Face à la détérioration rapide des climats et aux dangers qui menacent notre planète, "maison commune" où résident côte à côte tous les vivants, beaucoup prennent conscience de la nécessité urgente de "faire quelque chose". Or certains pensent que ne sont en mesure d'agir que les chefs d'état et les responsables économiques, producteurs et commerçants, seuls détenteurs de la capacité d'infléchir nos modes de vie collectifs. D'autres vont au contraire insister sur la part active que chacun peut prendre dans la modification raisonnable de nos rapports à la Nature, aux biens de consommation et à nos semblables !

Mais s'il y a un consensus pour regretter les désordres climatiques surtout parmi les gens qui en ont déjà souffert, rares sont les citoyens qui ont modifié leur quotidien en fonction des causes habituellement avancées de ces dérèglements. On a beau savoir, cela ne modifie pas nos habitudes. De plus, lorsque le gouvernement prend des décisions qui nous restreignent, on se met à protester en allant jusqu'à initier des pétitions ! Or cette incohérence dans notre raisonnement finit par disperser et diviser, alors qu'il y a urgence à remonter la pente vers laquelle la dégradation des climats nous fait peu à peu sombrer collectivement.

Si tout le monde, ou presque, est devenu lucide sur la gravité du problème climatique et les dangereuses menaces que cela fait peser sur notre Terre, la plupart d'entre nous n'en captent pas le message express d'avoir à envisager de vivre autrement ! Le moteur des publicités demeure de consommer toujours plus, donc de gagner plus, au moins de garder son pouvoir d'achat et si possible de l'augmenter, quand bien même on le jugerait suffisant. La locomotive de l'économie demeure toujours l'accroissement de la productivité et donc un élargissement des marchés, en vue d'un profit augmenté. Les états qualifiés d'émergents ne visent que d'accéder aux places "enviées" des pays les plus développés, financièrement et économiquement. Comment alors faire adhérer leurs populations à des modes de vie qui incluent la modération, la frugalité, jusqu'à la restriction volontaire ?

Il n'est que de voir chez ces flots d'immigrés, fuyant leur terre natale, une profonde aspiration à "recevoir eux aussi" leur petite part de ce que l'on appelle le "progrès" : les biens de consommation, l'argent, le confort, les loisirs et les plaisirs… Comment allons-nous alors leur faire comprendre que ces objectifs-là ne sont plus au programme de la façon excessive dont ils l'ont été, parce que l'on a compris que pour ménager notre maison commune, la Terre, il nous fallait être plus mesurés, plus sages… Qu'il nous fallait produire et consommer moins, avec maîtrise, sans compromettre l'avenir des générations futures. Qu'il nous fallait élargir notre champ de réflexion et d'action non pas catégorie par catégorie mais à l'échelle du monde entier, non pas au coup par coup et à court terme, mais en prévoyant les besoins actuels et à venir…

La tâche est bien sûr immense. Elle se heurtera toujours aux aveuglements volontaires, aux orgueils en éruption permanente, aux égoïsmes enracinés, à l'image de ces rochers fichés dans les déserts les plus rudes…