Les billets du Père Lucien Marguet

Chroniques et billets de réflexion sur des thèmes religieux, de société et d'actualité

25 août 2009

C'est la rentrée

Après la période de l'été, la trêve des congés et l’intense activité des récoltes, la rentrée voit des portes d'école s'ouvrir sur des élèves égayés par les souvenirs à se raconter et heureux de se retrouver. Les usines et ateliers redémarrent. On interroge les carnets de commande. Les commerces, les services, les associations retrouvent leur « clientèle habituelle ». Les achats ne sont plus tournés vers les loisirs, mais vers les fournitures scolaires.

Une « nouvelle année » qui commence ressemble à des pages blanches qu'il faut écrire chaque jour, à un livre qui s'ouvre et que l'on découvre. Les églises à l'assistance clairsemée pendant l'été voient les communautés paroissiales se reconstituer peu à peu. Ceux qui ont voyagé ou séjourné "ailleurs" peuvent faire part de leurs découvertes culturelles et cultuelles de vacances. Le corps reposé, l'esprit détendu, chacun retrouve son chez soi et les siens. Le quotidien reprend le pas sur l'exceptionnel, la rédaction du texte sur la parenthèse ou la marge !

La vie paroissiale reprend vigueur. Le caté redémarre. Les jeunes reçoivent des invitations à poursuivre en équipe. Les mouvements de réflexion et de prière, de partage biblique, redémarrent.

Ainsi tout début offre une chance de commencement, de recommencement, de changement, de progrès ! La rentrée ouvre à un avenir où beaucoup est possible, envisageable et réalisable. Pourtant très conscient et confident de difficultés rencontrées, de fardeaux lourds à porter pour nombre de gens, je vois quand même la rentrée comme une chance offerte de renouveler notre confiance, notre courage, notre enthousiasme… Il ne faudrait pas qu'à scruter l'horizon et à deviner les obstacles qui vont se dresser en chemin on en soit déjà accablés et démoralisés ! Il y a un temps pour tout. Septembre, c'est l'ouverture !

« Embarqués » en Eglise,  larguons les amarres qui nous retiennent pour oser l’Avenir, ses risques et ses chances !...

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03 juillet 2009

Vacances : accueillir ce temps libre...

La Bretagne et ses plages... La Corse et ses calanques... La montagne ou la France "profonde"... Notre ville et notre village... Notre quartier... A l'hôtel ou en gîte rural... En voiture ou le long d'un chemin de grande randonnée...

Quels que soient notre mode de vacances, le lieu choisi ou l'itinéraire..., pour beaucoup d'entre nous, les vacances sont à la porte. Sans oublier tous ceux qui resteront chez eux pendant l'été, je voudrais à ceux qui partent souhaiter "Bonnes vacances".

Après onze mois de travail, de stress, de courses contre toutes sortes de montres, nous avons soudain le temps : une grande plage de temps, virginale comme à l'aube des siècles. Il nous revient d'y tracer, avec les caractères de notre choix, notre vie d'un temps.

Brisons les mots. Ne parlons plus "emploi du temps", "gagner du temps". Ne cherchons plus à "tuer le temps", laissons-le plutôt nous donner la vie et nous réconcilier avec lui. Pendant l'année, il passe tellement vite que nous n'avons même plus le temps de le voir passer.

Asseyons-nous au bord de ce mois pour regarder passer le temps. Descendons de nos TGV pour prendre les tortillards de montagne, quittons nos autoroutes pour les chemins de campagne. Déposons agenda, montre, réveil, horloge, au mont du temps. Prenons d'abord le temps de savourer le temps, d'accepter l'idée que nous avons du temps, de résister à la tentation de le meubler. Ce serait le contraire de la "vacance", du vide.

Il est temps de partir à notre propre découverte. Et, pour cela, il faut du temps. Lorsque le vide se sera fait en nous, nous découvrirons qu'au fond de notre être dormait un Hôte que nous avions oublié de réveiller. Dieu ne fait pas de bruit, il se laisse facilement mettre de côté, pour un temps. Les vacances seront peut-être l'occasion de reprendre conversation avec Lui, de Le retrouver, discret mais toujours présent. A travers les splendeurs de la Création, la lecture, la prière, le temps de retraite, non pas pour combler la vacance mais pour nourrir notre désir. Que Dieu creuse notre absence, afin que le vide crie vers Lui, et que la vacance appelle sa Présence.

