Travailler la terre, c'est avoir le bonheur de vivre une véritable alliance avec la Nature que sont la terre, l'air, les saisons, la pluie et le soleil, sa lueur et sa chaleur… Il faut au jardinier et à l'agriculteur sans cesse négocier et composer avec tous ces éléments auxquels bien sûr il faut ajouter la bonne connaissance de ceux du sol. Il y a dans cet exercice une coopération qui donne à l'humain une mission prépondérante, puisqu'il lui faut sans cesse réagir, décider et s'impliquer, intervenir au moment et dans les conditions les plus propices.

 Dans certains villages, il y a souvent un agriculteur qui donne le signal de départ des semailles, des traitements, et plus tard des moissons. Dans une usine où les machines à commande numérique accomplissent le travail, la part de l'homme dans le réglage et la programmation demeure à l'évidence décisive. Les travailleurs des champs, eux, doivent sans cesse tenir compte de critères météorologiques et climatiques sur lesquels ils n'ont aucune prise ! Ainsi, à force d'avoir à jongler avec des déterminants, les agriculteurs, loin de sombrer dans le découragement ou la passivité, développent en eux les vertus de docilité et même de sagesse ! A quoi cela servirait-il qu'ils partent en guerre contre les facteurs naturels puisque ceux-ci sont a priori des alliés ?

 J'ai en tête le visage ravi d'une arrière-petite-nièce habitant Reims, m'invitant à admirer les germes de fleurs surgissant de la terre du jardin où son grand-père au village lui avait permis de semer des graines. Il avait fallu attendre le meilleur moment, écouter les conseils de "Papy", promettre de ne pas les oublier, de les arroser pour prendre le relais de la pluie et de venir de temps en temps les encourager à grandir, comme dans leur affection des parents le font avec leurs enfants !

 Labourer, adoucir la terre, l'amender, semer, sarcler, en un mot la cultiver, en lui donnant des graines ou des plants à faire devenir des fruits à récolter, tout cela s'appuie sur l'initiative créatrice de l'Homme et sa confiance en la Nature sur laquelle il sait pouvoir compter. Or cette culture de l'alliance de l'homme et de la nature est universelle. On la retrouve en tout endroit du globe et sous toutes les latitudes. Certes ici ou là la nature peut se montrer plus ou moins favorable, quand elle ne se montre pas hostile dans les déserts ou sous les climats qui alternent violemment sécheresses et inondations ! Mère Nature n'offre pas partout des climats tempérés et prévisibles. Aussi dans ces régions à fortes variations les travailleurs de la terre se doivent-ils de redoubler de courage et de lutter contre eux-mêmes pour ne pas sombrer dans la fatalité et sans cesse composer avec les éléments que la nature leur offre.

 Ici et là-bas, partout, les personnes, les peuples dont la vie dépend du travail de la terre, savent combien celle-ci est leur alliée, capable de "miracles", mais surtout fidèle aux "livraisons" suite aux "commandes" qui lui ont été passées…