Je souhaite à tout être humain la liberté de conscience qui lui permette de réfléchir et d'agir, d'accroître ses capacités de connaître, de comprendre, d'assumer la responsabilité, de résister et de choisir face aux courants dérivants d'idées et de comportements qui le modèlent et le bombardent de produits culturels "congelés" et prêts à consommer dans une posture passive !...

Nos sociétés ne fonctionnent-elles pas trop à l'audimat et aux sondages d'opinion et pas assez par le recours au dialogue, au débat, à la consultation, sur la base d'éléments objectifs et transparents dans les problèmes posés ? S'appuie-t-on assez sur la lucidité éclairée de chaque citoyen ? Ainsi, comment ne pas souhaiter à tous plus de capacités à identifier les questions, les choix à effectuer et les solutions à chercher ? Comment ne pas souhaiter au monde actuel le courage dans la réactivité lorsque des décisions s'imposent, même si elles sont mal comprises sur le moment ?

Une société qui n'a de cesse de critiquer, de harceler, de réclamer, qui n'est pas assez mobilisée pour participer et inviter à prendre chacun sa part dans la résolution des problèmes collectifs, une société qui demande en toute circonstance d'être "assistée" et qui n'envisage son avenir qu'en termes de progression matérielle est-elle en bonne santé ? Ce besoin d'avoir toujours plus et "tout maintenant" n'est-il pas un signe inquiétant d'un rapport détérioré au temps ? Certes il y a encore trop d'êtres humains dans le dénuement, la pauvreté extrême et la précarité. Aussi comment ne pas souhaiter à tous un toit, un gagne-pain honorable, des vêtements, les moyens de fonder et de nourrir une famille, des lieux de connaissance et d'apprentissage, de transmission morale, spirituelle et religieuse ?

Avant de construire des tribunaux pour juger et condamner, des prisons pour enfermer, la société n'aurait-elle pas intérêt à se réarmer, à se débarrasser de toutes les formes de corruption, financières certes mais aussi morales et même intellectuelles lorsqu'elle ferme les yeux sur les mensonges et les contrefaçons de la vérité ! Comment ne pas souhaiter aussi que la vie humaine en toutes ses dimensions – physique, psychique, intellectuelle, spirituelle – soit protégée en priorité, mais aussi secourue, soignée : l'enfant à naître, les vieillards en fin de parcours terrestre, les malades cloués dans leur lit, les personnes atteintes d'un handicap et tous ces êtres humains de la planète Terre aspirant à une vie meilleure.

Enfin, cette société dans laquelle nous évoluons ensemble apparaît si souvent conflictuelle, blessée et affaiblie par un climat de violence. Je souhaite que soit ringardisée et même éradiquée toute idée et forme de violence, qu'elle soit verbale, physique, interpersonnelle ou sociale, économique, à l'intérieur des maisons ou dans les espaces collectifs, sur les chantiers ou dans les usines. Que l'intolérance et toute forme de pression, de harcèlement, soient bannies à jamais pour faire place aux droits reconnus et même appréciés à la différence, tout en cultivant le désir de s'écouter, de se respecter, de négocier et de progresser.

Souhaitons passer d'une culture de la critique systématique et publique à la culture de la négociation, de la concertation et de la décision commune qui implique et engage chaque partenaire par un clair accord ! Face à toutes les formes de violence qui sévissent – en paroles, en actes, en comportements -, qui blessent, salissent, détruisent, déclenchent les rivalités, les guerres, entretiennent les haines et les désirs de vengeance, la parade pour guérir de ces bas instincts est sans nul doute l'instruction qui donne des moyens de réfléchir et l'éducation qui donne ceux de la conscience morale. Comment ne pas souhaiter à la société contemporaine d'accéder à des moyens de mieux vivre ensemble, mais aussi à du bonheur éprouvé dans le respect des différences à tout moment menacées de devenir divergences et divisions, rivalités mortelles…