Un enfant qui se prête volontiers à rendre service à sa famille, surtout s'il en prend lui-même l'initiative, manifeste réellement son affection. Il pourrait se contenter de prononcer des paroles d'amour pour les siens. Mais les paroles en elles-mêmes ne peuvent être que de façade. Il est préférable que l'intention qu'elles expriment soient traduite en action. Les paroles peuvent s'envoler, ne pas être fixées, n'avoir pas de poids ni d'impact, être éphémères.

Certes des paroles peuvent constituer une promesse, un engagement, exprimer un "contact" oral, alors elles sont pertinentes et ont un impact chez ceux qui en sont témoins ou bénéficiaires. Toutefois les actes réalisent ce qui a été envisagé et annoncé. Ils vont donc plus loin que des paroles seules non suivies d'une mise en œuvre de ce qu'elles exprimaient. Dans une culture marquée par le primat de la Raison, il est certain que les actes sont préférés aux paroles. L'on a tendance à ne considérer comme vrai que ce qui est vérifiable, objectif et surtout prouvé. On se méfie des beaux discours prometteurs, des affabulations, des promesses sans lendemain.

Mais cette posture est-elle si récente ? Déjà Thomas l'apôtre, à qui ses amis disent qu'ils ont vu le Christ ressuscité, leur répond qu'il ne croira cela que s'il le voit et le touche lui-même. Il n'est pas rare d'entendre des gens réclamer auprès des croyants des preuves tangibles, au moins des signes patents, qui donnent un fondement de leur foi en Dieu, lui, invisible. Ils n'exigent pas qu'on leur montre Dieu, mais au moins les actes que celui-ci accomplit.

Saint Jean commence son évangile en parlant de Jésus comme le Verbe de Vie, au sens de Parole qui non seulement révèle le Père, mais aussi en témoigne par ses actes, ses initiatives et ses engagements. Dans la grammaire, le verbe n'est-il pas le mot le plus décisif qui qualifie le sens d'une phrase ? Parmi les vertus théologales reçues de Dieu, la plus essentielle, parce qu'elle s'exprime surtout en actes, est la charité. Plus que jamais, les chrétiens sont invités à "prouver" leur foi et leur Espérance par des actes et des engagements à la suite de Jésus qui ne déclarait pas son amour aux petits, aux pauvres, aux malades, aux personnes atteintes d'un handicap, mais agissait pour les soulager, les guérir, les réintégrer socialement, tels les lépreux blessés par cette double peine de la maladie et de la marginalisation.

Bien sûr Jésus s'adressait aux foules en paroles, mais souvent ces rassemblements autour de lui étaient suivis de guérisons de personnes particulières, blessées dans leur vie, que Jésus remettait debout et en marche. Aussi l'Eglise - et ses membres -, dans les circonstances et situations où elle est implantée, doit-elle poursuivre cette œuvre de salut de la façon dont Jésus la pratiquait. L'Eglise doit délivrer des messages, des textes, informer, expliquer et ancrer ce qu'elle dit dans des actes et des engagements.

Ce que je viens d'évoquer dans ce billet est traditionnel dans l'annonce de l'évangile toujours accompagnée de réalisations concrètes. Il n'est que d'observer les initiatives prises par les chrétiens qui, partant dans des pays lointains, n'ont pas seulement annoncé Jésus-Christ, mais ont fait en son nom des écoles, des routes, des ponts, des centres de soin, ont lutté contre les menaces de famine… Le pape François lui-même n'aime-t-il pas qualifier l'Eglise elle-même "d'hôpital ambulant de campagne" ?

Des paroles pour expliquer, transmettre, faire comprendre et aimer, oui ! Mais en même temps, des actes !