Si l'unité du genre humain saute aux yeux, la singularité de chacun de ses membres, avec sa diversité et ses différences, la caractérise aussi. Ce pluralisme constaté en tant de domaines fait obligation d'en tenir compte dans les relations et d'adopter des comportements qui le respectent et même en tirent un enrichissement mutuel.

Or de la multiplicité et de la complexité qui différencient naissent souvent des jugements, des critiques, des rejets et déjà de l'ironie, de la jalousie, de l'envie, des rivalités… Rumeurs colportées, mensonges et calomnies génèrent des situations conflictuelles durables et dommageables et privent les relations humaines de tout bénéfice humain. Ni la tolérance ni encore moins la bienveillance ne sont alors au rendez-vous des rencontres, mais plutôt la méfiance, la culture de la dérision et de la moquerie. Et comment oublier la pratique de l'amalgame qui associe malgré elle et sans preuves objectives et vérifiées la vie, les actes, d'une personne à des faits douteux et obscurs ? Certains ont une capacité à imaginer et inventer les pires scénarios concernant tel ou tel interlocuteur ou groupe, répandant ainsi la délation et la suspicion sur autrui en toute impunité. On est loin de la tolérance et encore plus loin de la bienveillance.

Ainsi, face à ces postures instinctives, comment développer en soi d'accueillir et de regarder ce qui est bien, bon, juste, vrai et beau en l'autre, tout en étant clairvoyant et lucide sur ce qui peut avoir assombri sa vie ? Comment peut-on revenir à de meilleurs rapports humains sans que l'orgueil, la jalousie, les préjugés, n'interfèrent et ne les érodent ? Quelle attitude, quels mots, quelles questions seront les bienvenus pour qu'un dialogue soit intéressant, constructif et bienveillant ? La sincérité et le désir de ne pas dissimuler mais d'être vrai, une voix et un langage simple articulés à ceux de l'interlocuteur développent un climat propice à une authentique "rencontre humaine" dans laquelle aucun ne cherche à "surplomber" l'autre de son savoir ou de ses pouvoirs.

Un comportement imprégné de bienveillance se développe en soi au fur et à mesure de la pratique que l'on en fait. Comme le sportif devient plus performant par tous les entraînements auquel il a la volonté d'être fidèle… La personne disposée à la bienveillance est convaincue qu'elle ne détient pas la totalité de la vérité, mais seulement une part de celle-ci. Aussi est-elle ouverte à la part qui existe chez les autres sous forme de convictions ou d'expériences vécues. La personne bienveillante est prête à entendre des points de vue contraires aux siens, non pour les détruire mais pour les confronter et en tirer un bénéfice mutuel moral, intellectuel et spirituel.

En tous cas les évangiles nous montrent souvent en Jésus une grande bienveillance qui privilégie toujours l'occasion d'écouter, de sauver, de guérir, plutôt que de juger et de condamner. L'attitude de Jésus avec les pécheurs, les étrangers à son peuple, les petits et les pauvres est foncièrement bienveillante. Sans doute Jésus nous révèle-t-il la nature de Dieu qui, tout en étant parfaitement clairvoyant, demeure toujours bienveillant, ce qui est pour lui une façon de nous attirer vers lui par le chemin qu'est son Fils Jésus : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie"…