Lorsque j'ai reçu ma première nomination en juin 1969, j'ai alors connu la période de la Pastorale qui prônait la "proximité" par les réunions de quartier et le contact direct avec les jeunes sur leurs lieux de rencontres. Pendant 7 ans prêtre Fidei Donum en Afrique, j'ai mesuré l'importance d'apprendre la langue de l'ethnie pour essayer de comprendre un peu le peuple qui accueille. J'ai découvert progressivement que les mots du langage écrit ou oral sont le moyen à la fois d'entrer en communion avec un Peuple et les gens qui en font partie et à la fois le moyen privilégié de transmettre le Message.

La Parole permet d'entendre et de connaître. Elle véhicule les idées et la pensée, témoigne et atteste. La Parole distingue, différencie, et en même temps relie. La Parole crée un lien. L'univers est né de la Parole créatrice de Dieu. Jésus est par toute sa vie Parole du Père. Notre foi naît et se nourrit, se développe, par la Parole de Dieu. L'Eglise et ses membres sont communiés en Jésus-Christ par le lien de la Parole et du Pain de Vie qui les "entre-tient". Du coup chaque chrétien puise pour ses choix, ses actes, ses attitudes, sa conduite, à la source que sont la vie, les paroles de Jésus. Et autour de la margelle du même puits qu'est Jésus, les chrétiens se retrouvent et échangent des paroles qui induisent peu à peu des comportements semblables, des mentalités communes, une même culture inspirée de la même source même si elle se déploie dans des lieux et des milieux de vie très divers.

J'ai acquis dans le même temps cette conviction que, si la Pastorale ne peut plus envisager de diffuser le Message au travers des "œuvres" économiques, sociales, culturelles, autant qu'elle a pu le faire dans le passé, elle n'est pas privée du moyen formidable que sont le langage et la Parole. Et ce dans un monde qui donne une place prépondérante à la communication et qui en fait même un moyen de relier et d'unir l'humanité. Je ne vais pas citer ici tous les instruments permettant aujourd'hui de communiquer, de diffuser, de se parler et de se voir, d'une façon de plus en plus interactive, chacun les a en tête.

Pourvu que son langage soit simple, vrai, sage, sans excès, réaliste et inspiré, l'Eglise a aujourd'hui les moyens de faire entendre la voix du Christ "Chemin, Vérité et Vie". On a beaucoup insisté sur l'Incarnation géographique, historique, sociale, familiale, culturelle, de Jésus de Nazareth, et bien sûr on avait raison de montrer que Dieu en Jésus avait pris chair sur la terre des hommes. Or ce que l'on a dit ainsi, ne doit-on pas aussi le souligner à propos du langage ? Ne faut-il pas que les mots avec lesquels l'Eglise fait connaître Jésus pour que l'on puisse l'aimer et l'imiter soient eux-mêmes incarnés , c'est-à-dire conjugués à l'humain et au divin ? Des mots conjoints, mitoyens, qui disent Dieu et qui disent l'homme. Des mots qui s'enrichissent mutuellement. Des mots symboles. Comme aussi des paraboles !

Nous avons pu en Pastorale rechercher d'être physiquement présents pour transmettre le message. N'avons-nous pas, avec autant d'efforts, à rendre accessible et audible par un langage approprié ce même message destiné à ressourcer la vie de tous ?