En relisant le parcours de ma vie de séminariste, de diacre, de prêtre, voici une petite sélection d'événements et d'expériences qui ont été pour moi source de vraie joie.

J'étais séminariste, c'était l'époque du Concile. J'avais demandé à Benoît Rousseaux, condisciple, de venir parler aux gens de mon village de ce que se débattait à Rome. L'auditoire était nombreux et intéressé. Nous ressentions comme un vent frais ce souffle de l'Esprit sur l'Eglise…

J'étais séminariste et consacrais tous mes temps libres à retrouver les gens du quartier du Maroc, rue Havé, situé sur la paroisse St-Benoît à Reims. J'ai beaucoup appris de l'humanité de ces gens, en particulier lors d'une messe de Noël au cœur de ce bidonville où se dressaient des caravanes et des baraques faites d'éléments de récupération. On a célébré la messe sous un chapiteau prêté par l'armée. Le Père Bernard Collet présidait. Toute la population était là, ravie. Une mère de famille a dit : "Moi, si j'avais été là près de Marie et Joseph, j'aurais voulu être la paille pour accueillir et toucher la première l'enfant Jésus". On était dans la boue, il faisait froid, mais que de joies d'être ensemble à fêter Jésus parmi nous et d'ouvrir la Bible ensemble... ATD Quart-Monde a été créé sur Reims en demandant au Père Joseph Wresinski de venir faire une conférence sur les plus pauvres. La salle des Cordeliers était comble.

Ce bonheur de célébrer Dieu incarné en Jésus, je l'ai souvent ressenti dans les savanes du Nord-Cameroun dans des chapelles de brousse construites par des chrétiens eux-mêmes. Le bonheur, c'était la communauté rassemblée, chantante, spontanée, buvant les récits bibliques, curieuse de découvrir… J'ai eu beaucoup de joie à préparer des jeunes lycéens et paysans à leur baptême et à les accompagner dans leur découverte de l'Evangile et la construction de leur vie présente et à venir. Leur peur ancestrale les quittait peu à peu pour faire place à une confiance qui les ouvrait à la liberté et à la responsabilité. J'ai eu de la joie à contempler le Christ libérateur, promoteur de vie humaine meilleure, et d'expérimenter combien l'Evangile est levier et levain d'humanité nouvelle.

J'ai eu de la joie aussi à accompagner, aux diverses étapes de mes nominations, des équipes et des groupes de partage de vie et de foi :  JOC, ACE, ACO, JICF, MCC, EDC (patrons), END jeunes couples. Une équipe de Jeunes Professionnels qui se réunissait chaque mois sous la sacristie de l'église St-Remi de Charleville-Mézières m'a particulièrement enrichi et souvent réjoui. Elle était attractive, ouverte. Chaque participant devenait artisan de sa réussite, de sa progression, de son élargissement. Il régnait un vrai climat de liberté d'exprimer ses idées et surtout ses doutes, ses questions. Le prêtre que j'étais avait une place attendue et respectée. Ma joie était intense de contribuer ainsi à l'édification de ces jeunes qui prenaient leur place d'adulte par un premier poste de travail, en fondant un couple, en s'impliquant ici ou là dans le tissu associatif. Avoir été témoin souvent de gens qui découvraient que vie et foi n'étaient pas éloignés mais associés, comme levain de la pâte, m'a donné beaucoup de joie.

J'ai assuré pendant dix ans la mission de vicaire général. Ma plus grande joie était de vérifier qu'une nomination convenait à tel confrère et plus encore l'épanouissait. Je me souviens encore de Philippe Marniquet, aumônier d'étudiants confirmé, venant me trouver pour se porter candidat à l'aumônerie du CHU et Maison Blanche. Or cette demande tombait à pic puisque, quelque temps avant, Michel Jeanroy, aumônier de l'hôpital de Reims, avait émis le souhait, lui, de passer la main.

La mort et les souffrances atroces, les croix de l'existence, si diverses et multiples, que tant de gens portent, ont toujours généré en moi la compassion, le désir d'être proche, de partager, de soulager, souvent en silence, mais paradoxalement aussi ces blessures humaines m'ont donné de la joie intérieure, celle qui naît avec l'Espérance quand on ressent que nos moyens humains sont à court devant l'inexplicable et surtout l'injustifiable. Je pense par exemple au suicide de jeunes en plein élan vers leur avenir… Si la Croix du Golgotha a été ressentie comme un échec, on sait maintenant qu'elle n'était qu'une étape vers la Résurrection. Etre le plus souvent passeur d'espoirs à l'Espérance m'a donné de la joie…

En résumé de ce survol rapide et sélectif, le titre donné par le pape François à l'exhortation publiée au début de son pontificat me convient bien : "La joie de l'Evangile" reçu et transmis, assimilé…