Cet hôte intérieur, Premier-né d'une multitude de frères, nous envoie vers eux. Vacances  ! Temps donné pour se retrouver en famille et non plus se croiser au hasard d'un petit-déjeuner avalé l'œil sur la pendule, à cause du temps ; s'écouter et non plus s'entendre partir ou arriver ; partager ses rêves, ses lectures, ses questions, au lieu de mettre un billet sur le frigo ; partir se promener ensemble au lieu de "s'envoyer promener" parce qu'on a tellement peu de temps pour son propre chemin qu'il serait illusoire de penser qu'on en a pour les autres.

Ce sera aussi peut-être le temps de donner un peu de temps à ceux qui en ont tellement qu'ils n'en finissent pas de le voir passer : les malades, les isolés, les personnes âgées, les enfants... "Va, vends tout ce que tu as. Ta richesse d'un temps, donne-la aux pauvres, et ce faisant, sans que tu t'en aperçoives, tu auras mis le pied sur mon chemin d'éternité." Alors, à la croisée des chemins, nous trouverons Celui qui a toujours le temps de nous écouter, de nous enseigner, de nous guérir, de nous nourrir. Le Maître du Temps et de l'Histoire, l'Alpha et l'Oméga.

Il y a un temps pour tout...

Aujourd'hui, c'est le temps des vacances !

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DIEU AIME LES VACANCES

Lorsque Dieu eut terminé la création après six jours de travail, il se reposa :

VACANCES !

Et ce même Dieu qui a appelé l'homme à la dignité de collaborateur dans l'oeuvre de la création, pour aider à la conduire, par son travail, à son terme, en Jésus-Christ, est aussi celui qui a ordonné à l'homme des temps de recul par rapport à son travail, pour retrouver le sens de ce qu'il a fait.

C'est Dieu lui-même qui lui a commandé le repos :

VACANCES !

"Pendant six jours, tu travailleras, mais le septième jour c'est repos en vue du Seigneur ton Dieu".

L'homme créé à l'image de Dieu se repose aussi comme le créateur : "En six jours, Dieu fit le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, mais il a chômé le septième jour".

Nous voici donc maintenant ou prochainement en vacances. Nous voici au bord de la mer, ou en montagne, avec de beaux paysages, du soleil, une riante campagne, dans un cadre magnifique... Après des mois de travail, faisons de ces jours ou semaines de repos un "repos en vue du Seigneur". C'est si simple ! Et nous retrouverons une dimension profonde de notre être. Par exemple : ce "bain de soleil", qu'il soit comme un bain de création retrouvée, un bain de prière en même temps : "loué sois-tu, mon Créateur, pour notre frère Soleil qui brille dans le ciel, qui nous éclaire et nous réchauffe, qui pare de mille couleurs ce qui nous entoure !"

QUE "VACANCES" EGALENT "PRIERE"...

Chacun peut en ces jours de vacances découvrir ou redécouvrir, chacun à sa manière, chacun à son rythme, le vrai Soleil de notre vie. Celui à qui nous laissons d'habitude si peu de place. C'est peut-être la seule chose qui manque à nos vacances pour qu'elles soient de vraies vacances et pour que notre travail, notre vie "normale", tous les autres mois de l'année, trouvent leur sens.

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20 juin 2009

Tourisme en Ardennes

Pendant les vacances...

Aimer sa terre natale fait un devoir à chacun de la faire connaître. Or, cette terre c'est aussi un pays avec sa géographie, son relief, sa géologie, c'est son peuple, son histoire, sa créativité et ses malheurs, ses réussites et ses échecs.

Loin de se replier sur elle, cette terre ardennaise entend mettre en valeur les talents de ses habitants, attirer les regards sur un environnement reposant et des paysages exceptionnels. Pour peu qu'ils ne traversent pas le département en coup de vent et qu'ils prennent un peu de temps pour s'intéresser à ce qui leur est proposé à contempler et à entendre, voire goûter, avec des tables bien garnies, les touristes attentifs seront conquis ! Bien sûr, ils auront le désir de revenir pour continuer la visite, découvrir les forêts, la faune et la flore, contempler la diversité des panoramas,  les plongées sur la Meuse sinueuse et majestueuse, admirer le beau pays d'Arthur Rimbaud et d'André Dhôtel.

Les touristes désireux d'approcher l'âme de ce "coin de France" apprécieront d'entendre les légendes ardennaises. Car en Ardennes on a su garder ces racines qui plongent profondément dans le passé et la tradition, tout en s'ouvrant à l'industrie moderne et performante du 21ème siècle.

Le Musée de la Forêt, les croisières sur la Meuse, les sentiers de randonnée, les descentes en kayac de la Semois, les ballades en train des trois vallées, le bas fourneau à Vendresse, les spectacles d'été au château de la Cassine (cette année sur André Dhôtel) et, en septembre prochain, le très célèbre Festival des Marionnettes, disent qu'en Ardenne on aime conjuguer nature et culture, enracinement et mouvement, et, au centre de tout, mettre l'humain.

