Que l'on me permette d'imaginer la rencontre du lieutenant-colonel Arnaud Beltrane avec son assassin lors de leur arrivée commune dans la maison de Dieu. Peut-être poursuivent-ils la conversation qu'ils avaient engagée lors de l'attaque terroriste du 23 mars dernier, mais cette fois d'égal à égal, puisque le rapport de force et de menace qui existait ici-bas a disparu !

Leur mort leur enlève à tous deux la vie, mais pour l'un elle est un don de soi spontané pour sauver la vie d'une maman et peut-être d'autres encore, puisqu'en faisant durer les tractations le gendarme a évité un carnage, tandis que pour le terroriste elle est la suite logique de sa rage destructrice. En décidant de tuer ses semblables, sous les prétextes fallacieux de la vengeance et de la haine de l'autre et de ses différences, ce terroriste corrompu par la propagande djihadiste a fomenté et exécuté son abject projet. Maintenant qu'il parait devant Dieu, il voit en pleine clarté son erreur monumentale et fatale sur Dieu et son acte odieux dans ce choix de tuer !

Le gendarme, lui, en venant à Dieu, ne fait que recevoir la confirmation de ce que sa conversion à Jésus et les évangiles lui avaient transmis de Lui, la vraie liberté, la responsabilité, le don de soi, l'engagement d'amour, le respect et le service du prochain. Le terroriste découvre qu'il s'est gravement trompé de Dieu, ce Dieu qu'il a prétendu servir alors qu'en réalité il en a sali et abîmé l'image reçue de lui en Jésus : "Qui me voit voit Dieu le Père"…

Le prêtre qui préparait Arnaud et Marielle à leur mariage prévu le 9 juin 2018 écrit : "En se livrant à la place d'otages, Arnaud est probablement animé avec passion de son héroïsme d'officier, car pour lui, être gendarme voulait dire protéger. Mais il sait le risque inouï qu'il prend. Il sait aussi la promesse de mariage religieux qu'il a fait à Marielle qui est déjà civilement son épouse et qu'il aime tendrement, j'en suis témoin. Alors ? Avait-il le droit de prendre un tel risque ? Il me semble que seule sa foi peut expliquer la folie de ce sacrifice qui fait aujourd'hui l'admiration de tous. Il savait comme nous l'a dit Jésus, qu' « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 13).

Tous deux, le lieutenant-colonel et le terroriste, poursuivent peut-être devant Dieu leur conversation. Imaginons que l'un pleure ses erreurs grossières et son péché mortel, très grave - "Tu ne tueras pas, jamais" -, et que l'autre, grâce à Jésus à qui il donnait priorité, lui accorde son pardon, acte tout aussi incompréhensible pour qui n'est pas disciple de Jésus et même inadmissible pour qui seule compte la condamnation définitive et même éternelle. Un martyr ne cherche pas à mourir, mais en établissant le cours de sa vie avec des priorités, il prend le risque, conscient et lucide, de la menace de coups et de mort ! Le kamikaze, lui, a pour objectif de tuer, en ciblant ou pas ses victimes potentielles, et il sait par avance qu'il sera abattu à son tour. Il s'agit donc d'une destruction programmée au nom souvent d'une idéologie fondée sur la caricature absolue de Dieu et la falsification des enseignements religieux.

Que de gâchis pour tout le monde, dont il faudrait au plus vite sortir grâce au concours "avisé" et "engagé" de chacun(e).