persécuteur des premiers chrétiens, devient Paul, l'évangélisateur audacieux qui sillonne la mer Méditerranée. L'Esprit Saint pousse Pierre à baptiser le centurion Corneille, officier de l'armée romaine d'occupation.

 Depuis ces débuts de l'Eglise, que de gens de tous milieux et de toute culture ont choisi de devenir chrétiens ! Certains ont consenti à devenir martyrs plutôt que de renier leur foi, grâce à la force de l'Esprit Saint en eux. Cela a commencé par saint Etienne, mort lapidé. Aujourd'hui encore en Syrie et dans le Nord de l'Irak les chrétiens vivent un véritable calvaire. Il leur faut choisir entre accepter de devenir musulmans ou quitter leur maison et leur terre pour s'exiler. Quand ce n'est pas la mort, par décapitation ou crucifixion. Aujourd'hui, ils sont plus de 125 000 réfugiés chrétiens au Kurdistan irakien : "Je suis née chrétienne et je mourrai chrétienne", a répondu Leila quand on lui a dit "Pars ou convertis-toi". Elle ajoute : "C'est ma foi qui m'a sauvée, à ce moment-là je me suis sentie très forte. Ce n'est qu'après que j'ai réalisé ce qui aurait pu se passer".

 Oui ! Aujourd'hui comme dans l'histoire de l'humanité, l'Esprit Saint est toujours présent et actif. Je pense aux 15 000 personnes qui cheminent vers le baptême, certaines venues de l'Islam, d'autres qui étaient incroyantes ou athées, que l'Esprit Saint éveille dans leur conscience. Je pense aux chrétiens endormis que l'Esprit Saint appelle à revenir prendre leur place dans les églises. On les appelle d'ailleurs les "recommençants". Beaucoup de saints sont d'ailleurs passés par là : Augustin, François d'Assise, Vincent de Paul…

Aujourd'hui je pense à Max Gallo, historien réputé qui, à la suite d'un drame familial et d'un baptême auquel il avait été invité en l'église St-Sulpice à Paris, se présente comme croyant. Et à ces milliers de chrétiens adultes qui reçoivent le sacrement de confirmation célébré en sa cathédrale par l'évêque de leur diocèse.

Je pense à Fabrice Hadjad, philosophe et romancier. Il était Juif qui se moquait volontiers des gens d'église et qui s'est converti à Jésus et maintenant en témoigne. Et ce jeune égaré dans une secte qui trouve le chemin de l'église et finira par devenir jésuite, compagnon permanent de Jésus. Je pense à Raoul Castro, frère de Fidel, marxiste convaincu, qui en sortant de sa rencontre avec le pape François s'est dit frappé par la sagesse du Pape, ce qui pourrait bien le pousser à revenir à l'Eglise et à se remettre à prier. "Je ne plaisante pas", a-t-il ajouté.

 Oui, la présence active de l'Esprit Saint n'est pas perceptible que dans la vie des gens d'Eglise. Elle est reconnaissable dans la bonne volonté, la recherche de la vérité, la quête de la liberté, l'engagement pour plus de justice et de fraternité. L'Esprit Saint se devine dans la force intérieure, la fidélité et l'amour durable, l'enthousiasme et la joie… L'Esprit Saint fait signe de son action depuis la création du monde. Il accompagne les grandes étapes de l'histoire du Peuple hébreu. Des épisodes bibliques en révèlent la présence et Jésus en parle explicitement. Une "vie spirituelle" se gagne en s'exerçant au discernement par une bonne connaissance de l'Evangile et une relation personnelle au Christ. "Nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, si ce n'est par l'Esprit Saint" (Cor 12 3). Les groupes de renouveau charismatique s'appuyant sur l'Esprit Saint ont contribué, avec le Concile Vatican II, à renouveler notre perception de la présence de la troisième personne de la Trinité. On y parle d'effusion de l'Esprit, des charismes et des fruits de sa présence : "amour, joie, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi. Contre de telles choses, il n'y a pas de loi" (Galates 5 22).