16 avril 2009
Pas seulement Jésus ressuscité hier,
En Occident, Pâques est célébré au printemps, saison de renaissance de la nature. Les petites cloches des perce-neige ont sonné la fin de l'hiver. Les pâquerettes et les violettes, les jonquilles et les bourgeons ont annoncé le printemps naissant. Les oiseaux chantent à tue-tête et transportent les brindilles pour construire leur nid afin d'y accueillir des petits.
Dans ce climat de renaissance, voilà que les chrétiens célèbrent le passage que fit Jésus de la mort à la vie. La clarté grandissante et l'allongement des jours nous aident à comprendre que Jésus a troué la mort pour nous ouvrir à sa suite un chemin qui va à la lumière. Aussi célébrer Jésus ressuscité devient source d'Espérance, appui pour notre vie. Puisque, maintenant, Jésus demeure présent, vivant, dans nos cœurs et "entre nous".
Attention, Jésus n'est pas aujourd'hui vivant parce que des croyants gardent le souvenir de lui et en raison des témoignages transmis de ses apparitions comme ressuscité. Les croyants ne croient pas seulement à cause de Jésus du passé, mais parce que eux-mêmes ont expérimenté Jésus présent dans l'actualité de leur vie. Aussi, célébrer Pâques, ce n'est pas tant ouvrir un livre d'histoire qu'ouvrir un journal. Contemplons Jésus à l'œuvre dans l'esprit et le cœur, dans la vie de tant de gens qui servent et soignent les autres. De ceux qui refusent le recours à la violence et choisissent la rencontre et la concertation. De celles et ceux qui résistent au mensonge et aux calomnies qui détruisent, et agissent dans la vérité et la justice. Ils permettent au Christ de vivre aujourd'hui dans le monde, tous ceux-là qui s'inspirent de lui pour conduire leur vie. Ils sont les yeux, les oreilles, la bouche, les mains et les pieds de Jésus. Associés aux autres qui prêtent aussi leur humanité, ils forment ensemble le Christ vivant : "Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi", disait St Paul.
08 avril 2009
De la nuit surgit la Vie...
Quand le mal, la souffrance, la mort nous accablent,
Quand on n'a plus le goût à rien,
Quand on ne sait plus dans quel sens marcher...
Alors, la nuit risque de nous envahir : nuit de la peine, nuit de la tristesse, nuit du désespoir, nuit "sans lever du jour", sans ces petits matins qui réveillent et dynamisent à nouveau.
Un disciple dit : "C'est le Seigneur". Un autre témoigne : "J'ai vu le Seigneur".
Résurrection quand un pauvre se découvre en l'Eglise une famille.
Résurrection quand la violence fait place à la tendresse et le mépris au respect.
Résurrection chaque fois qu'une perte, un dénuement, un arrachement nous enfantent à une plus totale liberté.
Résurrection quand la main fermée s'ouvre au partage.
Résurrection chaque fois q'un vide nous ouvre un peu plus à l'accueil et la peine à une vie plus féconde.
Résurrection quand le regard qui juge devient sourire bienveillant.
... Comme tous ceux qui osent accorder de l'importance aux moindres petits signes d'espoir !
... Comme ce proverbe chinois disant : "Mieux vaut allumer une minuscule chandelle que maudire l'obscurité."
... Comme ces hommes et ces femmes de tous les jours et de tous les pays qui repartent chaque matin glaner les quelques fruits de labeur qui les feront vivre.
... Comme ces malades très atteints qui s'accrochent à la vie, qui osent sourire et accueillir malgré le poids de leur douleur.
... Comme ces gens qui, à force d'avoir faim de justice et d'amour, découvrent le Christ en chemin jusqu'à devenir disciples.
... Comme tous ces amis qui, ici, m'ont confié un jour ou l'autre : "Si je n'avais pas la foi, il y a longtemps que j'aurais mis fin à ma vie !"...
Oui ! Nous osons dire : "C'est le Seigneur !" ; c'est bien Lui qui est présent dans le cœur des hommes chaque fois que le désespoir est surmonté, chaque fois que la vie continue quand même.
Présence du Christ ressuscité dans nos gestes quotidiens de partage, dans nos innombrables réconciliations, dans ces multiples moments de joie partagée, dans ces invitations faites à "l'autre" de s'asseoir auprès de nous, dans cet accueil de l'étranger, dans ces amitiés cultivées...
Oui ! N'allons pas chercher le Christ ressuscité loin de nos lieux de vie, loin de notre ordinaire. Le Christ ressuscité, c'est la porte de la Vie définitivement ouverte...
La Résurrection, et alors ?...
