A-t-on bien à l'esprit qu'un "enfant" à naître et un adulte désarmé par une grave maladie ou le poids des années ne détiennent eux-mêmes aucun moyen d'exprimer leurs vrais désirs de l'instant ni leurs droits personnels ! Ils ont donc besoin de "relais" qui témoignent en leur nom.

Or si l'on croit avec les chrétiens, à la suite de Moïse et de Jésus, que nul n'est en droit d'interrompre volontairement la vie de son frère, que penser de l'avortement, qui élimine un petit être humain et pas seulement une excroissance physique d'une femme qui peut faire dire à celle-ci : "mon corps m'appartient, aussi j'en dispose comme je veux" ? Avorter est de fait interrompre l'existence d'un fœtus… Un fœtus est-il en droit d'être reconnu comme une personne humaine, avec les mêmes droits humains que tous, sans avoir les devoirs qui vont avec puisque ses capacités pour les incarner ne sont que latentes et potentielles ?

On peut poser cette même question pour la fin de vie lorsqu'une personne n'a plus de facultés cognitives et affectives ni même parfois une lucidité de conscience suffisante pour se prononcer elle-même sur son présent et son avenir. Si le dégoût d'une existence pesante, le désir de ne pas encombrer son entourage, le degré de douleurs physiques pèsent lourdement et font réclamer la mort pour une personne, ne doit-on pas, plutôt que réclamer l'arrêt d'une vie, discerner le besoin de la soulager et de l'accompagner de soins chimiques, affectifs, moraux et spirituels ?

Ainsi pourquoi s'étonne-t-on encore que l'Eglise, et le Pape en tête, réaffirment si fort le droit à la vie, de ses commencements à sa fin ? N'est-il pas dans sa mission, au service de Dieu de vie et de l'humanité, de défendre les petits, les sans-voix, mais aussi les faibles et les blessés, les sans-terre et les sans-toit, les bébés dans le ventre de leur maman et les malades dont la vie amoindrie et démunie appelle à l'aide ceux dont le beau métier est de les soutenir, à l'image d'un corps qui vit grâce à tous ses membres divers, complémentaires et effectivement solidaires ?

Quand le pape François prêche l'accueil des migrants en danger de mort sur de fragiles embarcations au milieu des mers, quand il redit haut et fort le droit des peuples à la liberté, à la Paix, à la justice, à la nourriture – physique, culturelle et spirituelle -, à l'instruction et aux soins de santé, il se situe dans une logique de promotion globale et totale de la vie pour tous et chacun. En procédant trop souvent par extraction de petites phrases d'un contexte qui en expliquerait pourtant le fondement, en faisant appel aux idées brèves et souvent à la sensibilité et l'émotion, trop rarement à l'intelligence qui raisonne objectivement, la plupart du temps les médias enferment plutôt qu'ils n'aident à connaître et comprendre les positions différentes des uns et des autres.

Bien sûr, faut-il une fois de plus le redire, débattre de ces problèmes de nature et de vie ne signifie nullement que l'on prétende juger les personnes à travers leur opinion et même ce qu'elles font. On peut être en position de désaccord sur les idées et s'estimer avec un grand respect fraternel dans les relations habituelles.