Bien sûr il n'existe qu'un seul Dieu, mais chrétiens et musulmans sont héritiers d'une source et d'une tradition différentes, avec des approches de Dieu assez divergentes.

 Mahomet à l'origine de l'Islam a combattu par les armes pour diffuser et imposer la religion musulmane. Jésus non seulement n'a jamais recouru aux armes, mais il a même réprimandé Pierre qui voulait empêcher avec son épée les gardes venus l'arrêter au jardin de Gethsémani. Il n'a jamais conditionné le bien qu'il faisait à une quelconque obligation de croire en lui et de le suivre. Jésus disait souvent : "Si tu veux, viens et suis-moi". Jamais de menace, ni d'intimidation, ni même d'obligation ou de condamnation, mais des appels qui laissaient ses interlocuteurs libres en conscience de choisir. Le sommet de ce serviteur de la vie de Dieu est ce rendez-vous sur la croix où il parachève le don qu'il fait de lui-même : "Ma vie nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne"… La Croix, signe d'Amour, devient l'emblème du christianisme transformant ainsi l'amour de la toute-puissance en la toute-puissance par l'amour. Tandis qu'il n'est pas inexact de dire que l'Islam porte jusqu'à nos jours la marque de la puissance par la force des armes et la conversion par menace.

 D'un côté Jésus appelant et invitant, et de l'autre Mahomet conquérant. Ce qui distingue profondément ces deux approches de Dieu apparaît donc évident en ses principes et en ses conséquences. Dans la doctrine qui découle de l'islam, la fin, qui est d'islamiser le maximum de peuples, justifie les moyens employés : la contrainte, l'obtention par l'argent de la conversion, la promesse d'avantages en récompense, celle d'obtenir la vie éternelle en combattant jusqu'à la mort les "infidèles"…

 On me dira que certains pays à dominante musulmane pratiquent la liberté de religion. Il est en effet dans le monde musulman nombre de croyants ardents dans leur foi et respectueux de celle des autres, modérés dans leur comportement. Ce sont les fondamentalistes qui, dans leurs excès, déforment l'islam. Faut-il faire remarquer qu'étant donné le lien fait en islam entre le religieux et le séculier, le politique et la foi, un citoyen issu de tel ou tel peuple tout entier musulman a l'interdiction de renier sa foi et d'opter librement pour une autre religion, le christianisme par exemple. Nous avons tous entendu parler de gens qui, ayant apostasié l'islam et voulant devenir chrétiens, étaient menacés de condamnation à mort et flagellés en place publique. Heureusement ici et là, par exemple dans la nouvelle constitution tunisienne, la liberté de conscience commence à être reconnue comme un droit fondamental pour tout citoyen.

 Aussi lorsque j'entends dire par facilité démagogique et raccourci intellectuel que chrétiens et musulmans ont le même Dieu, je ne suis vraiment pas d'accord. La conception que nous avons de Dieu et la pratique de la religion que nous en tirons divergent profondément. Si l'on veut respecter nos frères et sœurs musulmans, il ne faut pas pratiquer une charité qui brade la réalité de nos différences. "Amour et vérité" avancent de concert !

 Lorsque l'on évoque la figure trinitaire de Dieu, nos frères et sœurs musulmans nous accusent de polythéisme. Or pour nous cette conception d'un Dieu, être de relation, vivant en communauté de personnes que sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit est le fondement d'une vie respectueuse de la liberté et de l'opinion d'autrui, fondée sur le dialogue et la concertation. Dieu ne surplombe pas l'homme pour décider et fixer tout de sa vie, mais il l'appelle…