Il n'est dans l'existence humaine ni destin ni fatalité, ni malédiction programmée. En toute situation qui enferme et étouffe, il est toujours une issue tournée vers l'Avenir. Dès l'instant où chacun reçoit la vie, il reçoit à la fois l'espace, le temps et la vocation à l'Eternité. Le jour et la lumière finissent par gagner en fin de parcours sur la nuit et l'obscurité. Parce que le Christ mort s'est relevé, celui qui le suit est sûr d'arriver vivant avec lui au bout de la route.
Par le "passage" ouvert de la Résurrection entre l'Eternité et le temps, entre le ciel et la terre, l'humain et le divin, les croyants aperçoivent la lumière qui les attend au-delà de l'horizon visible. Jésus Ressuscité donne la solution à la plus grande des énigmes qu'est la mort. Ainsi le fait que Jésus soit vivant n'éclaire pas seulement où l'on va, mais aussi d'où l'on vient et quel itinéraire il nous conseille : "Je suis le chemin, la vérité et la vie".
La foi habilite cette idée qu'il n'est pas seulement de vérité parce que prouvée et expérimentée par la Raison. La foi est créditée de vérité quand elle se fait voir dans les progrès et les transformations, les engagements durables d'une existence. On ne démontre pas qu'on a raison seulement par la rationalité, mais aussi par les fruits que porte l'arbre de la vie et qu'alimente la sève du cœur.
La Résurrection du Christ
Les chrétiens croient avec St Paul que "si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine ou vide" (1ère Corinthiens 1514). Mais quelle preuve a-t-on de la résurrection du Christ ? Est-elle un fait historique ?
La Résurrection est à la fois un fait historique et un événement fondateur pour la foi. Ce qui est historique, c'est le témoignage des Apôtres : des hommes qui avaient vécu avec Jésus et qui l'avaient tenu pour le Messie ont proclamé l'avoir vu vivant après sa mort sur la croix. Les Apôtres font deux expériences : le tombeau est vide, le corps de Jésus a disparu et quelqu'un se présente plusieurs fois à eux sans qu'ils l'identifient immédiatement comme étant Jésus qu'ils ont connu. Les manifestations de Jésus les invitent à réfléchir sur leur existence antérieure avec Jésus, ses paroles, ses actes, ses avertissements. Et surtout une conséquence majeure s'impose : leur personnalité est transformée. Leur engagement devient entier jusqu'à donner leur vie, sans jamais modifier leurs convictions, quoi qu'il en soit des menaces et des intimidations subies.
Le tombeau vide est un fait curieux qui pose une question. Ce n'est pas une preuve d'ordre historique. Mais le tombeau vide est mis en rapport avec les témoignages des Apôtres, et leur conversion, manifeste et durable, constitue un faisceau convergent de signes. Mais, ont objecté certains, les Apôtres n'ont-ils pas été victimes d'autosuggestion ? N'ont-ils pas voulu prendre une revanche sur la déception que la mort de Jésus leur avait infligée ? Saisis de remords de l'avoir trahi, n'ont-ils pas voulu le venger auprès des autorités qui l'avaient si injustement condamné, en le déclarant vivant ? Mais comment alors expliquer que tous les récits d'apparition sont marqués par l'imprévu, la stupeur et l'insaisissable ? Comme si ces visites inopinées étaient inattendues et inespérées. Comment comprendre que seuls des proches compagnons de route de Jésus ont été les bénéficiaires de ses apparitions de Ressuscité et l'ont reconnu comme celui qu'ils avaient connu ?
Ces pages d'Evangile qui relatent les apparitions du Christ Ressuscité ne sont pas des reportages, mais des témoignages de croyants. Elles font part d'expériences personnelles différentes et convergentes. Elles visent à susciter et alimenter la foi des communautés naissantes. Pâques nous invite donc à réfléchir non pas tant sur le fait de la Résurrection que sur le sens que ce fait a pris dans la vie des disciples et sur le sens qu'il peut prendre dans la vie des croyants actuels. Croire que Dieu a ressuscité Jésus, c'est croire qu'Il a donné raison ultime à tout ce qu'Il a été dans sa vie terrestre. A la Résurrection, Dieu paraphe l'existence du Christ par un "lu et approuvé". Ce "chemin, vérité et vie" est désormais ouvert et praticable pour tout être humain de tout temps et de tout lieu, avec la certitude d'arriver "à bon port".
