Noël est célébré dans le monde entier. Le 25 décembre est la date qui a été retenue parce que c'est ce jour-là que la clarté commence à regagner sur l'obscurité.

Noël veut dire naissance. Celle de Jésus, fils de Joseph et Marie de Palestine né à Bethléem il y a deux mille ans. Plus personne aujourd'hui ne doute de l'existence de cet homme il y a vingt siècles. Par tous, il est considéré comme un très grand prophète, mais qui n'était qu'un homme. Pour les chrétiens, il est plus que cela : il est Dieu "incarné" dans l'humanité dont il est lui-même le Créateur, l'origine.

Certes Jésus a été un homme parmi les autres. Il a appris, grandi, choisi, agi, peiné, pleuré, souffert… Il a parlé la langue araméenne du peuple juif, pratiqué ses coutumes et ses traditions. Il a fréquenté les synagogues et le temple de Jérusalem, en juif croyant et assidu aux fêtes religieuses de son Peuple.

Mais le mot le plus bouleversant à Noël est la phrase de saint Jean : "Et Verbum caro factus est", qui veut dire "Et le Verbe s'est fait chair". Cela signifie que Dieu, créateur de l'univers, du ciel et de la terre, des immenses espaces intersidéraux, du micro-et du macro-cosme et de tout ce qu'ils renferment, du temps et de l'éternité… ce Dieu-là choisit de venir vivre intensément et entièrement ce que chacun(e) de nous parcourt dans sa propre humanité. Noël, c'est donc Dieu qui nous donne rendez-vous avec lui, non pas au Ciel, non pas au-dessus, non pas après, mais ici, maintenant, dans l'humain du quotidien. Jésus est venu parler à nos esprits et à nos cœurs dans les langages de l'existence terrestre. Il s'est fait homme pour éprouver dans sa chair ce que nous éprouvons. Il s'est fait chair pour nous prouver que être en tout très humain est le chemin de réussite de notre vie !

La vie de Jésus, de Bethléem à Jérusalem en passant par les trente ans de Nazareth, nous invite à développer l'humain avant toute chose. Pour être humain, dans un regard bienveillant, soyons respectueux des autres, de la Nature, de la diversité, des faibles, des petits, des pauvres. Soyons éveillés, attentifs, à l'écoute de nos proches. S'il nous arrive de délaisser la religion en pensant que des convictions religieuses exigent qu'on leur consacre trop de temps, cultivons au moins notre capacité à l'humain : la vie de couple, les responsabilités familiales et parentales, l'éducation et les loisirs – sportifs, musicaux -, des enfants, et bien sûr le travail rémunérateur qui donne les moyens de vivre !

Oui ! Je voudrais vous dire ceci qui est très important : on est croyant, ami de Dieu et de Jésus, d'abord dans notre vie habituelle et quotidienne. Non pas à l'extérieur, mais à l'intérieur, à l'exemple de Jésus qui a tout dit par sa façon de choisir, de décider, de parler, d'agir, de servir, d'aller à la rencontre de tous. Le boulanger peut être chrétien en faisant cuire son pain qui nourrit ses clients. L'éleveur et l'agriculteur sont chrétiens dans leur rapport à la Nature. Dans et par leur travail, les commerçants, les soignants, les entrepreneurs, les artisans et même les responsables politiques, quand ils prennent grand soin du Bien commun, montrent que leur foi chrétienne est "embrayée" à leur vie.

La foi incarnée, c'est comme du sel qui révèle la saveur d'un plat. C'est comme de la levure qui dilate une pâte. C'est comme une lampe que l'on dispose en hauteur pour éclairer toute une pièce. Dieu s'incarne au cours de l'histoire humaine et nous invite tous à incarner notre humanité et tout ce qu'elle détient de capacités dans le concret de nos vies.

Ce n'est pas parce que Dieu se fait homme et humain qu'il en est moins divin. L'humanité de Dieu n'est pas concédée. Elle est choisie comme une preuve d'Amour et un chemin de vie pour l'humanité.

L'humanité de Jésus ne concurrence ni ne supplante sa divinité: Jésus est homme et Dieu.

"Le Verbe s'est fait chair". L'Incarnation, c'est le créateur qui devient créature, l'invisible qui se rend visible, l'Intouchable qui se laisse toucher, le Tout-Puissant qui se fait petit.

Venu de Dieu chez les hommes, il devient pour eux chemin, vérité et vie qui conduit vers le Père.

Jésus n'est pas à moitié Dieu et à moitié homme. Il n'est pas un homme qui aurait été adopté comme Fils de Dieu ; il est le Fils de Dieu fait homme.

Le fait pour Jésus d'être Dieu ne compromet pas la vérité de son humanité. Il n'y a même que le Fils de Dieu qui puisse être homme aussi bien. Jésus est divinement homme et humainement Dieu. Devant telle ou telle façon de parler de Jésus, le problème n'est donc pas de savoir s'il est trop humain, mais de savoir comment il l'est. Car la façon dont il l'est deviendra la façon pour tout homme de le devenir soi-même. L'Evangile ne révèle pas seulement qui est Dieu, mais comment devenir humain et ressembler à Dieu.