On raconte que le président Jacques Chirac n'était pas seulement un amateur qualifié des arts africains, mais aussi un savant expert des civilisations qui les ont produits. La France, dont l'histoire est de fait liée à de nombreux pays de ce continent, doit son Musée des Arts Premiers, situé quai Branly à Paris, à la volonté de M. Chirac, grand "passionné" des civilisations dont ces "œuvres" sont la belle expression.

Or, interrogé un jour par des journalistes intrigués par cette "passion" du Président, celui-ci leur fit part de cette remarque : "En admirant ces œuvres façonnées par des artistes africains il y a des milliers d'années, non seulement je ressens les vibrations des esprits qui les habitent toujours, mais je suis profondément ému de penser que notre civilisation judéo-chrétienne, pour autant qu'elle compte beaucoup pour nous, ne peut que se montrer humble vis-à-vis de ces arts premiers dont l'inspiration religieuse est l'animisme". Les artistes qui les ont imaginés et modelés, en effet, étaient pétris de cette conviction que le réel est habité par du sacré. Des arbres, des forêts, des clairières, des cours d'eau, des lieux, des statues, ne se réduisent pas à ce que les yeux voient, ils détiennent en eux de l'invisible "spirituel"… Par eux, les "esprits" se font proches des humains et grâce à eux ceux-ci peuvent entrer en contact avec le monde des Esprits.

Une fois encore, survoler la longue histoire de l'humanité nous presse de constater combien la dimension religieuse et des manifestations très diverses l'accompagnent tout au long de son parcours. Et il serait plus qu'étonnant de prétendre aujourd'hui que cette aspiration et ce désir de sacré, de relation à l'au-dessus et à l'au-delà, ont complètement disparu de l'esprit et du cœur de l'homme contemporain qui se serait débarrassé de cette dimension dont toute l'histoire humaine démontre la présence permanente.

Or Noël, pour les chrétiens, ne vient pas briser ces croyances religieuses animistes, mais leur donner un vrai contenu et pleinement révéler leur sens. En Jésus, il est donné par le ciel de reconnaître Dieu présent non plus seulement dans des lieux sacrés ou des objets, mais réellement proche et présent, associé à l'histoire de tous les peuples répandus sur terre et en tout temps. Jésus, venu de Dieu, Dieu en personne sur terre, devient l'intermédiaire exclusif pour tous. Or il n'est pas la voix ni le modèle d'un Peuple, d'une langue, d'une tribu, d'un clan, mais le visage de Dieu universel et mondial. Il n'appartient à personne, pas même à une civilisation ou une religion. Il est l'Humain tel que le Créateur du ciel et de la terre avait prévu et souhaité qu'il soit. Aussi se présente-t-il un jour comme "le Chemin, la Vérité et la Vie" auquel tout être humain est invité, avec une entière liberté, à adhérer.

Or passer de la religion animiste, faite de contacts avec le sacré et de soumission aux esprits, à la foi en Jésus, c'est, je le pense, être sur le même chemin qui nous conduit à Dieu en compagnie de nos frères et sœurs en humanité, mais surtout accepter d'être rejoint par celui qui est venu de Dieu pour nous en montrer le chemin et nous tenir la main pour le seul motif de l'Amour.