On fait vite la différence entre des personnes dont la vie et la pensée sont superficielles et d’autres dont l’expérience humaine est profonde et riche.

 Les premières peuvent changer d’avis comme le caméléon s’adapte à l’environnement. Elles lâchent prise instantanément. Elles propagent des idées qu’elles ont entendues sans toujours les comprendre. Elles varient au gré des circonstances et des influences. Elles n’ont pas de pensée personnelle, mais sont dépendantes de celles des autres.

 A l’inverse, les secondes ont pris l’habitude de passer au crible de leur pouvoir critique ce qui leur est transmis. Elles discernent et font le tri entre ce qu’elles peuvent retenir pour vrai et intéressant, et ce qui est tellement invérifiable ou accessoire qu’elles le rejettent et l’oublient. L’épaisseur humaine, elles l’ont acquise dans des choix libres et responsables, passés au tamis de leur conscience. Elles l’ont développée dans la résistance et l’exigence d’une vie menée avec courage et persévérance. Les piqûres et blessures ne les ont pas épargnées, elles ont poursuivi leur route dans la fidélité et la confiance. Elles ne se sont jamais contentées de slogans ou de jugements réducteurs. Elles ont analysé les faits et événements en discernant leurs enracinements et leurs enchaînements. Elles ont toujours eu sur la vie, sur les autres, un regard positif et bienveillant en pensant qu’il est assez de bien en chacun pour démontrer que ses richesses peuvent contredire ce que ses apparences du moment manifestent.

 Ces personnes subissent des échecs, et cependant elles recommencent toujours avec espérance et résilience de nouveaux projets. Elles prennent des initiatives avec audace, elles bravent les risques et s’affranchissent de leurs peurs. Comme tout le monde, elles peinent, elles souffrent, elles se trompent, elles se relèvent, elles recommencent, elles continuent. Elles luttent contre elles-mêmes, contre les obstacles.

 Certes, nous n’avons pas tous les mêmes capacités, les mêmes charismes, les mêmes qualités. Certes nous n’avons pas tous reçu les mêmes dons. Jésus savait ces différences entre les humains. Il en fait l’occasion de raconter la parabole des talents confiés inégalement à chacun. L’important, fera comprendre Jésus, c’est de développer, d’ajouter de la valeur à ce qui nous a été confié. Cet homme qui n’a pas trouvé mieux, par crainte du vol, que d’enfouir l’unique talent au lieu de l’investir, est désapprouvé par Jésus. Faire ce que l’on peut avec ce que l’on a et ce que l’on est dit aussi l’épaisseur d’une vie humaine. Chacun est responsable d’améliorer ce qu’il a reçu. Il n’est pas le seul à en bénéficier. Tout être dont l’humanité s’accroît augmente le patrimoine moral et spirituel du genre humain. Il y a en effet comme une mondialisation du meilleur et du pire, de la progression et de la régression, qui rend tous les hommes et toutes les femmes de cette terre solidaires…