Résurrection
Tout naît et tout finit. L'être humain aussi. La longueur et la teneur d'une vie ne changent rien à cette condition humaine universelle. Face à ce fait objectif que chacun constate, certains croient en une vie après la mort. D'autres nient toute vie en dehors de celle comprise entre la conception et le décès. La mort débouche sur l'anéantissement complet, disent certains. La mort débouche sur une vie déjà commencée mais qui se dépouille de son enveloppe physiologique, physique, charnelle, pour se transformer en une vie sans limites ni spatiales ni temporelles, qualifiée d'éternelle, disent d'autres.
Les uns et les autres ne peuvent apporter les preuves rationnelles et expérimentales de ce qu'ils croient. Pour les croyants, la foi prend le relais de la Raison qui avoue ne pouvoir se prononcer qu'en termes de savoir observable et démontrable. Pour fonder leur conviction, les chrétiens font appel à la confiance qu'ils ont en Jésus-Christ mort sur une croix à 33 ans et déclaré "ressuscité", relevé du tombeau, par des témoins dont la vie a été bouleversée et radicalement réorientée à cause de cette expérience qu'ils ont faite du Christ ressuscité. Convaincus que le Christ est vivant, leur vie passe de la peur à l'audace, du doute à la foi (Thomas), du reniement à la foi (Pierre), de l'ignorance à la connaissance (la conversion de Paul). Comment une supercherie aurait-elle pu générer l'Eglise des commencements jusqu'à maintenant à travers les vicissitudes, les persécutions, les faiblesses de ses serviteurs qui ont jalonné ses 2000 ans d'histoire ?
Or, si le Christ est sorti de la mort, c'est pour être vivant, autrement, en son Eglise. C'est aussi pour s'offrir comme un chemin où chacun(e) peut marcher et aller vers Dieu pour demeurer en lui éternellement. Les chrétiens croient que l'horizon de leur existence n'est pas la mort, mais la vie divine. Entre la vie actuelle et la vie éternelle, il y a la ressemblance et la différence entre la chrysalide et le papillon, le même insecte mais transformé et évolué, arrivé à maturité. Le temps d'une vie n'est pas de trop pour parvenir à ce stade où l'on peut passer d'un bord à l'autre, comme un bateau accoste à l'autre rive après une traversée plus ou moins difficile et risquée. La mort peut encore être ce moment où le montagnard parvient au sommet de la montagne et passe d'un versant gravi à l'autre versant caché qu'il ne peut découvrir qu'en quittant le premier.
Tout ce qu'il y a de divin dans le cœur humain, l'amour, par exemple, est garanti d'éternité par Dieu. Car Dieu ne meurt pas. Il EST depuis toujours et pour toujours. Ce que quelqu'un a développé en lui et qui a son origine en Dieu n'est pas détruit mais retrouve sa source, tel que la liberté, la vérité, la justice et, principalement, l'Amour. Ce que St Jean a traduit en disant : "Mes bien-aimés, parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie".
Autour du feu pascal
Nous sommes dehors. Sur le seuil. Dans la Nuit. Dans la vie. Dans le Monde. Jésus est venu habiter parmi nous. Pour apporter la lumière. Dans la nuit de nos vies.
Dans cette nuit, un feu. Préparé. Allumé. Il attire. Rassemble. Rassure. Scintille. Ilumine. Il nous éveille, nous réveille, nous appelle à le suivre. Il est signe d'un temps nouveau. Lumière jaillie du tombeau. Feu de la Pâque.
Sur ce cierge nouveau qui accompagnera nombre de célébrations durant toute cette année, deux lettres sont gravées : alpha et oméga. Première et dernière lettres de l'alphabet grec. Dieu début et fin de tout et de tous. Du cierge Pascal va naître un Peuple en marche, porteur de lumière, reçue et communiquée. Le Christ ressuscite comme il a donné sa vie : pour tous. La Bonne Nouvelle est pour tout le monde.
Le cierge Pascal, Christ ressuscité, nous allons le suivre pour partager la Parole et le pain de vie de Jésus-Christ Plongée dans l'obscurité, l'annonce du Dieu vivant va enflammer notre marche humaine. Alors pourra jaillir l'exultet, poème d'amour et d'action de grâces. Nos visages seront illuminés de flammes vacillantes. Dans la lumière du Christ, nous nous reconnaîtrons enfants d'un même Père.
"Exultez de joie, multitude des anges, exultez serviteurs de Dieu, sonnez cette heure triomphale et la victoire d'un si grand roi. Sois heureuse aussi notre terre irradiée de tant de feux, car il t'a prise dans sa clarté et son règne a chassé la nuit".