On entend parfois dire du mal du climat des Ardennes, mais, renseignements pris aux stations météo, il est des plus sains !

Ainsi nul ne sera étonné de constater que dans ce département désormais bien desservi par une voie rapide qui le relie aux réseaux autoroutiers, les gîtes ruraux se sont multipliés pour accueillir les touristes et vacanciers de plus en plus nombreux et fidèles. Ces lieux d'accueil et de séjour, avec tous ces atouts culturels et touristiques, démontrent qu'il fait bon vivre sur la terre d'Ardenne !

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01 janvier 2009

A la charnière d'une année qui finit...

A la charnière d'une année qui finit et d'une autre qui commence, il est à contempler un bébé dans une mangeoire. On apprendra qu'il est le fils de Dieu venu sur terre. Il unit en lui le divin et l'humain. Le ciel et la terre. Et il passera son temps à rassembler les gens dispersés.

Or un bébé, c'est l'image même de l'Avenir. Il n'a pas de passé et son présent tout récent ne nous laisse que des interrogations sur son itinéraire ! Qui sera-t-il ? Que dira-t-il ? Que fera-t-il ? Qu'apportera-t-il ? Que deviendra-t-il ? Que laissera-t-il derrière lui ?

Ce qui s'est passé cette année dans notre vie pour nous, pour nos proches et dans le monde, de bien et de mal, de réussite et d'échec, de progression ou de régression, nous fait parler et réagir. Peut-être regrettons-nous ce que nous avons dit, fait ou pensé, ou omis de faire ! Peut-être au contraire sommes nous fiers et approuvons nous, après coup, notre attitude.

Or ce qui a été ne peut être effacé. Seules les conséquences peuvent être corrigées s'il est besoin. Si l'on a été mal compris, au lieu de se parler et s'expliquer on a laissé se creuser la distance et s'installer l'incompréhension... Trop souvent dans la communication et les relations on ne retient que l'action et les paroles, et trop rarement on s'intéresse à l'intention qui les motive. Pourtant c'est vrai, le passé échappe. Seul le futur se propose à nous.

Aussi, au moment où commence une nouvelle année, nous sommes un peu comme des enfants à leur naissance. Comme une page blanche à écrire, un jour qui se lève, un début de vie... un recommencement. Et pour nous faire traverser d'une année à l'autre, un bébé, première image donnée par Dieu sur terre de lui-même. L'image de la vie, de l'Amour, de l'Espérance, de tous les possibles, de l'humilité et de la faiblesse. Comme la graine devient arbre... Comme un peu de levain dans la pâte, comme une pincée de sel donne saveur aux aliments et comme une petite lumière dans la nuit montre la route... Comme la foi de Jésus, sa confiance à son Père, vont soulever les montagnes.

Certes nous ne pouvons oublier quelle a été pour nous cette année passée puisqu'elle a créé, en partie, nos conditions de vie actuelle. Mais nous ne devons pas nous laisser enfermer et décourager, ni baisser les bras, devant les choix, les décisions et les engagements que cette nouvelle année nous appellera à prendre. Avec la grâce de Dieu, la présence de l'Esprit Saint et du Christ, vrai GPS de notre chemin d'humanité.

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06 septembre 2008

Commencer... recommencer...

Après chaque été, une année recommence. Les enfants reprennent le chemin de l'école, les jeunes celui du collège, du lycée, des études supérieures. Pour d'autres, le parcours de la recherche d'un emploi a commencé dès qu'ont été connus les résultats des examens. Ce sont pour beaucoup les premiers pas dans la "vie active".

Des commerçants ont renouvelé leur vitrine, dans les usines les équipes de maintenance ont nettoyé, réparé les machines. Les commerciaux ont l'oeil à leur carnet de commandes. Chacun va retrouver son poste. La circulation nonchalante et fluide en été reprend de la vigueur aux heures de pointe. La vie des familles est de nouveau soumise aux cadrans des horloges et des montres.

Dans une vie qui a poursuivi son cours, une reprise d'année est toujours un grand moment. Recommencer, c'est se préparer à refaire des mêmes choses, et en même temps c'est aussi espérer, dans la nouveauté, progresser...

