Dans la vie spirituelle enracinée dans le christianisme, il est un piège dans lequel se sont parfois laissés prendre nombre de croyants sincères et pourtant abusés, c'est celui de positionner sa vie et trop souvent d'en juger la valeur par rapport à un idéal, bien sûr rarement atteint ni même satisfaisant. Des chrétiens se sont culpabilisés et même condamnés, parce qu'ils pensaient que Dieu leur reprochait en permanence de ne pas obtenir la perfection qu'ils se donnaient comme idéal exigé par la foi. En réalité, ils ne s'en remettaient qu'à eux-mêmes pour se fixer la hauteur de la barre et se jugeaient eux-mêmes aussi du fait qu'ils ne remplissaient pas leur contrat. Jamais ils ne se référaient à Dieu pour connaître son point de vue.

Or, désolé ! Mais cette démarche n'est pas la foi chrétienne ! Elle fait penser à du stoïcisme , elle renvoie à la doctrine janséniste. La démarche de foi chrétienne est une réponse concrète, humble et modeste à un appel du Christ qui invite et appelle sans menace de punition ni d'exclusion si on n'y arrive pas. En effet le chrétien accepte d'avancer parce qu'il a la conviction que Jésus est le soutien de sa réponse, parce qu'il a conscience que s'il tombe en panne en cours de déplacement, Jésus le relèvera et lui fera de nouveau confiance.

Jésus nous révèle intérieurement que, quels que soient les écarts, les méandres, les faiblesses et les erreurs, il demeure un compagnon de la route. L'attitude chrétienne alors ne génère plus un sentiment d'abandon ou de condamnation, mais de compassion et de miséricorde. A force de viser un idéal dicté par les lois du permis et du défendu, du meilleur, les chrétiens ressentent leurs imperfections et leurs ratés comme des échecs personnels dont ils ont honte et qui les éloignent de Dieu.

Dans le domaine de la vie spirituelle, individuelle, conjugale, familiale et même sociale, les chrétiens sont d'abord invités à se sentir aimés par Dieu et toujours rejoints par lui, que ce soit dans les moments de régression ou d'égarement ou dans les séquences plus lumineuses de progression. Car l'amour de Dieu s'exprime autant dans l'action de grâce que dans le pardon et la réconciliation. Il n'est pas une récompense conditionnée au bien accompli et à la perfection recherchée. Il n'est pas retiré après un péché. Au pécheur il revient d'en être convaincu, de l'accueillir et d'en bénéficier comme d'un tremplin pour continuer le chemin, avec cet amour divin comme énergie et appui.

Plusieurs paraboles racontées par Jésus nous révèlent le cœur miséricordieux de Dieu. Les conclusions du pape François, à la suite du synode sur la famille, contenues dans le document "La joie de l'Amour", invitent les chrétiens à inspirer leur vie dans le cœur de Dieu, à consentir à leur humanité avec ses réelles limites et ses possibles imperfections, à croire, en confiance sans réserve, en la toute-puissance et la permanence de l'Amour divin, en toute circonstance de l'existence.

Pour les prêtres, chargés d'annoncer la Parole de Dieu et le chemin humain que Jésus propose, attention de ne pas proposer des horizons et des itinéraires impossibles à réaliser et culpabilisants si l'on n'y parvient pas. Enfin, face aux échecs, il est important de trouver les paroles et les actes qui signifieront qu'il y a toujours un avenir meilleur et plus beau pour succéder à un passé jonché d'ornières et traversé d'obscurités. Songeons à Pierre qui a renié et à Paul qui a persécuté…