Veillée pascale
Quel paradoxe ! Alors que plus d'un milliard de chrétiens célèbrent Pâques, cette fête qui témoigne que la violence et la mort n'ont pas le dernier mot, l'actualité est remplie d'images de blessures, de sang, de pleurs et de mort. Ce que nous voyons et entendons ne fait qu'ajouter aux souffrances ressenties lors de la disparition de proches morts de maladie ou d'accidents sur les routes.
La mort aujourd'hui semble l'emporter sur tous les bourgeons qui font jaillir la vie. Comme si tout cela désignait l'homme comme incapable de maîtriser la haine et les violences. Comme si tout cela pointait le doigt vers Dieu délaissant la cause et l'avenir de l'humanité. Comme si tout cela voulait définir la vie comme un non sens.
La lucidité force à demeurer debout et à combattre sans cesse avec les armes de la volonté, de la logique, de la raison et de la foi. Témoigner de l'Espérance, même lorsque tout semble fichu, c'est oser défendre la victoire de la vie sur une culture de mort. C'est être aujourd'hui et demain compagnon d'humanité dans ce monde si souvent imprévisible et difficile à entendre. Auquel pourtant Jésus est venu donner son sens plénier.
Si pendant cette trêve pascale, en offrant les traditionnels chocolats aux enfants, en se retrouvant en famille ou entre amis, chacun a l'envie et la force de tordre le cou aux mauvaises nouvelles pour exprimer un peu de joie, quelques touches d'optimisme, quelques beaux projets de paix, alors Pâques retrouvera des couleurs. Oui ! Parce que, le premier, Jésus est sorti vivant de la mort, à Pâques on est en droit d'Espérer. Vraiment.
L'Espérance de Pâques
"De quoi nous et le monde avons-nous le plus besoin en ce moment ?" La réponse qui me vient immédiatement est : "d'Espérance"... En effet le mieux qui puisse nous arriver en cette fête de Jésus ressuscité c'est que soit ravivée en nous la flamme chaleureuse et lumineuse de l'Espérance.
Toute notre foi repose sur le Christ ressuscité. S'il n'est pas ressuscité, Jésus est un mythe. S'il est vivant, tout est vrai et redevient possible. Puisque Jésus a vaincu la souffrance et la mort et qu'il est vivant, il nous est donc possible à sa suite de sortir vivant des épreuves d'une existence humaine.
Pourtant l'actualité, par moments, ne porte pas à la confiance et l'Espérance. L'Espérance ne va pas de soi. L'Espérance apparait si vulnérable. Selon Péguy, même Dieu s'interroge sur l'Espérance : "ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'Espérance". ¨
Pendant 3 ans, les proches de Jésus avaient misé leur vie sur lui. Mais la tournure prise par les événements, la mort au Golgotha, les anéantissent. Ils sont désemparés et apeurés. Ils sombrent dans le désespoir. Mais voilà que la Résurrection de Jésus rallume en eux le feu de l'Espérance. Ils sont bouleversés et transformés, forts. Cette expérience inattendue du Christ vivant les retourne. Et rien n'arrêtera leur courage et leur conviction forte. Notre foi se rattache à la foi des Apôtres convertis à la Résurrection. Sans parler de notre propre expérimentation du Christ vivant aujourd'hui. La mort de Jésus avait éteint en eux l'espoir mis en lui. En ressuscitant Jésus, Dieu leur fait don de l'Espérance.
L'Eglise est bâtie sur cette Foi. Dans cette immense champ de bataille entre le bien et le mal qu'est le monde, tous ceux qui savent voir les merveilles de don et d'amour qu'il y a en l'homme, tous ceux qui ne sont jamais lassés de faire confiance à l'homme sont des messages d'espérance. Dieu ne devait pas s'étonner de l'Espérance. Pour les chrétiens, elle est indestructible, puisqu'elle est enracinée dans la Résurrection du Christ qui garantit que la mort n'a jamais le dernier mot. Qu'elle a été et sera vaincue par la Vie.
Parce qu'elle croit que la vie a un sens, l'Espérance donne le goût de la marche. Parce qu'elle croit que rien n'est fatal, l'Espérance donne envie de faire du neuf. Comme l'écrivait Jürgen Moltman dans son ouvrage "Théologie de l'Espérance", "l'Espérance chrétienne ne représente point quelque aveugle optimisme. Elle garde les yeux ouverts. Elle constate la souffrance et pourtant elle croit à la liberté. L'Espérance doit traverser la souffrance et le sacrifice pour devenir une espérance avisée. Nous avons connu trop d'espérances qui se changeaient en résignation ou en violence au premier obstacle. L'art de l'Espérance, c'est la persévérance". Bernanos disait : "l'Espérance est un risque à courir".