Nul ne pourrait commencer ou recommencer s'il n'était nourri de confiance et d'espoir. Les relations humaines, conjugales, familiales, sociales, sont elles-mêmes ensemencées du désir de recommencer. Renoncer à commencer ou recommencer, c'est s'arrêter en chemin comme du levain asséché qui ne lève plus la pâte. Comme du sel affadi qui ne donne plus de goût aux aliments. Comme une lampe qui, au lieu de partager généreusement sa lumière, lance des signes inquiétants de fatigue.

Commencer, recommencer, c'est dire "j'espère et j'avance". Que de fois dans les Evangiles on voit Jésus remettre debout, réconcilier, redémarrer. Jésus pour qui rien n'est jamais définitivement arrêté.

Alors allons-y, recommençons, ou plutôt continuons ! Non avec la mine résignée, mais avec le coeur enthousiaste !...

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08 août 2008

Woinic et Pékin

Au moment où les yeux du monde entier regardent ce qui se passe aux Jeux Olympiques de Pékin, le département des Ardennes sort d’un hangar un sanglier de métal qui attendait là depuis des années de trouver un endroit où s’y faire admirer. Acheté et transporté par les soins et les deniers du Conseil Général, « Woinic », - c’est ainsi que se nomme « l’animal mythique », symbole des Ardennes belges, luxembourgeoises, allemandes et françaises -, a été transporté depuis Bogny-sur-Meuse, lieu de sa fabrication, jusqu’à Saulces-Monclin, lieu de son installation. Une foule de spectateurs en liesse, tout au long du parcours, a accompagné Woinic et mitraillé de mille photos l’événement de l’été en Ardenne. Maires ceints de leur écharpe, habitants fiers de voir traverser leur village, touristes de passage, jeunes et enfants, personnes de tout âge... ont formé un cortège acclamant « l’animal sauvage » adopté et naturalisé ardennais.

Or je me suis demandé comment interpréter ce franc succès populaire. Quelles leçons peut-on tirer d’un tel fait en résumé assez banal et sans répercussion réelle sur la vie des Ardennes ? Je me risque à trois pistes de réflexion.

Dans un contexte de mondialisation de tout, où le « lointain » semble occuper tout le terrain, le besoin se fait sentir d’affirmer sa singularité et son identité en orchestrant un événement de proximité.

Dans un contexte économique et social au ralenti et dans un climat morose, il est de bon ton d’organiser la fête et d’offrir une distraction à des gens préoccupés par leurs problèmes de vie quotidienne.

Enfin, je vois dans cette manifestation « Woinic » le désir de resserrer les rangs entre citoyens d’un même département, et de les aider à résister ainsi à la tentation d’aller planter sa tente ailleurs. Woinic désormais nous accueille aux portes des Ardennes et nous y retient...

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04 juin 2008

Mai et juin, mois des examens et des orientations

Certes toute la vie est mouvement, mais n'est-il pas des moments plus décisifs parce qu'ils l'accélèrent et l'orientent ? Ainsi les mois de mai et surtout de juin, avec les concours, les examens, l'inscription dans une école, l'orientation dans une filière scolaire, le passage en classe supérieure, ou l'entrée dans la vie active avec toutes les initiatives nécessaires pour trouver un premier emploi… Mai et juin, c'est aussi le temps des mutations et des nominations qui voient certains faire leur paquetage pour partir et d'autres avertir de leur arrivée. Dans les deux sens avec émotion…

A propos de mai et juin, on peut parler aussi des célébrations religieuses que sont les sacrements préparés durant l'année et souvent célébrés avant la dispersion de l'été. Ils jalonnent une vie spirituelle et croyante. Le baptême insère dans l'Eglise. Le Pardon, la première communion, sont les signes d'une foi qui s'éveille. La profession de foi donne de reconnaître Dieu au moment où la personnalité commence à s'affirmer. Le sacrement de confirmation, à partir de la classe de 3ème et aussi à toute saison de la vie, permet d'accueillir l'Esprit Saint et d'en vivre pleinement. Enfin, le mariage donne à des couples de fonder leur amour non seulement sur leurs propres capacités mais sur l'Amour même de Dieu, source initiale de toute vie humaine.

Ainsi donc, en mai et juin les vies bougent, se transforment, prennent sens et direction… Cela exige beaucoup d'énergie, de la confiance en soi et le soutien des proches. Dans cette marche vers l'avenir, certains connaîtront des périodes d'épreuve et d'échec ; qu'ils ne se découragent jamais et en tirent des leçons positives. Certains connaîtront le succès plus ou moins patent, qu'ils s'en réjouissent sans s'y attarder. Les chrétiens ont foi en Dieu qui est vie en mouvement. Il transforme même les "épreuves" en preuve de liberté et d'Amour et la mort elle-même en passage vers la vie.

