Les billets du Père Lucien Marguet

Chroniques et billets de réflexion sur des thèmes religieux, de société et d'actualité

16 janvier 2009

"Il faudra leur dire"

De nombreux parents s'avouent aujourd'hui en difficulté dans l'éducation globale de leurs enfants. Des enseignants et des éducateurs pourtant compétents et passionnés par la profession qu'ils ont choisie sont parfois tentés d'abandonner ce qu'ils ont toujours considéré comme des exigences incontournables de l'éducation des enfants et des jeunes.

Les enfants actuels sont sans doute les mêmes que ceux d'hier, mais c'est l'eau du bain dans lequel ils nagent qui a considérablement évolué. Le bain comporte plus de loisirs, de télévision, d'ordinateur, de téléphone portable, d'accès aux informations et aux distractions les plus diverses... Il offre aussi plus de possibilités diverses et demande beaucoup moins d'efforts... La priorité est donnée au confort matériel et à l'argent, au tout tout de suite, au perceptible et au sensible, à l'expérimentable. La spéculation et la Mystique, les questions de religion, ne sont pas cotées. L'instantané, le mesurable, le vérifiable étouffent facilement toute velléité d'intériorité.

Les enfants et les jeunes ne risquent-ils pas alors d'ignorer que la vie vient d'une source et comporte un au-delà qui est un point d'arrivée et d'achèvement ? Ils risquent d'ignorer longtemps des capacités et des potentialités avec lesquelles pourtant la nature humaine les a fait naître.

"Il faudra leur dire", comme le dit la chanson, que l'homme n'est pas un hasard de l'évolution de l'univers. Que toute vie humaine est sous garantie sacrée par son créateur. Que toute l'histoire est confiée aux hommes, capables de l'orienter par leur liberté et leur responsabilité.

"Il faudra leur dire", mais qui le leur dira ? En quel lieux et en quelles occasions ? L'Eglise continue, par le catéchisme, les aumôneries, les groupes et les mouvements chrétiens, à annoncer que l'homme a une âme, une origine et une destination divines. Prenons les moyens de leur faire savoir...

Dans le contexte de la "crise" actuelle qui, bien plus que financière et économique et par voie de conséquence sociale, est aussi morale et spirituelle, les croyants sont invités à se demander quel rôle "spécifique" ils doivent jouer.

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Personne n'existe par soi seul…

Personne ne peut dérouler seul sa vie. On ne naît pas seul, mais de parents. On apprend à parler, marcher. On connaît, on comprend, grâce à ceux qui, ayant eux-mêmes reçu, transmettent. Les savants actuels profitent des acquis de leurs prédécesseurs. Ils s'appuient dessus et peuvent ainsi poursuivre de nouvelles recherches. Toutes les expériences humaines faites peuvent aider à se situer aujourd'hui dans la vie.

La tradition et la transmission conditionnent d'être assurés d'un avenir. Refuser, oublier, arrêter de transmettre, c'est amputer les générations qui se succèdent de l'héritage et de la possibilité de faire fructifier le patrimoine accumulé.

On peut dire que Jésus s'est situé dans cette logique de la transmission entre celui qui reçoit et donne à celui qui à son tour donnera. La tradition religieuse et la transmission de la foi en paroles et en actes relient et unissent les croyants d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de l'avenir en une grande chaîne, en particulier par la parole et le pain de vie du Christ. Il revient à chaque baptisé non seulement de conjuguer son existence à l'Evangile, mais de passer le témoin des convictions qui l'animent à ses proches. Ceux-ci demeurent libres d'accueillir ou de refuser ces principes de vie, mais encore faut-il qu'ils leur aient été proposés.

Le Pain de Vie du Christ qui nourrit les chrétiens actuels a ainsi accompagné comme un viatique les vingt siècles d'histoire de l'Eglise. Une communion au travers l'espace et le temps.

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20 novembre 2008

Savoir et aimer dire merci

Jésus allait à la rencontre des gens. Il s'arrêtait, écoutait et parlait. S'il le fallait, il secourait qui en avait besoin. Malades, handicapés, pécheurs, exclus et blessés de la vie..., Jésus agissait en leur faveur. Son amour des personnes et des foules rencontrées était permanent.

