A la suite et à la façon de Jésus, les chrétiens sont invités à visiter les malades, chez eux ou à l'hôpital. Déjà le fait de prendre l'initiative d'aller vers les malades indique que le visiteur a des possibilités d'initiative que les personnes alitées ont perdues. Aussi faut-il au visiteur veiller à ne pas accentuer les désagréments de cette asymétrie qui peut nuire au "bonheur" de la rencontre. En effet la personne visitée est alitée, souvent branchée à des appareils, dépouillée de ses habits habituels, ce dont elle souffre et qui la prive de son état normal, physiquement et moralement. Cet état la rend dépendante. Elle ne décide plus par elle-même ce qu'elle doit faire. Cela peut influer sur son caractère et interférer sur ses convictions !

Ainsi donc qui rend visite à un malade doit avoir conscience que ces conditions dans lequel se retrouve le malade peuvent peser sur le déroulement de l'entretien. A la différence de l'équipe médicale qui interroge et prononce des recommandations, l'ami de passage, l'aumônier de service, se rendra présent en créant un climat de confiance et de confidence ; il évitera l'interrogatoire, encore plus les discours pseudo-médicaux, approximatifs et inutiles. Le visiteur s'efforcera de s'asseoir à la hauteur du malade pour éviter de le surplomber et d'apparaître condescendant. Et il n'évoquera à aucun prix ses propres déboires de santé sous prétexte que ceux du malade alité l'y feraient soudainement penser !

Cette personne actuellement souffrante ne doit pas être "entendue ni définie" par la maladie qui l'atteint, car sa vie ne se réduit pas à cette séquence hospitalière. Aussi faut-il au visiteur apprécier ce que dit la personne de ses relations sociales et familiales, de ses désirs, de ses projets et de ses aspirations. La maladie n'est pas une identité. Bien d'autres séquences et événements de sa vie sont susceptibles de mieux définir la personnalité de ce malade.

Cette écoute humble et délicate d'un patient alité constitue déjà une démarche évangélique, c'est-à-dire accomplie avec l'Esprit du Christ. Si à un moment donné de la rencontre, la demande est exprimée ou se fait sentir de recevoir le "Pain de Vie" dans le don d'une hostie consacrée, ou même l'absolution sacramentelle des péchés, alors ces désirs doivent être satisfaits. Cette sorte de carrefour où Jésus lui-même se dévoile en "visiteur" d'une façon explicite et claire à travers un sacrement ne doit toutefois pas être systématique, car c'est aussi respecter la liberté de choix du malade et sa conscience que de ne pas conditionner les "visites" à l'habitude de "distribuer" la communion.

Souvent un séjour long à l'hôpital est pour ceux qui en subissent "l'épreuve" une occasion de retour sur leur existence passée, présente et à venir. Ce bilan peut donner lieu à une renaissance grâce à un recalage entre les essentiels et les circonstanciels, les nécessaires et les accessoires. Ainsi, loin de dégénérer en désespoirs insurmontables, l'arrêt obligé suite à un accident ou à une maladie peut devenir source de sens et d'Espérance, d'entrée dans la "claire Vérité" d'une vie, sans jamais considérer la position de faiblesse du malade comme une belle occasion de l'amener à faire l'aveu de sa foi en Dieu. Dieu lui-même n'est pas brutal, il n'est pas dans le vent violent, mais dans la brise légère !