Que ces semaines qui précèdent la trêve estivale toute proche développent en nous confiance et espérance !

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29 mai 2008

Après le jugement de la justice des hommes...

Après l'accomplissement obligé, obstiné et méthodique de la justice des hommes et la sentence prononcée au nom de la société humaine, beaucoup se posent la question du jugement de Dieu. "Si M. Fourniret et Mme Olivier demandaient à être entendus en confession, comment réagiriez-vous ? " m'a-t-on déjà plusieurs fois demandé.

J'ai répondu en résumé ceci. J'assortirais l'absolution des péchés de l'obligation de faire savoir publiquement le regret des méfaits accomplis et jugés. Portée à la connaissance de tous, cette demande de pardon pourrait constituer une forme certes minimale de repentir et de réparation. L'aveu des péchés commis et une ferme contrition, c'est-à-dire un désir sincère de changer fondamentalement de comportement, sont nécessaires à l'accueil du Pardon de Dieu.

On m'a aussi questionné sur la possibilité de salut pour le cas où il n'y a aucun regret du mal commis. Condamnés à perpétuité par la justice des hommes, le sont-ils de la même façon par celle de Dieu ? Dieu calque-t-il son jugement sur celui des humains ? J'ai répondu ceci : le Pardon de Dieu n'est pas tributaire de celui des hommes, pourtant il s'y intéresse de près. Je sais que l'on est souvent réticent à l'idée de pardonner car on ne se sent pas capable d'oublier le mal commis et, plus encore, parce que l'on pense qu'en pardonnant on pourrait trahir les victimes et sombrer soi-même dans une forme de complicité coupable. Ce serait minimiser les faits reprochés. Or, en réalité, pardonner ce n'est jamais s'engager à oublier ni le mal accompli ni les malheurs générés par lui. Ce qui s'avère d'ailleurs toujours impossible. Pardonner, c'est ouvrir un chemin d'avenir et le désentraver du mal commis au passé.

Dieu peut-il accorder sa miséricorde à des gens qui ne voudraient ni avouer le mal commis ni le réparer en justice ? Le Pardon du confessionnal ne peut mépriser celui du tribunal. Quant à se prononcer sur le salut possible des assassins et sur leur accueil au ciel après leur mort, qui peut bien en juger ? Sinon Dieu lui-même qui seul sonde vraiment les reins et les cœurs. Il connaît les débats et les regrets intimes, les ouvertures à la grâce et les désirs de conversion. Nous savons si peu sur nous et encore moins sur les autres... "Rien n'est impossible à Dieu"...

Au paragraphe 44 de sa lettre sur l'Espérance, Benoît XVI a écrit : " "Dieu est justice et crée la justice. C’est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout se qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur…

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08 mai 2008

Communier en Humanité

Chaque jour le procès Fourniret-Olivier répand dans le public des récits de faits d’une férocité insupportable. Même si les familles qui les entendent ont le cœur labouré, il leur faut passer par l’audition de ces aveux détaillés obtenus à l’instruction pour envisager un chemin progressif de deuil. Il n’empêche que nous ressentons tous en notre humanité les agressions qui tailladent alors la dignité et la vie. Ces acharnements sauvages sont un très lourd déni à ce qui est la marque universelle de l’espèce humaine.

En ces circonstances dramatiques, nous expérimentons d’ailleurs combien nous communions en humanité aux souffrances, de corps, de cœur et d’esprit, éprouvées par les proches. Les chroniques quotidiennes nous bouleversent et nous interrogent. L’émotion nous habite, jusqu’à l’insomnie pour certains. Cette perversité qui s’acharne en coups portés sur des êtres fragiles et sans défense pousse à la rage et à la haine. On voudrait alors qu’il soit admis que ces gens qui ont fait « tant de mal » n’aient jamais été de l’espèce humaine. Ils nous dégoûtent jusqu’à vomir.

Or, l’être tortionnaire de son semblable, sans foi ni loi, on le retrouve chez les génocidaires de l’histoire. Tous les instincts les plus archaïques se déchaînent, humiliant, salissant et détruisant la race désignée à la vindicte et vouée à l’extermination. « La particularité des génocides, c’est qu’ils sont programmés et accomplis d’une façon systématique, pour satisfaire à une idéologie qui les justifie », m’avait dit le cardinal Decourtray à propos de la Shoah.

Il nous faut donc admettre que les descendants d’Adam et Eve peuvent parfois accomplir « le pire » et les malheurs qui s’en suivent. Le coût de la liberté est fort élevé ! Mais cette capacité génère tant de bien, de bonté, de générosité et d’initiatives créatrices que Dieu a eu raison de nous l’offrir !

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