Or il est rare que les évangiles fassent mention de signes de reconnaissance de la part des bénéficiaires de l'action bienfaisante du Christ. Sur 10 lépreux guéris, un seul reviendra sur ses pas pour dire merci à Jésus. C'est plutôt l'ingratitude qui heurte le lecteur des évangiles.

Pierre est appelé à marcher tout près de Jésus pendant trois ans. Lui, si proche, dira du maître, par trois fois, qu'il ne le connaît pas.

Sur les douze disciples dont Jésus dira : "Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis", un seul, Jean, sera au pied de la croix pour assister Jésus à sa mort et Marie sa mère dont le cœur est douloureux de perdre ainsi son fils.

Amnésique et versatile, telle est cette foule qui a tant écouté les paroles de Jésus et qui, après l'avoir tant acclamé à son arrivée à Jérusalem, réclame que Pilate le condamne de préférence à Barrabas.

La culture dans laquelle nous baignons actuellement nous porte-t-elle à la gratitude et à la reconnaissance ? Que de fois voit-on des gens réclamer, exiger, faire valoir leurs droits et leur dû... et si peu de gens dire merci à l'autre qui leur a fait du bien...

Or, savoir et aimer dire merci à l'autre, c'est, au-delà de la simple politesse, lui confirmer que son existence compte beaucoup pour soi. Dans une société où tout s'achète et se vend, la gratuité et la gratitude sont des biens précieux qui tissent la toile des liens humains.

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17 septembre 2008

Les « bons » éducateurs ?

Les bons éducateurs sont des semeurs. Ils aident à grandir. Mais sans prétendre faire la pluie et le beau temps. Ils ne tirent pas sur les jeunes pousses pour hâter leur croissance. Ils ne demandent pas aux enfants d’être adolescents ou jeunes, ni à ceux-ci d’être adultes avant l’âge. Ils sont patients et confiants. Ils n’exercent leur autorité ni par la menace, ni par la séduction, ni par la crainte, ni par la domination, ni par la fascination... Ils ne recherchent aucune emprise, ni morale, ni psychologique, ni spirituelle. Ils n’imposent jamais de pensée unique ni uniforme.

Ils cherchent à donner à ceux sur lesquels s’exercent leur autorité et leurs responsabilités des connaissances et des moyens d’analyse, des capacités de choisir et d’agir par eux-mêmes. Les bons éducateurs se réjouissent de voir que l’on peut prendre des initiatives, penser par soi-même, conduire sa propre vie, développer une autonomie progressive. Eduquer, ce n’est jamais subjuguer, avoir une emprise jusqu’à diriger les consciences comme un marionnettiste manipule ses personnages au bout de ses ficelles.

Le verbe même « éduquer » suggère au maître de s’effacer (ex) et de laisser partir et s’éloigner le disciple (ducere). Pour être « bons », les éducateurs doivent allier en eux les dons de prophètes, de docteurs, de sages et de saints. Certains peuvent être tentés de démagogie, de séduire, de ruser, d’éblouir, de scotcher une clientèle de fidèles qui, médusés, « regardent le doigt de celui qui montre les étoiles dans le ciel ». Certains autres, par démagogie ou démission, ne proposent plus aucune exigence. Ils mettent la barre très bas, ce qui ne demande pas d’efforts.

Une autre tentation est de ne proposer que la distraction. Selon ce principe tout doit être attrayant et procurer du bonheur immédiat. Toute transmission et initiation se transforment alors en divertissement dont on s’aperçoit parfois trop tard qu’il appauvrit au lieu d’enrichir.

L’éducation est un art et un don précieux...

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04 juin 2008

Eduquer la conscience morale

Dans l'éducation des enfants, celle de la conscience n'est pas la moins importante. Elle permet en effet d'apprendre à discerner le bien et le mal, et de faire le meilleur choix. A savoir celui qui sera possible, profitable à soi et aux autres, qui fera progresser l'enfant de corps, d'esprit et de cœur. Exercer sa conscience, c'est devenir toujours plus capable de se diriger par soi-même et donc développer l'autonomie de la personnalité et la capacité à prendre des initiatives.

