On entend souvent des citoyens réclamer de bénéficier de façon plus équitable de leurs droits à être scolarisés, à accéder à un emploi, obtenir un toit, emprunter des routes convenables et des moyens de transport de proximité, avoir accès à des soignants, des médecins, des infirmières, des kinésithérapeutes, des pharmaciens…, à fréquenter des terrains de sport, des lieux de culture et de loisirs pour tous les âges de la vie…

Le coût de la vie étant devenu élevé, certains citoyens réclament des aides financières plus conséquentes pour faire face à leurs besoins. On a même entendu proposer un "revenu" universel garanti afin que chaque citoyen ait au moins cette ressource assurée pour vivre. Les familles comptent sur les allocations familiales, les retraités sur le maintien et plus encore sur l'augmentation de leur pouvoir d'achat, les étudiants revendiquent la gratuité de leur inscription dans le parcours choisi pour leurs études.

Or, à force de n'entendre que des listes de revendications, souvent exprimées de façon individuelle, parfois même égocentrée, sans qu'à aucun moment ceux qui réclament n'aient évoqué l'origine des fonds que leurs attentes exigent, sans qu'une seule fois le Bien commun ne soit évoqué, nos responsables politiques ne peuvent que rappeler qu'ils n'ont pas été élus pour satisfaire les besoins individuels, mais pour établir les bases d'un vivre ensemble le plus juste, ordonné, harmonieux et équitable possible. D'ailleurs le terme même de politique ne signifie-t-il pas la mise en musique du Bien commun, démocratique ? Si mon voisin, mon frère, va bien, je vais mieux, je me porte bien. Et si c'est en effet un droit de pouvoir s'exprimer librement au moyen de mouvements publics et démonstratifs afin de se faire voir et entendre, il est tout aussi nécessaire de fournir des éléments pour démontrer la faisabilité des changements réclamés !

Chacun sait en conscience et en recourant à sa raison qu'additionner des biens individuels ou catégoriels n'assure pas forcément l'amélioration du Bien commun ! A cette logique du coup par coup, du pansement sur chaque bobo, les responsables à qui a été confiée la conduite du pays doivent substituer une logique de soins et de progrès de l'ensemble du corps social. De plus, apprendre à tenir compte des "autres", en fonction des moyens que la Nation détient et des projets qu'elle se propose de mettre en œuvre, n'est pas la mission de l'Etat seul, mais sollicite la compréhension et la contribution de tout citoyen et citoyenne.

Dans les époques de prospérité économique et de bonne santé financière, une Nation peut s'installer dans l'idée que le progrès matériel est illimité et que la capacité de consommer doit suivre nécessairement. Si le moteur de l'économie libérale est de produire, de vendre et d'acheter, face à ces trois fonctions il existe des disparités très importantes selon que l'on est privé de travail et de moyens financiers ou très bien pourvu de ressources régulières et à l'abri d'imprévus. Comment ne pas remarquer toutefois que les plus démunis et éprouvés ont souvent en commun de mettre en avant leurs droits particuliers et individuels, et de sembler omettre leur devoir de participer à l'instauration du Bien commun, les uns étant mobilisés pour conquérir et faire valoir leurs droits et les autres pour conserver ceux qu'ils détiennent.