Avec des paramètres d'appréciation aux accents différents, les uns au nom de la science et les autres en raison d'intérêts économiques, déclarent cancérigène ou sans preuves de danger pour la santé humaine le glyphosate, ce produit chimique que répandent sur leurs terres les agriculteurs pour éradiquer les herbes invasives. Ce produit, élaboré par des firmes américaines, est, de l'avis même des utilisateurs, efficace et nécessaire. Les rendements céréaliers chuteraient de 20% s'il fallait l'abandonner. Les ressources agricoles mondiales en seraient affectées.

Ce dilemme a entraîné un "débat" dans lequel s'opposent d'un côté les partisans de ce produit en raison de son usage qu'ils jugent indispensable en dépit des dangers mal définis qui lui sont imputés et, de l'autre côté, les partisans de son abolition au plus vite en raison des graves menaces qu'il fait peser sur la santé non seulement de ceux qui en ont l'usage, mais aussi des consommateurs des plantes qu'il aura contaminées et de la terre qui gardera longtemps mémoire de son action mortifère. Garder ou arrêter l'utilisation de ce produit a même fait l'objet d'une discussion houleuse entre états européens qui n'ont jamais trouvé l'unanimité entre eux, pour décider cependant qu'il fallait chercher à créer un produit alternatif et moins problématique, donc plus conforme aux critères sanitaires exigés par l'Organisation Mondiale de la Santé.

Ainsi cette affaire du glyphosate est l'exemple type où se mêlent et se confrontent des intérêts apparemment divergents. Conscient d'avoir à nourrir l'humanité, le monde paysan choisit une agriculture productiviste avec tout ce qu'elle exige d'intrants chimiques pour atteindre de favorables performances, tout en admettant facilement que le bénéfice financier escompté pèse aussi dans ses choix techniques. La firme américaine qui produit le glyphosate témoigne de ses bonnes intentions qui ont pour objectif d'aider toutes les régions du globe à se débarrasser des herbes envahissantes, et elle fait part des études faites en laboratoire dont les résultats certifient que les dangers que l'on craint ne sont pas certains .

Les décideurs politiques, quant à eux, ont un avis quelque peu opposé selon qu'ils sont ministre de l'agriculture et de l'élevage ou ministre de l'environnement et de l'écologie, ou encore ministre de la santé… Pour les uns comme pour les autres, le terme de précaution a une résonance particulière : pour les uns, il revêt surtout un impératif économique, pour d'autres il sonne l'alarme d'un danger sanitaire, pour d'autres encore il pose un problème moral à résoudre en concertation avec tous les partenaires concernés : agriculteurs, chercheurs et décideurs.

Une fois de plus, dans ces choix et orientations difficiles où peuvent se mêler des intérêts et des arrière-pensées tendancieux, la conscience morale de chacun(e) est appelée à analyser, discerner et se prononcer en vérité, à la lumière de données objectivement rendues publiques, afin que prévalent la sécurité et la santé pour tous, et la sérénité des âmes. Il est un glyphosate souhaitable et bénéfique, celui qui évacue les mauvaises herbes et les chiendents des âmes…