Le Père Eric Dion, moine de l'abbaye d'Orval, a été durant plusieurs années chapelain de l'Ermitage St-Walfroy situé non loin de Carignan dans le département des Ardennes, sur un mont dominant un vaste panorama s'étendant de l'Argonne, pays boisé, à l'Ardenne, hauteur boisée, et de la vallée de la Chiers aux côtes de Meuse et de Moselle. Dans l'avant-propos d'un opuscule rédigé par M. Roland Persin sur le premier évangélisateur des Ardennes, le Père Eric écrit ces propos que voici :

"De tous les saints évangélisateurs du 6ème siècle, saint Walfroy est sans doute le plus atypique. La relecture de sa rencontre avec l'évêque Grégoire de Tours et la trace de son séjour en Limousin nous le redisent.

Disciple de saint Martin, il prend place dans la grande lignée de ces moines missionnaires qui évangélisèrent l'Occident, permettant ainsi à ce dernier de parvenir à ce que nous pouvons appeler le Moyen-Age chrétien.

A l'orée de la grande forêt ardennaise, sur un mont la dominant, cet étranger d'origine barbare venu d'un pays de l'Est va s'installer et demeurer. Adoptant le style de vie des moines stylites du Moyen-Orient (ce sera le seul exemple en Occident !), il annonce pendant plusieurs années, avec courage et non sans souffrances, la religion chrétienne. Il évangélise par la parole et l'exemple d'une vie pauvre et dépouillée, marquée par la non-violence évangélique que seules une foi sans faille et une profonde humilité peuvent générer. La nouvelle religion ainsi proclamée met alors fin au paganisme ambiant et va attirer une foule de plus en plus grande, souvent témoin de ses nombreux miracles ! Il y avait de quoi éveiller la méfiance, la jalousie voire la xénophobie chez ceux qui auraient dû le soutenir. Sans doute est-ce pour ces raisons obscures qu'il fut envoyé à Yvois (l'actuel Carignan). Mais malgré tout l'œuvre d'évangélisation de la région était lancée et elle ne cessera plus, en dépit des aléas de l'Histoire, de continuer à  faire son œuvre au cours des siècles. Aujourd'hui, sur la "sainte montagne", la ferveur populaire perdure. Lieu de pèlerinages, l'ermitage est devenu aussi au fil des temps un lieu de retraites spirituelles, individuelles ou en groupe, dans une maison d'accueil entièrement rénovée depuis quelques années."

Le seul témoignage écrit est celui de Grégoire de Tours, évêque et historien. Né vers 530, Walfroy vient s'installer sur cette montagne vers 565. Il y construit une église dans laquelle il place des reliques de saint Martin de Tours. Mort vers 594, son corps est enseveli dans l'église qu'il avait construite sur la colline. La dévotion populaire fait de lui un saint au point de supplanter saint Martin. Dans son rôle d'évangélisateur, l'acte principal fut de convaincre assez de gens de renoncer à rendre un culte à Diana Arduina (déesse des forêts): "Bientôt convaincus que leurs idoles ne sont rien à côté de ce Dieu qui accomplit des miracles, ils vont prêter main forte à l'ermite pour abattre la statue de Diane Arduina et la réduire en poussière" (Roland Persin).

Depuis ces temps lointains, le lieu demeure fidèle à sa mission d'annonce de l'Evangile, en continuant de proposer l'Evangile aux pèlerins d'aujourd'hui. Le Père Dion, auquel notre archevêque de Reims-Ardennes m'a demandé de succéder, écrit : "Qui habet aures audiendi audiat ! Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! Oui, qu'il entende comme à nouveaux frais ce message d'amour et de paix de saint Walfroy si actuel pour notre monde contemporain qui s'en est tant éloigné. Que l'exemple de vie de notre saint des Ardennes inspire nos existences et les enracine dans une foi renouvelée en Celui dont nous avons à être signe, comme lui l'a été d'une façon si éminente : le Christ."