Une conscience est éclairée quand elle sait prévoir les conséquences des actes, des paroles, des comportements. Quand elle sait évoluer et mobiliser l'énergie et le courage, la confiance que demande telle ou telle décision. La conscience a besoin d'être informée des lois, des droits, des interdits qu'il est recommandé de respecter, des pièges et mirages qu'il faut par contre éviter. La conscience des enfants et des jeunes a besoin d'être téléchargée de repères, bornes, signaux, qui leur permettent d'apprendre à piloter leur existence, de choisir, d'agir et de s'y tenir avec endurance et ténacité. Activée, la conscience se développe et rend responsable. Ignorée, elle ressemble à une terre en jachère, où les mauvaises graines apportées par les vents dominants vont pousser facilement.

Mieux vaut prévenir par une éducation ferme et claire qu'essayer de guérir quand les signes d'une vie sans boussole ni gouvernail font craindre un naufrage. N'est-il pas insensé de penser que les enfants découvriront la bonne route sans l'aide de quiconque ? N'est-il pas illusoire et même coupable de ne pas leur apprendre les règles permettant de construire une vie personnelle réussie au milieu des autres ? Il est plus que nécessaire de ne jamais oublier de développer la conscience morale que chacun détient en lui.

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Une école catholique

La grande chance de l’école catholique, c’est la liberté qu’elle a de pouvoir répondre, sans restriction et sans tabou, à toutes les questions des enfants et des jeunes. Si sa première mission est bien sûr de transmettre des connaissances et d’instruire, elle n’en oublie pas son rôle d’éveil des consciences au discernement entre le bien et le mal, à l’éducation morale personnelle et sociale. Comme un levain dans la pâte, l’école catholique est un lieu d’initiation religieuse et de proposition de la foi chrétienne. Ainsi l’école trouve sa cohérence dans la possibilité d’aborder tous les sujets dès lors qu’ils présentent un enjeu pour la construction de la personnalité des élèves, leur avenir, et un apport positif à la quête de sens à leur existence.

De même qu’il existe une médecine qui appréhende le patient dans sa globalité, de même on peut dire que l’école catholique prend en charge, avec le soutien de la famille, la globalité de l’élève : sa vie intellectuelle, physique, morale et spirituelle. L’école catholique détient les moyens de répondre à ses diverses missions avec une belle cohérence, sans être tiraillée. Les parents qui inscrivent leurs enfants à l’école catholique espèrent de bons résultats aux examens. Ils attendent aussi que leurs enfants y reçoivent des valeurs humaines, des normes et repères pour choisir et agir, ils attendent que leur soient indiqués des interdits, des balises, des itinéraires sûrs pour progresser. Cette chance-là, l’enseignement catholique doit la saisir et la considérer comme une responsabilité à conjuguer à toutes les saisons de l’enfance, jusqu’à la jeunesse en passant par l’adolescence.

La communauté éducative, qui contribue à faire vivre les valeurs de respect, de liberté et de responsabilité, de franchise et de vérité, d’intelligence et de cœur, de volonté et d’endurance, de générosité et d’ouverture aux autres, se compose de tous les adultes travaillant dans l’école. Direction, enseignants, animation religieuse, restauration, entretien et maintenance, c’est la cohésion éducative de tout son encadrement qui contribue à la qualité de l’école.

L’école catholique témoigne de son caractère propre par sa ténacité à développer chez les enfants en difficultés passagères ou durables les potentialités et capacités, les dons et talents, les qualités et charismes. L’école catholique dit son enracinement évangélique par sa détermination à aider tous les enfants et les jeunes, dans leur diversité d’origine, sans jamais laisser aucune vie en jachère ni à l’abandon... Etre libre et catholique, c’est une grande chance pour une école, du coup aussi une responsabilité auprès des élèves. C’est même déjà un projet à viser et un trajet à suivre.

Posté par lucien marguet à 16:48 - Education - Commentaires [1] - Permalien [#]



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